Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Cri Du Coeur D’une Jeune Chrétienne De Syrie




 « Le régime d’Assad a détruit ma vie »


Hadeel Kouky, 19 ans, a été arrêtée à trois reprises par les services de renseignements syriens.


Hadeel Kouky, une jeune chrétienne syrienne originaire de Hassaké, a été arrêtée à trois reprises en neuf mois pour avoir exprimé son soutien à la révolte anti-Assad sur sa page Facebook.
Aujourd’hui, deux mois après sa libération, la jeune femme de 19 ans vit en exil « dans un pays lointain et froid », loin de sa famille et de ses amis.
Il y a quelques jours, elle publiait un billet dans lequel elle décrit les conditions de son arrestation, tout en appelant ses compatriotes chrétiens qui soutiennent toujours le président Bachar al-Assad à ne pas avoir peur des manifestants pro-démocratie.

Extraits :

« Je m’appelle Hadil et je viens de la ville syrienne de Hassaké.

Je n’ai pas encore atteint l’âge de 20 ans, mais j’ai été enlevée et arrêtée par les services de renseignements d’Assad à trois reprises.

La première fois c’était le 10 mars dernier, « cinq jours avant le début de la contestation populaire, NDLR » pour avoir distribué des publications « secrètes » appelant aux « réformes ».

« Réforme », ce mot que le régime a imprégné dans notre tête à force de l’avoir répété ces derniers mois.

Pourtant, rien n’a été fait. (…)

Les deux autres fois, j’ai été emprisonnée pour des raisons différentes.

J’ai été torturée de manière si brutale que je ressens encore les stigmates jusqu’à aujourd’hui.

J’ai été traînée dans les rues de mon village natal et j’ai été battue par des voyous parce que j’ai pris part à une manifestation pacifique qui appelait à des réformes.


Je suis des études dans deux universités à Alep.

J’étudie le droit et la littérature anglaise.

Je ne suis membre d’aucun groupe armé.

Je ne suis pas une salafiste, ni affiliée aux Frères musulmans.

Ce « merveilleux » régime « laïc » n’a donc rien à craindre.

L’islamisme qui coule dans mes veines ne représente un danger ni à la liberté ni au baasisme.

Je suis une chrétienne, membre de cette « minorité » que le régime prétend protéger.

Ce régime m’a torturée comme le reste des prisonniers, ne prenant pas compte de leur âge, sexe ou confession.

Ibrahim Chaibane, 10 ans, tué le 14 octobre



Ci-dessus la photo publiée sur la page de Hadeel en hommage à Ibrahim Chaibane, 10 ans, tué le 14 octobre, lors d'une manifestation près de Damas.


Alors je m’adresse à vous, vous qui soutenez le pouvoir.

Répondez-moi, pour l’amour de Dieu : pourquoi une fille comme moi devrait-elle avoir dorénavant peur des musulmans extrémistes ?

Les musulmans ne m’ont jamais arrêté.

Ils n’ont jamais tué ou torturé mon peuple.

Ils ne m’ont jamais forcé à émigrer vers un pays lointain et froid.

Mais le régime, lui, a fait tout cela.

Cette institution criminelle comprend des personnes de toutes les confessions et le seul point qu’ils ont en commun est leur nature meurtrière.

Ce régime m'a forcée – moi, la fille aînée de ma famille – de quitter ma mère, mon père et mes frères.

Il m’a éloignée de Yasmine, Jamal, Rouba et de tous mes amis que j’adore.

Il m’a privée de l’école, de la Syrie et a brisé tous mes rêves et ambitions.


En qui dois-je avoir confiance ? Qui va me protéger ?

Je ne fais confiance qu’aux révolutionnaires de mon pays et je n’ai de respect que pour eux.

« Les Syriens libres », ceux qui se sacrifient tous les jours pour que je puisse rentrer chez ma mère, pour que chaque prisonnier ou exilé puisse revenir chez lui, pour que la Syrie appartienne à son peuple, peu importe leur affiliation ou leur croyance. Je n’ai confiance qu’en ces gens-là.

Le régime, par contre, je n’aurais plus jamais confiance en lui.

Il a détruit ma vie. C’est de sa faute que beaucoup de mes proches sont fâchés de moi.

Il les a leurrés en leur faisant croire qu’il est le seul capable de protéger les minorités. (…)


Mon âme se déchire par tristesse sur la ville de Homs.

Mon cœur est avec vous.

J’ai tellement honte de ma peur face à votre courage.

Je garderai la révolution en moi où que j’aille.

Je la suivrai là où elle m’emmènera. »


L’Orient-Le Jour > Samedi 17 décembre 2011 —
Billet proposé par Aron O’Raney