Ici-bas

Notre Vie N'est Qu'un Rêve... Les Gens Souffrent À Cause De Leur Esprit Empli D'illusions, De Folies Et De Peurs ; Mais Tout Cela N'est Qu'images Dans Un Miroir, Sans Réelle Existence.Taisen Deshimaru.

S’Arrêter Pour Guérir


Tant Que Vous Continuez De Courir — Courir Après Quelque Chose Ou Courir Pour Échapper À Quelque Chose — La Course Continue. Vous Ne Vous Êtes Pas Arrêté, Vous Ne Connaissez Pas La Paix. Donc Apprendre À S’arrêter Est Extrêmement Important. 

Parce que s’arrêter, être calme, être en paix est la condition première de la vue profonde, « vipasyana ». 

Vipasyana est la pratique du regard intérieur, la contemplation. La méditation consiste à s’arrêter, être en paix, regarder profondément. S’arrêter aide à se reposer, se calmer, s’apaiser, ce sont les conditions premières de la guérison.

Ensuite, regarder est facile, une fois qu’on s’est arrêté. Vous regardez la nature de votre maladie, vous regardez la nature de votre douleur, vous commencez à acquérir la vue profonde, vous commencez à comprendre. 

Cette compréhension vous soulage complètement de la douleur. C’est ce qu’on appelle le salut par la sagesse. Nous ne parlons pas de salut par la grâce dans le bouddhisme. Nous parlons de salut par la sagesse, par la compréhension, par Prajña.

Prajñaparamita est la sagesse qui vous transporte sur l’autre rive, l’autre rive de non-souffrance.

Toucher La Terre, Une Pratique De Guérison

L’une des vues les plus profondes que vous puissiez vous efforcer d’obtenir est la vue du non-soi. Mais le non-soi n’est pas une théorie, une doctrine ou une philosophie. Le non-soi est seulement la vue qui doit être touchée directement par la pratique. En tant que pratiquant, nous ne devons pas parler du non-soi d’une façon qui serait sans rapport avec notre vie de tous les jours. 

J’ai recommandé que tous les amis qui viennent ici au village des Pruniers pendant l’été apprennent et pratiquent le toucher-de-la-terre. Toucher la terre est une des nombreuses pratiques que nous faisons au village des Pruniers afin de toucher la nature de notre non-soi. 

C’est une pratique très efficace de guérison. Elle guérit le corps et l’esprit. Nous devons faire cette pratique tous les jours.

Vous vous tenez ainsi, mains jointes sur la poitrine, devant un arbre par exemple, ou le ciel bleu, ou un dandelion, ou la statue du Bouddha, ou ce que vous voulez — parce que toute chose a en soi le Bouddha, cette dimension ultime. 

Se prosterner devant toute chose est bien, la lune, l’étoile du matin... Vous laissez advenir votre vraie présence et vous êtes là à cent pour cent de vous-même. Alors vous vous prosternez et touchez la terre. Touchez la 
terre de vos pieds, vos bras, votre front. Touchez-la profondément, pas à moitié.

Parce que dans cet acte, vous vous rendez. Rendre quoi et à quoi? Vous rendez le moi, l’idée du moi. Penser que vous êtes une entité séparée est la cause racine de votre souffrance. 

Quand vous touchez la terre profondément — la terre peut être votre mère, votre père, la base de votre être, vous-même — vous rendez l’idée d’exister séparément. 

Puis vous souriez et écartez les mains. Le fait d’écarter les mains, paumes tournées vers l’intérieur, veut dire « Je ne suis rien ». Il n’y a rien — ni mon intelligence (nous sommes très fiers de notre intelligence), ni nos talents, ni nos diplômes, ni notre position sociale. 

Nous sommes fiers de beaucoup de choses que nous avons ou que nous sommes, mais quand nous nous tenons ainsi, nous sourions et savons, nous savons que tout cela nous a été transmis par nos ancêtres.


Extrait d’un Enseignement au village des Pruniers, juillet 1996



Thich Nhat Hanh



Billet Proposé Par Aron O’Raney