La Méditation





Pour être débarrassé de mes exigences intérieures, de mes désirs et de mes satisfactions, il me faudrait reprendre une investigation en moi-même et comprendre toute la nature de mon désir. 

Toute Demande Intérieure Provient D'une Dualité : « Je Suis Malheureux, Je Voudrais Être Heureux. » 

En cette aspiration : « Je veux être heureux » est un état malheureux, de même que lorsqu'on fait un effort vers le bien, en cette vertu est le mal. 

Toute affirmation contient son opposé, et tout effort renforce ce que l'on veut surmonter. 

Lorsque vous désirez l'expérience du vrai ou du réel, cette demande émane de votre manque de satisfaction au sujet de ce qui « est », et crée, par conséquent, son contraire. 

Et dans ce contraire se trouve ce qui a été. 

Nous Devons Nous Libérer De Ces Incessantes Demandes, Autrement Il N'y Aurait Pas De Fin Au Couloir De La Dualité. 

Cela veut dire se connaître soi-même si complètement que l'on ne cherche plus.

On a, en cet état, un esprit qui n'appelle pas l'expérience ; qui ne veut pas être provoqué ; qui ne connaît pas la provocation ; qui ne dit ni « je dois », ni « je suis éveillé » ; qui est complètement ce qu'il « est ». 

Ce ne sont que des esprits frustrés, étroits, creux, conditionnés, qui recherchent le « plus ». 

Peut-on vivre en ce monde sans le « plus », sans ces sempiternelles comparaisons ? 

Assurément, c'est possible. Mais on doit l'apprendre par soi-même. 

Mener Une Enquête Dans Toute Cette Sphère, C'est Méditer. 

Ce mot a été employé, en Orient et en Occident, d'une façon malheureuse. 

Il existe différentes écoles et différents systèmes de méditation. 

Certaines écoles disent : « Observez le mouvement de votre gros orteil, observez-le, observez-le, observez-le », d'autres recommandent que l'on s'assoie dans certaines postures, que l'on respire régulièrement, ou que l'on s'exerce à être lucide. 

Tout cela est purement mécanique. 

Une autre méthode consiste à vous donner un certain mot et à vous dire que si vous le répétez très longtemps, vous aurez une expérience transcendantale extraordinaire. 

C'est une absurdité. C'est de l'auto-hypnotisme. 

Il est certain qu'en répétant indéfiniment Amen, Om, ou Coca-Cola, vous aurez une certaine expérience, parce qu’au moyen de répétitions on se calme l'esprit.

C'est un phénomène bien connu en Inde depuis des milliers d'années, que l'on appelle Mantra-Yoga. 

Avec des répétitions vous pouvez inciter votre esprit à être aimable et doux, mais il n'en sera pas moins un petit esprit mesquin, misérable. 

Vous pourriez aussi bien placer sur votre cheminée un morceau de bois ramassé dans le jardin et lui présenter tous les jours une fleur en offrande. 

Au bout d'un mois, vous seriez en train de l'adorer, et ne pas lui offrir une fleur serait un péché.

La Méditation Ne Consiste Pas À Suivre Un Système ; Ce N'est Pas Une Constante Répétition Ou Imitation ; Ce N'est Pas Une Concentration.

Une des méthodes favorites de certaines personnes qui enseignent la méditation est d'insister auprès de leurs élèves sur la nécessité de se concentrer, c'est-à-dire de fixer leur esprit sur une pensée et d'expulser toutes les autres. 

C'est la chose la plus stupide, la plus nocive que puisse faire n'importe quel écolier, lorsqu'on l'y oblige. 

Cela veut dire que pendant tout ce temps on est le lieu d'un combat entre la volonté insistante de se concentrer et l'esprit qui vagabonde, tandis qu'il faudrait être attentif à tous les mouvements de la pensée, partout où elle va. 

Lorsque votre esprit erre à l'aventure, c'est que vous êtes intéressé par autre chose que ce que vous faites.

La méditation exige un esprit étonnamment agile ; c'est une compréhension de la totalité de la vie, où toute fragmentation a cessé, et non une volonté dirigeant la pensée. 

