Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Je Suis Comme Un Arbre…



Comme un arbre, j’ai besoin de lumière…
Si je suis fermement attaché à mon sol, toujours marié à la terre,
Je grandis néanmoins vers le ciel et je croîs…
Je mûris en noblesse et en beauté.
Certains jours noirs et sombres de l’hiver,
Ou certaines heures d’automne noyées de pluie,
Je travaille à l’intérieur et j’attends…
Nulle protection, ni secours, incertitude maillée d’espérance,
Je ne commande pas à la nature,
Je collabore avec elle.
Comme un arbre,
J’ai mes saisons,
Mes forces, mes failles.
Continuer… comme un arbre, ce n’est peut-être pas,
Maudire les intempéries, mais les accueillir
Dormir une courte nuit, pour recommencer le lendemain,
Apprendre à mourir, pour renaître.
Continuer… comme un arbre,
C’est peut-être me lever chaque jour, avant le jour
Prêt à affronter les coups du sort, prêt à faire alliance avec ma vie.
Je connais misère et grandeur…
Le passage de la nuit au jour, la fraîcheur des rivières à mes pieds,
Et le fruit du labeur de mes bras.
Que sais-je encore?
J’ai appris à m’incliner,
À me redresser,
À écouter la beauté dans le murmure du vent…
Parfois ma parure, cache mon écorce fragile
Parfois encore je me dépouille,
Pour mieux me révéler
J’ai le juste orgueil,
De donner l’ombre au passant,
Comme j’ai la fierté, de mes racines profondes.
Les marques de mon passé,
Trahissent mon âge, mes peurs et mes pensées,
Voyez mes noeuds d’anxiété, mes blessures, branches cassées.
Pourtant, je m’élève malgré tout,
Je parfume l’air à ma façon…
Le temps me couronne de fleurs, à l’occasion.
En vieillissant, je me souviens avec émotion,
De l’oisillon que j’ai bercé, et du refuge que j’ai offert
Aux jeunes de mon quartier.
Mes prières deviennent contemplation,
J’apprécie, l’horizon du lendemain…
Je chante l’oraison.
Si l’arbre est fort,
Il craint toujours le feu et le bûcheron,
De même, je frémis devant le mal, la guerre, et plus que tout…
Devant l’indifférence, et l’insouciance.
Je porte toujours en moi l’arbre de la croix !
Certains arbres, deviennent bois de chauffage
Paniers de bois, feuilles de papier sablé ou ciré,
Bois d’ébénisterie, copeaux, gîtes, balai neuf ou lambris.
Je parie que la Vie fera de moi,
Une petite feuille de papier fleuri…
J’espère qu’on y écrira,
Un vers ou deux de poésie…

Source: Lysette Brochu

Texte proposé par Aron O’Raney.