Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Je Rentre Chez Moi...

Je prends congé, je rentre chez moi,
dans mes rêves, je retourne en Patagonie
où le vent frappe les étables,
Où l'océan disperse la glace.

Je ne suis qu'un poète et je vous aime tous,
je vais errant par le monde que j'aime :
Dans ma patrie, on emprisonne les mineurs,
Et le soldat commande au juge.
Mais j'aime, moi, jusqu'aux racines, de mon petit pays si froid.
Si je devais mourir cent fois, c'est là que je voudrais mourir,
et si je devais naître cent fois, c'est là aussi que je veux naître
près de l'araucaria sauvage, des bourrasques du vent du Sud,
Et des cloches depuis peu acquises.

Qu'aucun de vous ne pense à moi.
Pensons plutôt à toute la terre,
Frappons amoureusement sur la table.
Je ne veux pas revoir le sang imbiber le pain,
les haricots noirs, la musique :
je veux que viennent avec moi le mineur, la fillette,
l'avocat, le marin et le fabricant de poupées,
Que nous allions au cinéma, que nous sortions
Boire le plus rouge des vins.

Je ne suis rien venu résoudre.
Je suis venu ici chanter
je suis venu,
Afin que tu chantes avec moi.

Pablo Neruda - Extrait de "El Canto General" -

Texte Proposé par Aron O’Raney