Lorsque celle-ci est dirigée, elle provoque un conflit dans l’esprit, mais lorsqu'on comprend sa structure et son origine — que nous avons déjà examinées — elle cesse d'intervenir. 

Cette compréhension de la structure de la pensée est sa propre discipline, qui est méditation.

La méditation consiste à être conscient de chaque pensée, de chaque sentiment ; à ne jamais les juger en bien ou en mal, mais à les observer et à se mouvoir avec eux. 

En cet état d'observation, on commence à comprendre tout le mouvement du penser et du sentir. 

De Cette Lucidité Naît Le Silence.

Un silence composé par la pensée est stagnation, une chose morte, mais le silence qui vient lorsque la pensée a compris sa propre origine, sa propre nature et qu'aucune pensée n'est jamais libre, mais toujours vieille, ce silence est une méditation où celui qui médite est totalement absent, du fait que l'esprit s'est vidé du passé.

Si vous avez lu ce livre attentivement pendant une heure, c'est cela, la méditation. 

Si vous n'avez fait qu'en extraire quelques mots et que rassembler quelques idées afin d'y penser plus tard, ce n'est pas de la méditation.

La méditation est un état d'esprit qui considère avec une attention complète chaque chose en sa totalité, non en quelques-unes seulement de ses parties.

Et Personne Ne Peut Vous Apprendre À Être Attentif. 

Si un quelconque système vous enseigne la façon d'être attentif, c'est au système que vous êtes attentif, et ce n'est pas cela, l'attention.

La Méditation Est Un Des Arts Majeurs Dans La Vie, Peut-Être « L'art Suprême », Et On Ne Peut L'apprendre De Personne : 

c'est sa beauté. Il n'a pas de technique, donc pas d’autorité. 

Lorsque vous apprenez à vous connaître, observez-vous, observez la façon dont vous marchez, dont vous mangez, ce que vous dites, les commérages, la haine, la jalousie — être conscients de tout cela en vous, sans option, fait partie de la méditation.

Ainsi la méditation peut avoir lieu alors que vous êtes assis dans un autobus, ou pendant que vous marchez dans un bois plein de lumière et d'ombres, ou lorsque vous écoutez le chant des oiseaux, ou lorsque vous regardez le visage de votre femme ou de votre enfant.

Comprendre Ce Qu'est La Méditation Implique L'amour : 

l'amour qui n'est pas le produit de systèmes, d'habitudes, d'une méthode. 

L'amour ne peut pas être cultivé par la pensée ; mais il peut — peut-être — naître dans un silence complet en lequel celui qui médite est entièrement absent. 

Un esprit ne peut être silencieux que lorsqu'il comprend son propre mouvement en tant que penser et sentir, et, pour le comprendre, il ne doit rien condamner au cours de son observation.

Observer de cette façon est une discipline fluide, libre, qui n'est pas celle du conformisme.


« Se libérer du connu » Extrait Ch.15 — Stock 1977



Jiddu Krishnamurti (1895-1986).



Billet proposé par Aron O’Raney

Issayas Afeworki, le Tyran d'Erythrée




Issayas Afeworki, président de l'Érythrée (GERARD CERLES/AFP)



Issayas Afeworki est un cogneur.

Quand le président érythréen sortait encore en ville, ses soirées alcoolisées avec quelques vieux compagnons se terminaient souvent à coups de poing.

C’est le secret le moins bien gardé de cette dictature oubliée de la Corne de l’Afrique : le camarade Issayas, 66 ans, se réfugie dans le whisky quand il est maussade.

En avril 2012, il a disparu pendant près d’un mois, après une violente dispute avec ses généraux, lesquels refusaient de lancer leur armée de conscrits mal nourris à l’assaut du voisin éthiopien, dont quelques commandos avaient violé le sacro-saint territoire national.

Il se serait isolé dans l’une de ses retraites de buveur, avant d’être transporté en urgence dans un hôpital du Golfe pour traiter ce diabète qui le torture.

Alors que l’opposition le donnait déjà pour mort, il est finalement réapparu à la télévision, blême et le souffle court, pour reprendre avec un sourire moqueur les commandes du pays.

Le guérillero

Félin, presque toujours vêtu d’une chemisette et chaussé de sandales, Issayas est un homme austère qui, jusqu’à récemment, conduisait lui-même sa vieille Toyota pour se rendre à la présidence.

