Chanson De La Vague







Le rivage puissant est mon bien-aimé
Et je suis son amante. 

Nous sommes enfin réunis par l'amour,
Et ensuite la lune me sépare de lui.

Je vais à lui en hâte et repars à contrecœur,
Avec plein De petits adieux. 

Je pars rapidement de derrière L'horizon bleu
pour répandre l'argent de Mon écume

sur l'or de son sable,
Et Nous nous mêlons dans l'éclat en fusion.

J'apaise sa soif et submerge son Cœur ;
il adoucit ma voix et soumet mon tempérament.

À l'aube je récite les règles de l'amour
dans Ses oreilles,

Et il m'embrasse avec ardeur. 

Le soir je lui chante la chanson de L'espoir,
Puis je dépose de doux baisers sur Son visage ;

je suis prompte et craintive,
Mais il Est calme, patient et rêveur.

Sa Large poitrine apaise mon agitation. 

Quand la marée arrive, nous nous caressons,
Quand elle se retire,

Je me laisse tomber à ses pieds dans La prière. 

Maintes fois j'ai dansé autour des sirènes
Quand elles sortaient des profondeurs

pour se reposer Sur ma crête
Afin de contempler les étoiles ;

Maintes fois j'ai entendu les amants
se plaindre De leur petitesse,

Et je les ai aidés à soupirer. 

Maintes fois j'ai taquiné les grands rochers
Et les ai caressés d'un sourire,

mais je n'ai Jamais reçu
De rires de leur part ;

Maintes fois j'ai soulevé 
des âmes qui se noyaient

Et les ai portées tendrement
Vers mon rivage Bien-aimé.

Il leur donne sa force comme
Il Prend la mienne. 

Maintes fois j'ai volé des gemmes
aux Profondeurs et les ai présentées

À mon rivage Bien-aimé.

Il prend en silence,
mais je donne Encore

Car il m'accueille toujours. 

Dans la lourdeur de la nuit,
quand toutes Les créatures recherchent

le fantôme du Sommeil,
je me redresse, chantant un moment

Et soupirant l'instant d'après.

Je suis toujours en éveil

Hélas ! L'insomnie m'a affaiblie !

Mais je suis une amante,
Et la vérité de l'amour
Est forte.

Je suis lasse,
Mais je ne mourrai jamais. 


Rires Et Larmes — Extrait —



Khalil Gibran 



Billet proposé par Aron O’Raney

La Demande Palestinienne À L'Unesco...





L'église de la Nativité est l'une des églises les plus anciennes de la chrétienté 
Photo AFP


« L'église De La Nativité Doit Être Reconnue Comme Étant Le « Lieu De Naissance De Jésus »


La Palestine demande l'inscription de la basilique au Patrimoine mondial.


Les dirigeants palestiniens espèrent capitaliser sur l'adhésion à l'UNESCO de la Palestine en tant qu'État en obtenant l'inscription de la basilique de la Nativité de Bethléem au Patrimoine mondial, une candidature loin de faire l'unanimité.


Devenue en octobre 2011 membre à part entière de cette agence de l'ONU, une première, la Palestine demande l'enregistrement de « l'église de la Nativité et la route du pèlerinage, à Bethléem » en tant que « Lieu de naissance de Jésus », lors de la session annuelle du Comité du Patrimoine mondial réunie jusqu'au 6 juillet à Saint-Pétersbourg (Russie).

« Bethléem, sa Vieille ville et ses églises ont été victimes d'attaques militaires israéliennes délibérées, en 1967 et de nouveau entre 2001 et 2002. 

La majeure partie de ce qui a été restauré par la communauté internationale (...) a été détruit par les forces d'occupation », affirment les institutions de Bethléem, dans une lettre ouverte au Comité.

« Notre désignation comme site du Patrimoine mondial n'est pas seulement un droit, c'est une nécessité », assurent-elles.

« Nous pensons que tous nos amis qui ont voté pour la Palestine à l'UNESCO voteront pour Bethléem à Saint-Pétersbourg. 

Il est très important pour nous que les touristes fassent ce circuit et visitent Bethléem en tant que ville palestinienne », a déclaré à des journalistes le maire adjoint, Georges Saadé.

Haut lieu de pèlerinage, Bethléem est le premier site touristique des Territoires palestiniens (deux millions de visiteurs en 2011). 

Datant de l'empereur romain Constantin, au 4e siècle et restaurée au 6e siècle sous Justinien, la basilique de la Nativité est l'une des églises les plus anciennes de la chrétienté.

« Nous avons besoin de 19 millions d'euros pour restaurer l'église », dont le toit pourrissant laisse passer l'eau, a indiqué Ziad al-Bandak, chef de la commission pour la rénovation de la basilique. 

« À présent, nous avons 1 million d'euros de l'Autorité palestinienne et un demi-million d'euros du secteur privé, 200.000 de la France, 100.000 de la Hongrie et 150.000 dollars de la Russie », selon lui.

La décision revêt également un fort enjeu économique, car le classement d'un site facilite le déblocage d'aides pour la préservation et entraîne une hausse de la fréquentation touristique.

La demande palestinienne a été présentée en « urgence » du fait du « délabrement et de la dégradation de l'ensemble architectural » en raison de l'absence de travaux de restauration sérieux depuis 50 ans.

