Ici-bas

Notre Vie N'est Qu'un Rêve... Les Gens Souffrent À Cause De Leur Esprit Empli D'illusions, De Folies Et De Peurs ; Mais Tout Cela N'est Qu'images Dans Un Miroir, Sans Réelle Existence.Taisen Deshimaru.

Le Thérapeute



Dans Les Traditions Bibliques, On Insiste Particulièrement Sur L’importance De L’écoute. Le Premier Commandement, Avant « Aime Dieu Et Ton Prochain », C’est : « Écoute! » Aimer Sans Écouter L’autre, C’est Toujours Dangereux. 

Cela n’a sans doute plus rien à faire avec l’amour, puisque le sens de l’altérité qui est inclus dans l’écoute n’est pas respecté.

Un collègue de l’hôpital me disait qu’il considérait un malade comme guéri le jour où il se montrait capable de l’écouter, c’est-à-dire de ne pas interpréter immédiatement ses paroles selon les critères et la logique de son propre délire.

Si cette capacité d’écouter est le signe même de la santé mentale, la qualité essentielle d’un thérapeute sera donc de savoir écouter; plus que sujet « supposé savoir », le thérapeute est « supposé écouter ».

Une certaine qualité d’écoute et d’attention permet d’entendre non seulement le récit des troubles et des souffrances liés aux mémoires traumatisantes de la petite enfance, mais aussi d’entendre la grande détresse de l’Être essentiel qui n’a jamais eu l’occasion de se manifester.

Par la qualité de cette écoute, le thérapeute éveillera le patient à ce niveau de profondeur refoulée qui est à la racine de son trouble et de son malaise. Il ouvre alors au patient la porte sur son propre mystère; il joue, pour ainsi dire, un rôle initiatique... 

— Doit-On, Dans Ce Cas, Le Considérer Comme Remplissant La Fonction Du « Maître » Des Sociétés Traditionnelles?

À ce sujet, Graf Dürckheim écrit : 

« Le médecin qui est, ou voudrait être homme tout entier et désire, par suite, traiter le patient tout entier doit apprendre à créer chez celui-ci également les conditions permettant à l’homme de guérir à partir de son être essentiel et d’en témoigner dans le monde. 

Certes, cette tâche sollicite dans le thérapeute non le médecin, mais le maître, le gourou. Cela ne doit pas effrayer les thérapeutes d’aujourd’hui. La thérapeutique initiatique implique que l’on guide l’homme sur la voie intérieure, dans le sens où les maîtres de la vie véritable l’on fait au cours des millénaires. 

Et à notre époque, le thérapeute qui veut être en mesure de répondre aux souffrances les plus fondamentales n’a pas d’autre choix que de se préparer à cette tâche. »

Ce n’est pas une tâche facile! Le thérapeute, entré lui-même sur le chemin initiatique ne console pas, ne donne pas de pilules, ni de calmant... À la limite, on pourrait dire qu’il ne guérit pas, mais il accompagne sur le chemin.

Cela peut quelquefois sembler cruel, mais c’est important. Il ne s’agit pas par exemple de « priver » quelqu’un de sa dépression ni de lui donner tout de suite des tranquillisants, parce que c’est peut-être pour cette personne la chance de revenir à l’essentiel, de changer de vie.

Si on donne trop vite des médicaments ou des consolations, on va « recommencer comme avant », et c’est le mécanisme de la répétition qui l’emporte.

Il ne s’agit plus de donner des « apparences » de guérison. Le thérapeute sur la voie recherche la guérison de l’être; aussi il ne vient pas combler les manques immédiats, il ne vient pas combler le désir, il le creuse au contraire jusqu’à cet infini,de détresse parfois, que l’infini seul peut combler.

Cette attitude est difficile et même dangereuse. Le thérapeute doit savoir où il conduit, et il ne peut pas conduire plus loin que là où on est; et si on n’a pas touché cet au-delà de la mort, il peut tuer l’autre ou le déséquilibrer davantage... 

Et cela n’a rien d’initiatique!

Le thérapeute et le patient doivent rester tous les deux à l’écoute du maître intérieur.


Extrait De « L’enracinement Et L’ouverture »
Conférences De La Sainte-Baume


Jean Yves Leloup



Billet Proposé Par Aron O’Raney