Ici-bas

Notre Vie N'est Qu'un Rêve... Les Gens Souffrent À Cause De Leur Esprit Empli D'illusions, De Folies Et De Peurs ; Mais Tout Cela N'est Qu'images Dans Un Miroir, Sans Réelle Existence.Taisen Deshimaru.

Résurrection…



Hier, Ma Bien-Aimée, J’étais Presque Seul Au Monde, Et Ma Solitude Était Aussi Impitoyable Que La Mort. J’étais Comme Une Fleur Qui Pousse Dans L’ombre D’un Énorme Rocher, Dont La Vie Ignore L’existence Et Qui Ignore La Vie.

Mais aujourd'hui, mon âme s'est éveillée, et je te vois à mes côtés. Je me suis levé pour te rejoindre, je me suis agenouillé avec respect et me suis prosterné devant toi.

Hier, la caresse de la brise folâtre me semblait brutale, ma Bien-aimée, les rayons du soleil me semblaient faibles, une brume dissimulait le visage de la Terre et les vagues de l'océan rugissaient telle la Tempête.

Je regardai alentour, mais je ne voyais que mon moi souffrant, tandis que les fantômes de l'obscurité s'élevaient et descendaient autour de moi tels des vautours voraces.

Mais Aujourd’hui, La Nature Baigne Dans La Lumière, Le Rugissement Des Vagues S’est Calmé, Les Brumes Se Sont Dissipées. Partout Où Je Regarde, Je Vois Les Secrets De La Vie Se Révéler Devant Moi.

Hier, j'étais un mot silencieux au cœur de la Nuit; aujourd'hui, je suis un chant sur les lèvres du Temps.

Et tout cela est arrivé en un instant, a été façonné par un regard, un mot, un soupir et un baiser.

Cet instant, ma Bien-aimée, a mêlé l'ardeur passée de mon âme aux espoirs d'avenir de mon cœur. Il a été comme une rose blanche qui jaillit du sein de la Terre dans la Lumière du jour.

Cet instant a été à ma vie ce que la naissance du Christ a été au temps de l'Homme, car il était rempli d'amour et de bonté. Il a transformé les Ténèbres en Lumière, le Chagrin en Joie et le Désespoir en Félicité.

Ma Bien-aimée, les feux de l'Amour descendent du ciel sous de multiples formes et apparences, mais l'empreinte qu'ils laissent sur le monde est unique. La flamme minuscule qui illumine le cœur de l'Homme est pareille au flambeau embrasé qui descend du ciel pour éclairer les chemins de l'Humanité.

Car Une Seule Âme Renferme Les Espoirs Et Les Sentiments De Toute L’humanité. Les Juifs, Ma Bien-Aimée, Attendaient La Venue Du Messie, Qui Leur Avait Été Promise Et Qui Devait Les Délivrer De L’esclavage.

Et la Grande Âme du Monde a senti que l'adoration de Jupiter et de Minerve était désormais vaine, car les cœurs assoiffés des hommes ne pouvaient plus se désaltérer de ce vin.

À Rome, les hommes méditaient sur la divinité d'Apollon, un dieu sans pitié, et sur la beauté de Vénus, déjà sur son déclin.

Car au fond de leurs cœurs, même si elles ne le comprenaient pas, ces nations avaient faim et soif de l'enseignement suprême qui transcenderait quiconque se trouvait sur la terre. 

Elles espéraient la liberté d'esprit qui enseignerait à l'homme à se réjouir avec autrui de la lumière du soleil et des merveilles de la vie. Car c'est cette liberté chérie qui rapproche l'homme de l'Invisible, et qu'il peut aborder sans avoir de crainte ni de honte.

Tout cela se passait il y a deux mille ans, ma Bien-aimée, quand les désirs du cœur erraient autour des choses visibles, redoutant d'approcher l'esprit éternel — pendant que Pan, Seigneur des Forêts, remplissait le cœur des bergers de terreur, et que Baal, Seigneur du Soleil, opprimait les âmes des pauvres et des humbles par les mains impitoyables des prêtres.

Et En Une Nuit, En Une Heure, En Un Instant, Les Lèvres De L’esprit S’entrouvrirent Pour Prononcer Le Mot Sacré : « Vie »; Et Il Se Fit Chair Dans Un Enfant Dormant Sur Les Genoux D’une Vierge, Dans Une Étable Où Les Bergers Protégeaient Leurs Troupeaux De L’attaque Des Bêtes Sauvages De La Nuit Et Regardaient, Émerveillés, L’humble Enfant, Endormi Dans La Mangeoire.

L'Enfant Roi, emmailloté dans les hardes misérables de sa mère, s'assit sur le trône des cœurs affligés et des âmes affamées, et, par son humilité, arracha le sceptre du pouvoir des mains de Jupiter pour le remettre au pauvre berger qui gardait son troupeau.

De Minerve, il prit la Sagesse, puis la déposa dans le cœur d'un misérable pêcheur qui raccommodait son filet.

D’Apollon, il prit la Joie à travers ses propres chagrins et l'octroya au mendiant qui, le cœur brisé, se tenait sur le bord de la route.

De Vénus, il prit la Beauté et la déversa dans l'âme de la femme déchue qui tremblait devant son cruel oppresseur.

Il détrôna Baal et mit à sa place l'humble laboureur, qui semait ses graines et labourait la terre à la sueur de son front.

Ma Bien-aimée, mon âme n'était-elle pas hier comme les tribus d'Israël? N'ai-je pas attendu dans le silence de la nuit l'arrivée de mon Sauveur pour qu'il me délivre des chaînes et des maux du Temps? N'ai-je pas éprouvé la grande soif et la faim de l'esprit comme ces nations par le passé?

N'ai-je pas marché sur la route de la Vie comme un enfant perdu dans quelque contrée sauvage et ma rie n'a-t-elle pas été comme une graine tombée sur une pierre, qu'aucun oiseau ne viendrait chercher, ni aucun élément fendre pour lui donner vie ?

Tout cela s'est passé hier, ma Bien-aimée, alors que mes rêves étaient tapis dans l'obscurité et redoutaient l'approche du jour.

Tout cela s'est passé alors que le Chagrin déchirait mon cœur et que l'Espoir s'évertuait à le raccommoder.

En Une Nuit, En Une Heure, En Un Instant, L’esprit Descendit Du Centre Du Cercle De Lumière Divine Et Me Regarda Au Fond Des Yeux. 

De ce regard naquit l'Amour, qui trouva refuge en mon cœur.

Ce grand Amour, emmitouflé dans les robes de mes sentiments, a transformé le chagrin en joie, le désespoir en félicité, la solitude en paradis.

L'Amour, le grand Roi, a rendu la vie à mon être mort, rendu la lumière à mes yeux aveuglés de larmes, m'a tiré du gouffre du désespoir vers le royaume céleste de l'Espoir.

Car tous mes jours étaient pareils à des nuits, ma Bien-aimée. Mais, vois, l'aube est venue; bientôt le soleil se lèvera. Le souffle de l’Enfant Jésus a rempli le firmament et s'est mélangé à l’éther. 

La Vie, jadis pleine de malheur, déborde aujourd'hui de joie, car les bras de l'Enfant m'entourent et étreignent mon âme.


Extrait de « La voie de l’éternelle sagesse »



Khalil Gibran (1883-1931)



Billet Proposé Par Aron O’Raney