Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Si tu m’oublies, je veux que tu saches une chose.

 

Tu sais ce qu’il en est :
Si je regarde la lune de cristal, la branche rouge du lent automne de ma fenêtre,
Si je touche près du feu la cendre impalpable, ou le corps ridé du bois,
Tout me mène à toi, comme si tout ce qui existe, les arômes, la lumière, les métaux,
Etaient de petits bateaux qui naviguent vers ces îles à toi qui m’attendent.

Cependant, si peu à peu tu cesses de m’aimer,
Je cesserai de t’aimer peu à peu.
Si soudain tu m’oublies, ne me cherche pas,
Puisque je t’aurai aussitôt oubliée.

Si tu crois long et fou, le vent de drapeaux qui traversent ma vie,
Et tu décides de me laisser, au bord du coeur où j’ai mes racines,
Pense que ce jour-là, à cette même heure, je lèverai les bras,
Et mes racines sortiront chercher une autre terre.

Mais si tous les jours à chaque heure,
Tu sens que tu m’es destinée, avec une implacable douceur.
Si tous les jours monte une fleur à tes lèvres me chercher,
ô mon amour, ô mienne,
En moi tout ce feu se répète, en moi rien ne s’éteint ni s’oublie,
Mon amour se nourrit de ton amour, ma belle,
Et durant ta vie, il sera entre tes bras, sans s’échapper des miens.
Pablo Neruda
(1904-1973)
Texte proposé par Oraney.