Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Sur la vraie simplicité,


Je voudrais examiner ce qu’est la simplicité et peut-être de là arriver à la découverte de la sensibilité.
Nous avons l’air de croire que la simplicité n’est qu’une expression extérieure, un retrait du monde : avoir peu de Possessions, se vêtir d’un pagne, n’avoir pas de foyer, ne posséder qu’un très petit compte en banque.
Mais tout cela n’est pas la simplicité, ce n’est qu’une représentation publique. Il me semble que la simplicité est essentielle, mais elle ne peut exister que lorsque nous commençons à comprendre le sens de la connaissance de soi.
La simplicité ne consiste pas à s’adapter à telle ou telle façon de vivre, quelque valable qu’elle puisse être ; elle exige au contraire beaucoup d’intelligence. Malheureusement, nous commençons en général par la simplicité extérieure, se rapportant à des objets.
Il est relativement facile d’avoir peu de possessions et de s’en satisfaire ; d’être content de peu et même de partager ce peu. Mais cette expression extérieure de la simplicité ne s’accompagne pas nécessairement d’une simplicité intérieure.
Le monde moderne nous offre avec beaucoup d’insistance des objets de de plus en plus nombreux ; la vie devient de plus en plus complexe. Afin d’échapper à cela, nous essayons de renoncer au monde, de nous détacher de ces objets, de ces organisations, de ces cinémas, bref de ces contingences que l’on cherche à nous imposer.
Nous pensons ainsi trouver la simplicité. Des saints, des sages ont renoncé au monde ; mais il me semble qu’un tel renoncement, pratiqué par l’un quelconque d’entre nous, ne résoudrait pas le problème. La simplicité fondamentale, réelle, ne peut naître que de l’intérieur ; et de là se produit l’expression extérieure.
Comment être simple est donc le problème ; car la simplicité nous rend de plus en plus sensibles. Un esprit sensitif (un cœur sensitif) est essentiel, car il est alors susceptible de perception rapide.

Il est évident que l’on ne peut être simple intérieurement que par la perception des innombrables fardeaux, attachements et craintes dans lesquels nous sommes empêtrés. Mais la plupart d’entre nous éprouvent de la satisfaction à être prisonniers de gens, de possessions, d’idées.
Nous aimons être des prisonniers. Intérieurement, nous « sommes» des prisonniers, même si nous paraissons simples extérieurement. Nous sommes les prisonniers de nos désirs, de nos besoins, de nos idéologies, de nos innombrables mobiles. La simplicité ne peut être trouvée qu’en nous libérant intérieurement.
Il se produit une extraordinaire liberté lorsqu’on comprend tout le processus de la croyance, et pourquoi l’esprit est attaché à ses croyances.
La simplicité est le fruit de notre affranchissement. Mais cette simplicité exige de l’intelligence et être intelligent c’est être conscient de ses entraves. Pour en être conscient, l’on doit être constamment en état d’observation, ne pas être établi dans une façon particulière de vivre, de penser, d’agir.
Ce que l’on est intérieurement affecte le monde extérieur. La société - ou toute forme d’action - est la projection de nous-mêmes ; et si nous ne nous transformons pas intérieurement, les législations ont très peu d’effet : elles peuvent amener certaines réformes, mais le monde intérieur vaincra toujours l’extérieur.
Si, intérieurement, nous sommes avides, ambitieux, à la poursuite d’un idéal, cette complexité bouleversera, renversera la société la mieux ordonnée.
Donc, l’on doit commencer intérieurement mais sans exclure, sans rejeter l’extérieur ; au contraire il faut comprendre celui-ci, voir comment y existent des conflits, des luttes, des souffrances ; et, au fur et à mesure que l’on avance dans ces explorations, on en arrive naturellement à examiner les états psychologiques qui produisent ce chaos.
L’expression extérieure n’est que l’indication d’un état intérieur mais celui-ci, pour être compris doit être abordé par l’extérieur. . . . .
Jiddu Krishnamurti.
La Premiére et Derniére liberté.
Sur la vraie simplicité, 11
Texte proposé par Oraney.