Fils d’un fonctionnaire du Négus et d’une vendeuse de sewa, la bière traditionnelle, il préfère bien vite le maquis à des études d’ingénieur.

En quelques années, il gravit les échelons du Front populaire de Libération de l’Érythrée (FPLE), la guérilla inspirée du FLN algérien, insurgée contre l’occupant éthiopien de cette ancienne colonie italienne, alanguie entre la mer Rouge, le Soudan et Djibouti.

Nommé commissaire politique après un séjour dans la Chine de Mao pour parfaire son éducation révolutionnaire, l’ombrageux Issayas provoque une scission dans les rangs des guérilleros érythréens.

Avec une poignée de partisans, il fonde son propre groupe et se réfugie dans les montagnes au sud d’Asmara.

Après vingt ans d’âpres combats et quelques batailles héroïques, menées dans l’indifférence d’un monde qui mise sur son inéluctable écrasement, son armée populaire en short et sandales entre triomphalement dans la capitale du pays libéré en 1991.

Trente ans de résistance et voici l’indépendance votée par référendum, le 24 mai 1993.

L’ancien vendeur de rues devient le très aimé président du plus jeune pays d’Afrique.

Le cruel

Mais les jours heureux tournent vite à l’aigre.

Aujourd’hui, du haut de son mètre quatre-vingt-dix, ce Caligula africain, rhéteur habile et regard de glace, terrorise ceux qui l’approchent.

Affable un jour, cruel le lendemain. Un geste de lui et c’est la prison, dans l’un de ces conteneurs de cargo qui servent de cachot aux plus téméraires.

Les fonctionnaires internationaux sont désarmés. Personne ne sait comment parler à Issayas, qui manie le mensonge avec virtuosité.

Il n’est pas rare qu’il arrive avec plusieurs heures de retard, la moustache hirsute et l’humeur sombre, aux rendez-vous fixés aux reporters étrangers.

Il fait alors preuve d’une mauvaise foi stupéfiante, niant l’évidence, traitant ses interlocuteurs de « laquais de la CIA ».

C’est sa méthode favorite : démentir, avec ce sourire énigmatique qu’on lui connaît.

Et lorsqu’il est mis en difficulté, frapper durement, sans hésiter. C’est ainsi qu’il a traité ses anciens frères d’armes qui, entre 2000 et 2001, ont osé contester son pouvoir.

Le 18 septembre 2001, alors que le monde entier regardait encore vers les ruines fumantes du World Trade Center, il a fait rafler tous les réformistes de son entourage, ambassadeurs, généraux, ou ministres : les quinze signataires d’une lettre ouverte appelant à plus de démocratie, publiée en mai par la poignée de journaux qui paraissaient dans le pays. 

Pour n’être pas embarrassé par des bavards, Issayas a aussi fait incarcérer les directeurs de ces insolents périodiques. Tous ont disparu depuis.

On les a d’abord enfermés dans l’un des infâmes commissariats d’Asmara.

Puis Issayas a fait construire un bagne spécial pour boucler les survivants : la prison d’Eiraeiro, perdue dans une brousse de caféiers et de cactus. Depuis 2003, les amis d’Issayas qui ont eu le malheur de le contredire meurent là-bas, un à un. 

Parmi eux, le vieux Haile Woldetensae, dit « Durue », un copain de lycée qui était monté au maquis avec lui.

Le belliqueux

Mais la paix des prisons ne calme pas Issayas. Son règne est instable.

Travaillé par la paranoïa, convaincu qu’il est toujours le chef d’un fortin assiégé, que les Américains veulent le tuer et que l’armée éthiopienne s’agite aux frontières, prête à fondre à tout moment sur Asmara, il s’emploie à diviser pour mieux régner, s’assurant le soutien d’un entourage de généraux cupides et d’idéologues habiles.

Il attaque le premier, pour faire peur, pour tenir ses ennemis à distance. Guerre-éclair contre le Yémen en 1995, offensive générale contre l’Éthiopie en 1998, accrochage avec Djibouti en 2009, soutien aux rebelles du Soudan, aux « talibans noirs » de Somalie, aux groupes armés de l’Ogaden, du Tigré et du pays oromo, foyers de déstabilisation de l’Éthiopie détestée...

