Ici-bas

Notre Vie N'est Qu'un Rêve... Les Gens Souffrent À Cause De Leur Esprit Empli D'illusions, De Folies Et De Peurs ; Mais Tout Cela N'est Qu'images Dans Un Miroir, Sans Réelle Existence.Taisen Deshimaru.

À Haridwar, Les Hindous En Liesse Célèbrent Le Gange

 Sur les Ghâts de Haridwar, l’une des sept villes les plus sacrées de l’hindouisme (© Paula Boyer).

Cette Ville Du Nord De L’Inde Voit Affluer Quotidiennement Des Milliers De Pèlerins. Seuls Les Marcheurs Les Plus Audacieux Vont Dans L’Himalaya, Jusqu’aux Vraies Sources Du Fleuve Sacré

Il leur a fallu deux jours pour venir, depuis Mumbaï (Bombay), la mégapole de la côte ouest, jusqu’à Haridwar, dans le nord de l’Inde, là où le Gange abandonne son cours montagneux. Deux jours harassants en train, dans une chaleur intense, avec une escale à Delhi, la grouillante capitale aux 17 millions d’habitants, pour venir se baigner, ici, dans le fleuve sacré. 

Kapil, sa femme, sa fille et sa mère s’aspergent joyeusement, tout de même solidement amarrés à une chaîne, car le courant est impétueux. « Se baigner permet de se laver de ses actes mauvais, dit le mari. Celui qui se purifie peut espérer une vie meilleure et peut-être même interrompre le cycle des réincarnations. Il peut au moins compter sur la réincarnation dans une caste supérieure à la sienne. »

Tandis que sa famille s’accroche aux chaînes, Kapil va acheter à l’un des multiples marchands installés sur les Ghâts (marches) une corbeille d’offrandes colorées : au creux de plusieurs feuilles de lotus sont posés des pétales d’œillets d’Inde et de roses. 

Au milieu, un récipient en terre contient une petite bougie. Kapil allume la mèche, pose la corbeille sur l’eau bleue. Cette dernière flotte doucement, puis s’éloigne, emportée par le courant, rejoignant plus loin, dans la lumière dorée du couchant, d’autres offrandes confiées au fleuve par d’autres familles.

L’empreinte Du Pied De Vishnou

Haridwar est l’une des sept villes les plus sacrées de l’hindouisme. Des milliers de personnes s’y pressent quotidiennement, à la tombée de la nuit, sur l’Har-ki-Pauri, au bord du fleuve, là où, selon la tradition, le dieu Vishnou aurait laissé une empreinte de son pied. Comme Kapil, tous veulent participer à l’ârti, le rituel qui célèbre le Gange.

Les prêtres qui ont transporté la mûrti, la statue sacrée de la déesse Ganga sur un palanquin, l’ont installée sur un petit autel d’argent. Puis, une dizaine d’entre eux brandissent simultanément des flambeaux qu’ils agitent pendant que des poudres colorées sont jetées dans l’eau. Des chants et les textes sacrés en l’honneur de la déesse retentissent, relayés par les haut-parleurs.

La cérémonie est magnifique et prenante, la religiosité des pèlerins communicative. Dans cette ambiance recueillie, grouillante et colorée, on voit des jeunes et des vieux, des enfants et leurs parents, des Indiens décharnés et d’autres replets, se baigner sans fausse pudeur, parfois en slip de bain, parfois en sari ou en pantalon, sans crainte d’exhiber leurs chairs. 

Sur les Ghâts, quelques-uns lisent des textes, d’autres prient les mains jointes, d’autres se penchent pour remplir des bidons dans le Gange, d’autres encore versent délicatement sur eux de l’eau à l’aide d’un récipient en laiton.

Pepsi-Cola À Côté De Shiva

Cette grande ferveur n’empêche pas les jeunes de photographier ces scènes inoubliables avec leur iPhone. Car, en Inde, la tradition, la religion voisinent partout avec l’attrait pour la modernité, les technologies nouvelles, la société de consommation. De l’autre côté du fleuve, une énorme affiche Pepsi-Cola est à touche-touche avec une statue de Shiva peinte en bleu.

« Nous reviendrons demain », dit Kapil en aidant sa femme et sa mère à se relever. À l’aube, la famille priera aussi dans plusieurs des sanctuaires aux dômes colorés construits en haut des Ghâts. Elle achètera quelques souvenirs dans les rues alentour, débordantes d’échoppes puis reprendra le train en emportant un bidon d’eau du Gange.

Kapil espère, un jour, aller en pèlerinage de Haridwar jusqu’aux sources du Gange. Le fleuve sacré né, selon la tradition, du chignon de Shiva, résulte en effet de la réunion de plusieurs affluents venus de l’Himalaya.

Gangotrî, Aux Sources Du Gange

C’est toute une expédition d’aller là-haut! En ce début mai, les sommets restent étincelants de neige. Il faut des heures de routes tortueuses, sur des pentes cultivées en terrasses et peuplées de petits villages aux maisons de couleurs acidulées, dans des vallées accidentées, parfois dévastées par les pluies, pour arriver à Gangotrî. L’eau de la Bhagirathi y est glacée

Ce bras du Gange supérieur prend sa source 18 km plus haut, au pied d’un glacier. Selon la tradition, sa source, située au pied du mont Shivling, ressemble à un museau de vache, d’où son nom : Goumukh – de gou, « vache » et mukh, « face ». 

Le jovial Nijis n’ira pas jusque-là. Cet entrepreneur du bâtiment du Gujarat, un État prospère de la côte ouest, n’a pas la forme physique pour tenter pareille ascension, réservée aux marcheurs entraînés. 

De toute façon, ses chantiers et ses 160 salariés ne lui en laissent pas le temps.

La Principale Religion De L’Inde

Trois dieux – Shiva, Vishnou et Brahma – forment la trimûrti, les trois formes du divin – et ont une place centrale dans le panthéon. 

Shiva est un dieu ambivalent, à la fois destructeur et protecteur, apportant bonheur et réconfort. 
Vishnou est un dieu bienveillant qui maintient l’harmonie universelle. 
Enfin, Brahma, qui ne fait pas l’objet de dévotion, est le créateur mais pas à la manière où on l’entend chez nous. 

Chez les hindous, la création du monde est une « émanation », une mise en ordre d’éléments préexistants.



Paula Boyer, À Haridwar — 13 juin 2014
La-Croix-Com-Religion



Billet Proposé Par Aron O’Raney