Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

La Patience





A bien des égards, la vertu de patience est proche de la sérénité. L’homme serein est armé de patience.

Celle-ci, pourtant, revêt un sens plus profond.

En grec, « patience » se dit hypomone, qui signifie « rester en dessous, porter, supporter, endurer quelque chose, résister ».

La Patience est une sorte de colonne qui porte l’Existence.

Le terme latin de patientia est, quant à lui, à rapprocher du mot pati, qui désigne la « souffrance ».

En Grèce, Ulysse, « l’endurant », était considéré comme un modèle de patience – vertu qui, selon la philosophie stoïcienne, nous permet de maitriser ce qui nous paraît difficilement supportable.

La patience est considérée comme la vertu des sages.

Grégoire le Grand (vers 540-604 apr. J.-C.) voit en elle la source et la gardienne de toutes les vertus.

Dans l’Epitre aux Romains, Paul associe la patience à l’espoir :

Que dis je ?

Nous nous glorifions encore des tribulations,sachant bien que la tribulation produit la constance, la constance une vertu éprouvée, la vertu éprouvée l’espérance « épître aux Romains 5, 3 SQ.»

Qui patiemment endure les peines de l’existence gagne en persévérance et songe à son salut, animé d’espérance.

Parce que nous espérons ce que nous ne voyons pas encore, nous pouvons supporter avec patience les maux de la vieillesse : « Mais espérer ce que nous ne voyons pas, c’est l’attendre avec constance » – épître aux Romains 8, 25 –.

Etre patient signifie supporter son prochain avec ses défauts et ses faiblesses, ce qui est souvent pénible.

La patience implique donc une forme de souffrance :

L’autre me fait souffrir, mais je le soutiens, je l’accepte tel qu’il est.

La vertu de patience est indispensable au bon fonctionnement de toute communauté.

Saint Benoît exhorte ses moines à « se traiter les uns les autres avec prévenance et dans le respect mutuel ; à supporter leurs faiblesses physiques et de caractère avec une inépuisable patience » – Règle de Benoît 71,4 SQ –.

S’ils ne s’arment pas de patience, les gens âgés ne peuvent cohabiter dans la paix.

Ne pouvant plus modifier leur caractère, ils doivent mutuellement s’accepter.

Au sein de la famille, la patience est l’affaire de tous.

Il arrive que le vieil homme, jadis d’une discipline exemplaire, se laisse aller – notamment dans sa façon de se tenir à table – à une certaine négligence.

La critique permanente ne peut que le blesser ; peut-être ignorons-nous combien il souffre de voir sa main trembler.

La patience porte l’autre. Soutenu, ce dernier a le sentiment réconfortant et sécurisant d’être accepté quelles que soient ses faiblesses.

Mais c’est surtout envers lui-même et ses difficultés à accomplir certaines tâches que le vieil homme doit faire preuve de patience.

Celle-ci au reste n’est pas l’apanage de la vieillesse – combien de vieilles personnes sont d’une impatience extrême !

Un frère, dont j’ai toujours apprécié l’aménité et la vivacité, m’a confié que l’âge le rendait plus susceptible et impatient.

Il convient en ce cas d’acquérir la vertu de patience par un travail volontaire.

Le vieil homme doit cesser de se croire capable de tout faire aussi vite que par le passé ; il doit se défaire du sentiment d’être sûr et solide qui l’habitait jadis.

Il doit enfin apprendre à se supporter, car nombre de ses gestes requièrent davantage de temps qu’autrefois et son corps s’affaiblit.

L’humour aide à devenir patient.

Les gens âgés qui, conscients de leurs faiblesses, sont capables d’en rire facilitent la tâche à leur entourage.

Voici ce que Hermann Hesse écrit à propos de la vertu de patience qui distingue la vieillesse :

« Ici, au jardin des vieillards, fleurissent maintes plantes dont nous ne songions jadis guère à prendre soin.

La noble patience y fleurit, nous rendant plus sereins, plus indulgents.

Moins nous aspirons à intervenir et à agir, plus nous sommes à même d’observer la vie de la nature et celle de nos semblables, d’y prêter une oreille attentive et de la laisser défiler sans la critiquer, ne laissant, soit avec sympathie et regrets tacites, soit avec rires, allégresse et humour, de nous étonner de sa diversité. »

Être patient, en substance, c’est laisser les choses telles quelles, au lieu de les juger ou de les interdire.

Celui qui fait preuve de patience s’autorise à être tel qu’il est, tolère ses humeurs et ses faiblesses.



Anselm Grün – Le Moine Thérapeute
Extraits de « L’art de bien vieillir » Albin Michel -

Texte Proposé par Aron O’Raney