Son argent provient de généreux bienfaiteurs étrangers, qui ont intérêt à entretenir les conflits nécrosant cette zone stratégique.

Mais aussi d’une « taxe révolutionnaire » prélevée d’autorité sur les salaires de tous les Érythréens qui vivent à l’étranger, sous la surveillance des redoutables « moustiques », ces mouchards du régime infiltrés partout.

Au passage, Issayas prélève une commission, pour renflouer un budget exsangue, étranglé par les sanctions internationales.

Depuis près de dix ans, la jeunesse érythréenne fuit son pays caserne. Ils sont plus d’un millier par mois à prendre le chemin de l’exil, à pied, à travers le désert du Soudan ou les canyons d’Éthiopie.

Pour venir s’échouer, et souvent mourir, sur les plages du sud de l’Europe.

Bien sûr, beaucoup d’Érythréens rêvent devant les images d’insurrections populaires venues des pays arabes.

Mais s’insurger, ils ne s’en sentent pas capables. Eux aussi, Issayas les tient à la gorge.


6 août 2012 —  Le Nouvel Observateur —


Léonard Vincent (1)


(1) Léonard Vincent journaliste, auteur des « Érythréens » (Payot et Rivages, 2012).




Billet proposé par Aron O’Raney

Le Mythe Du 13





Êtes-vous triskaidékaphobiques ?



Le 13 : vous l’avez remarqué, ce nombre est souvent absent dans les ascenseurs, pour le placement des passagers dans les avions et certains d’entre nous entretiennent à son égard une étrange phobie…


Quelques réponses sur l’origine de cette superstition.


Le 13 est au centre de nombreuses superstitions. 

On appelle d’ailleurs les phobiques du treize : Les destriskaidékaphobiques.

Quant à ceux qui redoutent le vendredi treize, ils sont affublés d’un nom encore plus alambiqué : Les paraskevidékatriaphobiques !

Les nombreuses incidences du nombre 13 dans les domaines temporels, religieux, historiques ou mathématiques semblent expliquer le caractère mystérieux et les superstitions entourant ce nombre.

Dans les religions chrétiennes, le 13 est symbolique. 

la Cène

Lors de la Cène, Jésus réunit les douze Apôtres autour de lui. La treizième personne n’est autre que Judas, le traître qui conduira Jésus à la mort par crucifixion. 

Dès lors, le 13 est associé aux malheurs et aux souffrances de Jésus.

Le treize suit le nombre douze, mais on s’en doute. 

Arrêtons-nous quelques instants sur ce dernier.

Le 12 est un nombre symbolique dans la mythologie chrétienne où il est un nombre « saint ».

Il y a 12 mois dans l’année, 12 heures le jour et 12 la nuit ; il y a 12 signes du zodiaque, 12 dieux dans l’Olympe, 12 travaux d’Hercule, 12 tribus d’Israël et 12 apôtres de Jésus. 

Le nombre est divisible par 2, 3, 4, ou 6 alors que 13 n’est divisible que par 1 ou par lui-même seulement.

En résumé, treize est plutôt source de déséquilibre et tombe dans une portion opposée du divin, et marque une évolution fatale vers la mort.

Ajouter 1, c’est créer la pagaille, casser le cycle.

D’ailleurs, « Mem », la treizième lettre de l’alphabet hébreu, s’apparenterait à la mort.

Le « 13 » est absent dans certains avions


Et vendredi 13 ?

En France, la superstition liée au vendredi 13 viendrait du vendredi 13 octobre 1307.

Ce jour-là, tous les templiers de France furent arrêtés, sur ordre de Philippe le Bel.

D’après la légende, le grand maître Jacques de Molay aurait proféré sur le bucher : « Vous serez tous maudits, jusqu’à la treizième génération ». 

Une succession de malheurs s’abattit ensuite sur la famille royale. 

Rappelons que ce moment de l’histoire fut popularisé dans le roman de Maurice Druon, de l’Académie française Les rois Maudits.

