Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Le Précurseur



Tu es ton propre précurseur, et les tours que tu as construites ne sont que les fondations de ton moi géant. Et ce moi également sera une fondation.
Moi aussi, je suis mon propre précurseur, car cette longue ombre, qui s’étend devant moi au lever du soleil, se repliera sous mes pieds à midi. Toutefois un autre lever du soleil étendra une autre ombre devant moi, et elle aussi se repliera lors d’un autre midi.
Nous avons toujours été nos propres précurseurs, et toujours nous continuerons d’être ainsi. Tout ce que nous avons cueilli et tout ce que nous cueillerons ne seront que des graines pour des champs pas encore labourés.
Nous sommes les champs et les laboureurs, les récolteurs et la récolte.
Lorsque tu étais un désir errant dans la brume, j’étais là également, en un désir errant. Puis nous nous sommes recherchés l’un l’autre, et à partir de notre ardeur les rêves sont nés. Et les rêves étaient un temps illimité et un espace incommensurable.
Et lorsque tu étais une parole muette sur les lèvres frissonnantes de la Vie, j’étais là également, en une autre parole muette. Puis la Vie nous a proférés, et nous sommes descendus les marches des années en palpitant avec les souvenirs d’hier et l’ardent désir de demain.
Car hier était la mort conquise et demain, la poursuite de la naissance.
Et maintenant, nous sommes dans les mains de Dieu. Tu es un soleil dans Sa main droite, et je suis une terre dans Sa main gauche. Toutefois, tu ne brilles pas plus que moi qui suis éclairé.
Nous, soleil et terre nous ne sommes que le début d’un plus grand soleil et d’une plus grande terre. Et toujours, nous serons le commencement.
Tu es ton propre précurseur, toi l’étranger qui passes à côté du portail de mon jardin
Et je suis également mon propre précurseur, bien que je sois assis dans l’ombre de mes arbres et que je semble être inerte.
Le Précurseur. Khalil Gibran.
Proposé par oraney.


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