Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Vivre Et Laisser Vivre




L’une des pratiques fondamentales du bouddhisme ancien est la bienveillance envers toutes les formes de vie.

Patience et compassion sont les vertus de base de l’éthique bouddhiste

« Tous tremblent devant le châtiment, à tous la vie est chère.
Comparant les autres avec soi-même,
on ne doit jamais tuer ou être cause de mort.  »
Dhammapada, verset 130

L’une des pratiques fondamentales dans le bouddhisme ancien est mettâ bhâvanâ, le développement de la bienveillance.

Et, bien que l’on puisse suivre cette Voie depuis de nombreuses années, c’est une pratique chaque jour renouvelée permettant de reconnaître puis juguler la tendance naturelle aux diverses formes de convoitise ou de rejet surgissant dans le mental en réaction au monde des sens, la tendance naturelle à penser que le monde doit fonctionner selon nos désirs et que nous en sommes le centre.

Le maître mot de cette pratique est “vivre et laisser vivre”.

À proprement parler, dans l’Enseignement du Bouddha, il n’existe pas de concept de “vie” dans un sens collectif ; il n’y a que des êtres vivants, des organismes individuels.

Et la vie qui les anime n’est pas divine ou octroyée par un être divin quelconque, elle est simplement le résultat du kamma (action volitionnelle) passé, actualisé par la convoitise.

Par conséquent l’attitude bouddhiste n’est pas du respect mais de la compassion ; l’expression “respect de la vie” ne se trouve en effet pas dans le bouddhisme, on rencontre par contre, de façon récurrente et dans toutes les diverses écoles, la notion de compassion pour les êtres vivants.

Cela peut sembler une simple question de langage mais il n’en est rien en dépit de la mode actuelle, prétendument “transcendante” mais en fait réductrice, consistant à penser que toutes les différentes formulations recouvrent en fait la même réalité.

Le premier précepte, liant tout bouddhiste, est exprimé de la façon suivante : « Je m’efforcerai d’observer le précepte de m’abstenir de léser les êtres vivants ». Cette injonction commence bien entendu par les aspects les plus grossiers, s’efforcer de ne pas détruire des êtres vivants ou les utiliser à son propre profit, mais la discipline dans cette tradition consiste également en des aspects plus subtils.

Le précepte enjoint, dans une acception large, de s’efforcer à ne pas entraver l’élan vital de tout ce qui existe. Cela va beaucoup plus loin que l’impératif catégorique classique du christianisme « Tu ne tueras point », et possède un vaste impact psychologique en incluant également les phénomènes mentaux.

Dans la stratégie bouddhique il est fortement déconseillé de réprimer ce qui surgit dans l’esprit, que ce soit au cours de la vie quotidienne ou dans la pratique de la méditation : émotions, pensées, sensations, souffrance, bien-être, etc.

Tout ce qui vit naît, se développe et disparaît en fonction de causes et de conditions et nul, en usant de violence, ne peut faire en sorte que ces causes et ces conditions ne portent pas leurs fruits ; seules la compassion et la patience peuvent nous permettre de prendre l’espace mental suffisant afin d’agir avec sagesse en toutes situations, au lieu de nous ruer sur l’obstacle, emporté par le désir impérieux de “tout changer”.

Tout s’acheminant inéluctablement vers la cessation, il est donc parfaitement inutile, voire néfaste, de vouloir précipiter le phénomène.

De ce premier précepte découlent logiquement tous les autres, qui consistent :
2) à ne pas s’approprier ce qui n’a pas été offert,
3) à s’abstenir d’excès dans les plaisirs des sens,
4) à s’abstenir de paroles fausses ou inconsidérées,
5) à s’abstenir de toute substance troublant la vigilance et la claire conscience.

L’observance de ces règles de vie permettent d’offrir à tous ceux que nous côtoyons un espace de liberté dans lequel la peur ne peut s’installer et au sein duquel ils ont la possibilité de développer leurs potentialités.

Les conséquences bénéfiques, individuelles aussi bien que sociales, de cette attitude sont largement perceptibles au sein des communautés, laïques ou monastiques, observant ces règles de vie.

L’attitude correcte à l’égard des êtres vivants ne peut être le résultat d’un diktat imposé de l’extérieur, que ce soit par une déité, des lois étatiques ou un dressage comportemental.

La conduite véritablement éthique ne naît que de la compréhension, même embryonnaire au départ, de la réalité des choses et en particulier de l’interdépendance de tout ce qui existe.

Au lieu de suivre aveuglément des propositions dogmatiques l’expérience personnelle nous montre la nécessité impérieuse de vivre selon le principe fondamental de compassion.

Toute religion ou toute spiritualité qui nous permet d’approfondir constamment cette vision correcte de la réalité et de vivre en accord avec celle-ci est foncièrement bénéfique, toutes les autres sont des voies erronées et ne peuvent conduire qu’à un accroissement de l’ignorance et par là de la souffrance.



Michel Henri Dufour
Association Bouddhique Theravâda
Texte proposé par Aron O’Raney.