L’origine de la superstition du vendredi 13 pourrait également venir d’une légende nordique. Vendredi était le jour de Frigga, la déesse de l’amour et de la fertilité.

Lorsque les tribus nordiques et germaniques se convertirent au christianisme, Frigga fut bannie, envoyée au sommet d’une montagne et considérée comme une sorcière.

Depuis, chaque vendredi 13, la déesse pleine de rancune convoquerait onze sorcières et le diable.

N’oublions cependant pas que dans l’Antiquité, le vendredi était un jour consacré à la déesse de l’amour, qu’elle s’appelle Aphrodite, Vénus ou Frigga.

Ce jour était donc considéré comme le plus gai de la semaine. 

Par ailleurs, chez les Mayas et les Aztèques, le 13 était porte-bonheur, symbole de renaissance dans un état supérieur.

Aujourd’hui, le 13 est à la fois ami et ennemi.

Inviter 13 convives à table est plutôt mal vu, car l’on dit que l’un d’entre eux mourra dans l’année.

Dans les hôtels, les avions, nous le disions plus haut, le 13 a tout simplement été rayé de la liste.

A contrario, certains le considèrent comme bénéfique.

Les titres des spectacles des Folies-Bergères ont toujours 13 lettres par exemple.

Quant au cinéaste Claude Lelouch, il commence ses tournages les 13 du mois et a baptisé sa société de production « les films 13 ».

Enfin, comment ne pas penser aux différentes loteries dont les gains sont doublés ou triplés les vendredis 13 ?

Il semble que les lois du 13 restent bien mystérieuses pour le commun des mortels, alors tentez votre chance, sur un malentendu, on ne sait jamais, vous pourriez peut-être tirer le gros lot !




Source : Canal Académie — Tous droits réservés



Billet proposé par Aron O’Raney

La Vie Quotidienne D’un Éveillé



Sri Ramana Maharshi — (1879-1950)



Sri Ramana Maharshi Le Sage D’arunachala



Pour Sri Ramana, la vie était aussi simple et tranquille que l’était son esprit.


Il ne tirait aucune gloire de sa notoriété et il n’était pas rare de le trouver assis sur le sol de terre battue de la cuisine, en train d’éplucher les légumes des repas du jour vers trois heures du matin.


Il pouvait aussi interrompre un entretien devant une centaine de personnes pour aller masser les pieds endoloris d’un nouveau venu assis silencieusement à l’extérieur de la salle d’audience ;

alors qu’il n’accordait par un regard à quelque important personnage venu de Delhi chargé de profondes questions métaphysiques.


Il prenait ses repas assis à même le sol, en compagnie de tout le monde, dans la salle commune.


Vivant presque nu, ne possédant rien, Sri Ramana conservait une simplicité de cœur qui fascinait ses visiteurs.


En fin d’après midi, accompagné de quelques disciples, il prenait son bâton et s’engageait sur le chemin rituel du tour de la montagne et ne rentrait qu’à la nuit tombée pour se retirer dans sa petite cellule monastique.


La montagne sacrée d’Arunachala, Sri Ramana la connaissait par cœur ; il en avait arpenté tous les sentiers et avait posé ses pieds nus sur chaque rocher brûlant.

Il en avait visité chaque grotte, salué tous les ermites solitaires qui s’y cachaient. 

Arunachala était son Dieu, sa compagne ; il était uni à ce mont comme à son Cœur spirituel.


La journée se passait en entretiens, car « Bhagavan » se consacrait entièrement à ses visiteurs. 

Parfois, aux heures chaudes de l’après-midi un disciple lui lisait les textes sacrés de l’hindouisme qu’il commentait à sa manière.

Il apprit ainsi que son expérience intime était décrite dans les antiques Upanisads, le Ribhu Gita, ou les hymnes védantistes de Shankara ; c’est ce qui lui permit de converser avec les plus érudits de ses visiteurs. 

Mais souvent il se contentait de leur répondre : « cherchez en vous-même qui pose la question, et vous trouverez la réponse ultime »



Bhagavan Sri Ramana Maharshi



Billet proposé par Aron O’Raney

C’est Écrit…






MAKTUB signifie « c’est écrit ».

