Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

La Mer







J’ai besoin de la mer, car elle est ma leçon :

je ne sais si elle m’enseigne la musique ou la conscience :

je ne sais si elle est vague seule ou être profond
ou seulement voix rauque ou bien encore conjecture
Éblouissante de navires et de poissons.

Le fait est que même endormi
par tel ou tel art magnétique, je circule
Dans l’université des vagues.

Il n’y a pas que ces coquillages broyés
comme si une tempête tremblante
annonçait une lente mort,

non, avec le fragment je reconstruis le jour,
avec le jet de sel, la stalactite,
Et une cuillerée de mer, la déesse infinie.

Ce qu’elle m’a appris, je le conserve !
C’est l’air, le vent incessant, l’eau et le sable.

Cela semble bien peu pour l’homme jeune
qui vint ici vivre avec ses feux et ses flammes,

et pourtant ce pouls qui montait
et descendait à son abîme,

le froid du bleu qui crépitait
et l’effritement de l’étoile,

le tendre déploiement de la vague
qui gaspille la neige avec l’écume,
le pouvoir paisible et bien ferme,

comme un trône de pierre dans la profondeur,
remplacèrent l’enceinte ou grandissait

la tristesse obstinée, accumulant l’oubli,

et soudain, mon existence changea :
J’adhérai au mouvement pur.



Pablo Neruda
Texte Proposé par Aron O’Raney