Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Ciel Bas






C’est un amour qui va sur ses pieds de soie,
Heureux de son exil dans les rues.

Un amour petit et pauvre que mouille
une pluie de passage

Et il déborde sur les passants :
Mes présents sont plus abondants que moi.

Mangez mon blé,
Buvez mon vin,

Car mon ciel repose sur mes épaules
et ma terre vous appartient…


As-tu humé le sang du jasmin indivis
Et pensé à moi ?

Attendu en ma compagnie un oiseau à la queue verte
Et qui n’a pas de nom ?

C’est un amour pauvre qui fixe le fleuve
Et il s’abandonne aux évocations :

Où cours-tu ainsi,
Jument de l’eau ?

Sous peu, la mer t’absorbera.

Va lentement vers ta mort choisie,
Jument de l’eau !


C’est un amour qui passe par nous
Sans que nous y prenions garde.

Et il ne sait et nous ne savons
Pourquoi une rose dans un vieux mur nous disperse,

Pourquoi une jeune fille en pleurs à l’arrêt d’un bus,
Croque une pomme et pleure encore et rit :

Ce n’est rien, rien qu’une
Abeille qui vient de traverser mon sang…


C’est un amour pauvre qui contemple
Longtemps les passants et prend

Le plus jeune pour lune : Tu as besoin
D’un ciel moins élevé.

Sois mon ami et tu pourras contenir
L’égoïsme de deux êtres qui ne savent
A qui offrir leurs fleurs…


Il parlait peut-être de moi, peut-être
De nous, mais nous ne le savions pas.

C’est un amour…


Mahmoud Darwich —
Traduction : Saloua Ben Abda et Hassan Chami —
Billet proposé par Aron O’Raney