Pour les Arabes, « c’est écrit » n’est pas une bonne traduction, car, bien que tout soit déjà écrit, Dieu est miséricordieux et Il n’use Son stylo et Son encre que pour nous venir en aide.

Le voyageur se trouve à New York.

Il s’est réveillé tardivement et, lorsqu’il sort de l’hôtel, il découvre que la police a embarqué sa voiture. 

Il arrive en retard à son rendez-vous, le déjeuner se prolonge plus que nécessaire, et il pense à l’amende qu’il va devoir payer, qui va lui coûter une fortune.

Soudain, il songe au dollar qu’il a trouvé la veille.

Il imagine une relation surnaturelle entre ce billet et les événements de la matinée.

« Qui sait si je n’ai pas ramassé ce billet avant que celui à qui il était destiné ne le trouve ?

Peut-être ai-je enlevé ce dollar du chemin d’une personne qui en avait besoin. 

Peut-être ai-je interféré dans ce qui était écrit. »

Il éprouve le besoin de se débarrasser du billet.

À cet instant, il aperçoit un mendiant assis par terre et le lui tend.

« Un moment, s’exclama ce dernier. Je suis poète. Pour vous remercier, je vais vous lire un poème. 

— Alors, qu’il soit court, car je suis pressé », répond le voyageur.

Le mendiant rétorque : 

« Si vous êtes toujours en vie, c’est que vous n’êtes pas encore arrivé là où vous deviez arriver. » 



Extrait de « Maktub » 


Paulo Coelho



Billet proposé par Aron O’Raney

Partir







Partir !

Aller n'importe où, 
vers le ciel ou vers la mer,
Vers la montagne
ou vers la plaine !
Partir !
Aller n'importe où, 
vers le travail, 

Vers la beauté
ou vers l'amour !

Mais que ce soit
Avec une âme 
pleine de rêves et de lumières,

Avec une âme pleine de bonté, 
de force et de pardon !


S'habiller de courage et d'espoir,
Et partir,

Malgré les matins glacés, 
Les midis de feu, 

les soirs sans étoiles.

Raccommoder, s'il le faut, nos coeurs
Comme des voiles trouées, 

Arrachées au mât des bateaux.

Mais partir !

Aller n'importe où
Et malgré tout !


Mais accomplir une oeuvre !

Et que l'oeuvre choisie soit belle,
Et qu'on y mette tout son coeur,

Et qu'on lui donne toute sa vie.


- Manège d'étoiles



Cécile Chabot


Billet proposé par Aron O’Raney

Le Désert Des Philosophes




La spiritualité du désert, c'est aussi la spiritualité de l'enfance. 


Poser sur tout ce qui est un regard innocent, délivré de jugements et d'opinions, voir les choses telles qu'elles sont, sans surimpositions de mémoires, sans projections, cela suppose un certain anéantissement du moi et un renoncement au vouloir s'anéantir, car qui veut être délivré de l'ego si ce n'est l'ego ? 

Eckhart précise bien qu'il s'agit de dépasser autant l'Être que le non-être. 

Vivre sans souci, sans pourquoi, l'homme désert ne cherche plus le désert. Un esprit devenu pure vacuité, pure réceptivité accueille indifféremment le vide et le plein. 

Il ne suit plus aucune voie, son chemin a perdu toutes bornes ; au désert, seules comptent la Source et la Soif que donne l'Instant. 

Deviens tel un enfant,
Rends-toi sourd et aveugle !
Tout notre Être  
Doit devenir néant,  
Dépasse tout Être et tout néant !  
Laisse le lieu et laisse le temps,
Et les images également !  
Si tu vas par aucune voie  
Sur le sentier étroit,  
Tu parviendras jusqu'à l'empreinte du désert. 

Le commentateur qui selon Alain de Libera pourrait bien être Maître Eckhart lui-même ajoute : 

« Denys enseigne qu'il y a trois voies qui mènent à Dieu.

La première est celle de l'apophase ou négation, comme lorsqu'on dit : « Dieu n'est ni ci ni ça. »

La deuxième est l'éminence : c'est ainsi, par exemple, que lorsqu'on trouve en la créature une quelconque puissance, on doit l'attribuer à Dieu en son état de maximum.

La troisième est la causalité, comme lorsque l'effet nous conduit à la connaissance de la cause ou la connaissance du mouvement à celle du moteur. 

Je réponds qu'aucune voie ne peut parfaitement mener la créature au créateur, car l'esprit qui pense à Dieu défaille, puisqu'il est incompréhensible, le sens ne le perçoit pas, puisqu'il est invisible,

la langue ne peut ni dire ni l'expliquer, puisqu'il est ineffable, le temps ne peut le mesurer, puisqu'il est sans bornes, le lieu ne peut le saisir, puisqu'il est inassignable, 

l'écriture ne peut le donner à comprendre, puisqu'il passe l'estimation, la vertu ne peut l'atteindre, puisqu'il est inaccessible, et il transgresse l'ordre des désirs et des souhaits, puisqu'il n'est comparable à rien, en un mot :

toute créature rapportée à Dieu défaille, puisqu'il n'y a pas de proportion de l'infini au fini. 

Ainsi donc pour celui dont l'intention est Dieu il n'est pas de voie qui conduise à la terre déserte qui n'a jamais été foulée.

Mais il y a un sentier étroit entre ce qui est et ce qui n'est pas, qui, sous la conduite de la grâce, conduit analogiquement à la solitude abandonnée, là où « l'onagre », c'est-à-dire l’errant contemplatif,

est dit recevoir une « maison », c'est-à-dire le repos, et un « tabernacle dans la terre du sel », c'est-à-dire un habitacle mobile dans le site brûlant de la sagesse. 

Et c'est ce qui est dit ici : tu parviendras jusqu'à l'empreinte du désert. »

Qu'il soit ascète, mystique ou métaphysicien, le chrétien revient du désert avec deux ou trois évidences : 

La première est soif, L'autre est poussière, La troisième pourrait être l'inattendu toujours espéré de la Source, 

Source qui rendra possible cet « habitacle mobile dans le site brûlant », réponse à la soif et acquiescement à la poussière lumière : Jésus. 

Pourtant L'Esprit ne conduit pas au désert pour faire de Jésus une idole. 

Comme Jean-Baptiste s'efface devant le Christ : « Il faut qu'il croisse et que je diminue », le Christ lui-même s'efface devant le Père : « Celui qui croit en moi ce n'est pas en moi qu'il croit, mais dans Celui qui m'a envoyé. »

« Il est avantageux pour vous que je m'en aille. » 

la Source, ayant répondu à la soif, creuse un autre puits, avive une autre soif et conduit vers le lieu même d'où elle jaillit, lieu qu'il ne s'agit plus de penser ni même de nommer, cette fois c'est Dieu lui-même qui s'efface :

Où est mon séjour où toi et moi ne sommes ?  
Où est la fin dernière vers laquelle je dois tendre ?  
Là où l'on n'en trouve pas.
Où dois-je donc aller ? 
Je dois monter encore plus haut que Dieu  
Dans un désert. 

Là, il n'y a plus ni juifs, ni chrétiens, ni musulmans, ni athées, ni...  

Il y a des hommes et des femmes que le désir de vérité a conduits au-delà d'eux-mêmes.

Il n'y a plus de réalité si ce n'est la Réalité...

... Et le vent violent ou la brise légère qui donne formes à ses dunes...


Extrait de "Désert, déserts".


Jean-Yves Leloup.



Billet proposé par Aron O’Raney

Non-Violence Et Ordre International





Chaque jour, les médias rapportent des actions terroristes, des crimes et des agressions. Jamais je n’ai été dans un pays où de tragiques histoires de sang et de mort ne fassent la une des journaux ou des émissions de radiotélévision. 

Pareils incidents sont quasiment devenus une manie des journalistes et de leur public. 

Pourtant, l’écrasante majorité de la race humaine ne se comporte pas de façon destructrice ; en fait, très peu parmi les cinq milliards d’individus sur cette planète commettent des actes de violence. La plupart d’entre nous préfèrent être aussi tranquilles que possible.

Fondamentalement, nous apprécions tous la tranquillité, y compris ceux d’entre nous qui s’adonnent à la violence. 

Ainsi, quand le printemps arrive, les jours s’allongent, le soleil brille davantage, l’herbe et les arbres revivent, tout est frais. Les gens se sentent heureux. 

En automne, les feuilles tombent une à une, puis meurent toutes les belles fleurs, jusqu’à ce que nous soyons entourés d’arbres nus. Alors, nous ne nous sentons plus si joyeux. 

Pourquoi cela ? 

Parce que, quelque part au tréfonds de nous-mêmes, nous aspirons à la croissance et à ses fruits, nous n’aimons pas ce qui s’effondre, meurt ou s’anéantit. 

Toute action destructrice est contraire à notre nature fondamentale. 

Bâtir, être constructif, tel est le mode humain.

Je suis sûr que tout le monde s’accorde sur la nécessité de surmonter la violence, mais si nous voulons l’éliminer complètement, il nous faut d’abord analyser si oui ou non, elle a une quelconque valeur.

À l’aborder d’une perspective strictement pratique, on constate que, parfois, la violence paraît réellement utile. 
On peut résoudre un problème plus rapidement par la force. 

Mais dans le même temps, ce succès s’obtient souvent aux dépens des droits et du bien-être des autres. Donc, quand bien même un problème est ainsi résolu, un autre est déjà en germe.

Par ailleurs, si une cause est étayée par un raisonnement solide, il n’est nul besoin d’utiliser la violence. Seuls ceux qui n’ont d’autre motif que le désir égoïste et ne peuvent parvenir à leurs fins par la logique comptent sur la force. 

Qu’il ne s’agisse que d’un désaccord en famille ou entre amis, ceux qui ont pour eux la raison valable peuvent inlassablement défendre leur argument point par point, tandis que ceux qui manquent de motifs rationnels sont vite gagnés par la colère. 

Et la colère n’est jamais signe de force, c’est un signe de faiblesse.

En fin de compte, il importe d’examiner ses propres motivations, ainsi que celles de l’adversaire. Il existe plusieurs sortes de violence et de non-violence, difficiles à distinguer du seul point de vue extérieur. 

Si la motivation est négative, l’action produite, en son sens le plus profond, est violente, quand bien même elle puisse paraître aimable et douce. 

À l’inverse, quand la motivation est sincère et positive, même si les circonstances imposent une attitude rude, la pratique demeure essentiellement non violente. 

Quoi qu’il en soit, j’ai le sentiment que seul un souci compatissant des autres, et non pas exclusivement de soi-même est l’unique justification d’un recours à la force.

La pratique authentique de la non-violence en est encore à ses premiers tâtonnements sur notre planète, mais la poursuivre sur la base de l’amour et de la compréhension s’apparente à une quête. 

Si l’expérience réussit, elle peut frayer la voie à un monde beaucoup plus serein au siècle prochain.

Il m’est arrivé d’entendre certains Occidentaux dire qu’à long terme, les méthodes non-violentes de résistance passive à la Gandhi ne conviennent pas à tout le monde, et qu’elles iraient davantage de soi en Orient. 

Étant plus actifs, les Occidentaux tendent à des résultats immédiats, quelle que soit la situation, et ce, même au prix de leur vie. 

Je pense que cette approche n’est pas toujours la meilleure. 

Par contre, la pratique de la non-violence est toujours salutaire. Elle exige simplement de la détermination. Même si les mouvements de libération d’Europe de l’Est sont parvenus rapidement au but, la protestation non violente, par sa nature, requiert d’ordinaire de la patience.

À cet égard, je prie pour que, malgré la brutalité de la répression et les difficultés qui les attendent, les participants au mouvement en faveur de la démocratie en Chine demeurent pacifiques. Je suis sûr qu’ils le resteront. 

La majorité des jeunes Chinois qui y ont pris part sont certes tous nés et ont été élevés dans une forme particulièrement dure du communisme, mais au printemps 1989, ils ont spontanément mis en pratique la stratégie de résistance passive chère au Mahatma Gandhi. 

C’est remarquable, et c’est une nette indication qu’en dernier ressort, les êtres humains préfèrent la voie de la paix en dépit de tous les endoctrinements.


Extrait de « communauté globale et nécessité de la responsabilité universelle » — BuddhaLine —



Sa Sainteté le Dalaï-Lama (1999)



Billet proposé par Aron O’Raney