Mais cette candidature a connu un premier revers avec l'avis défavorable des experts du Conseil international des monuments et des sites (Icomos), qui ont recommandé à la Palestine de revoir sa copie, déplorant l'absence d'étude « sur la pertinence des délimitations ou les exigences de protection et de gestion » du site.

L'ambassadeur palestinien à l'Unesco Elias Sanbar a critiqué un avis « politisé » sous la pression des États-Unis et d'Israël. 

« Ceux qui ont perdu la bataille du vote de l'entrée de la Palestine à l'UNESCO veulent nous empêcher d'exercer nos droits ».

Les Églises gardiennes des lieux saints — Grecque orthodoxe, latine (catholique romaine) et arménienne — ont exprimé des réserves sur la candidature palestinienne de crainte d'une « instrumentalisation » du site.

« Nous n'avons aucune objection à l'inclusion de l'église de la Nativité au patrimoine de l'Humanité de l'UNESCO. 

Mais nous sommes opposés à la demande des Palestiniens de recourir à la procédure d'urgence parce que c'est une façon de laisser entendre qu'Israël ne protège pas le site », a déclaré à l'AFP le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères Yigal Palmor.

« C'est la première fois que la Palestine exercera son droit souverain en tant que nation », répond Omar Awadallah, du ministère palestinien des Affaires étrangères.

Le dossier sera probablement tranché par un vote du Comité du Patrimoine qui peut aller contre l'avis des experts.


L’Orient-Le Jour > À La Une > 28 juin 2012 — OLJ/Agences-



Billet proposé par Aron O’Raney

La Mort N’est Rien Pour Nous




Épicure - British Museum


Lettre à Ménécée



Familiarise-toi avec l’idée que la mort n’est rien pour nous, puisque tout bien et tout mal résident dans la sensation, et que la mort est l’éradication de nos sensations. 

Dès lors, la juste prise de conscience que la mort ne nous est rien autorise à jouir du caractère mortel de la vie : 

non pas en lui conférant une durée infinie, mais en l’amputant du désir d’immortalité.

Il s’ensuit qu’il n’y a rien d’effrayant dans le fait de vivre, pour qui est radicalement conscient qu’il n’existe rien d’effrayant non plus dans le fait de ne pas vivre. 

Stupide est donc celui qui dit avoir peur de la mort non parce qu’il souffrira en mourant, mais parce qu’il souffre à l’idée qu’elle approche. 

Ce dont l’existence ne gêne point, c’est vraiment pour rien qu’on souffre de l’attendre ! 

Le plus effrayant des maux, la mort ne nous est rien, disais-je : 

quand nous sommes, la mort n’est pas là, et quand la mort est là, c’est nous qui ne sommes pas ! 

Elle ne concerne donc ni les vivants ni les trépassés, étant donné que pour les uns, elle n’est point, et que les autres ne sont plus. 

Beaucoup de gens pourtant fuient la mort, soit en tant que plus grands des malheurs, soit en tant que point final des choses de la vie. 

Le philosophe, lui, ne craint pas le fait de n’être pas en vie : 

vivre ne lui convulse pas l’estomac, sans qu’il estime être mauvais de ne pas vivre. 

De même qu’il ne choisit jamais la nourriture la plus plantureuse, mais la plus goûteuse, ainsi n’est-ce point le temps le plus long, mais le plus fruité qu’il butine ? 

Celui qui incite d’un côté le jeune à bien vivre, de l’autre le vieillard à bien mourir est un niais, non tant parce que la vie a de l’agrément, mais surtout parce que bien vivre et bien mourir constituent un seul et même exercice..

Plus stupide encore celui qui dit beau de n’être pas né, ou
Sitôt né, de franchir les portes de l’Hadès.

S’il est persuadé de ce qu’il dit, que ne quitte-t-il la vie sur-le-champ ? 

Il en a l’immédiate possibilité, pour peu qu’il le veuille vraiment. 

S’il veut seulement jouer les provocateurs, sa désinvolture en la matière est déplacée. 

Souvenons-nous d’ailleurs que l’avenir, ni ne nous appartient, ni ne nous échappe absolument, afin de ne pas tout à fait l’attendre comme devant exister, et de n’en point désespérer comme devant certainement ne pas exister.


Lettre à Ménécée — Extrait issu d'une traduction anonyme.



Épicure



Billet proposé par Aron O’Raney

Borobudur, Montagne De La Vacuité





Quel est le sens de ce mandala, redécouvert au XIXe siècle un peu par hasard après 10 siècles durant lesquels il fut enseveli comme Pompéi sous les cendres volcaniques et sous une végétation luxuriante ? 


Borobudur est un nom à la fois simple et étrange. Il résonne un peu comme une formule magique, comme Abracadabra.

Et de fait, Borobudur est bien un nom et un lieu magique, celui d’une montagne de pierres qu’on a envie de dire vivantes, de pierres organisées selon la perfection d’une figure géométrique parfaite qui se nomme mandala.

Un mandala est à l’origine un tracé dessiné sur le sol, qui allie la forme carrée de la création à la forme circulaire de l’unité céleste. La force du mandala tient à cette interpénétration cosmique entre ciel et terre. Dessinez six carrés et trois cercles en ordre décroissant, placez au centre un point, et vous aurez l’image d’un mandala parfait : c’est Borobudur. 

C’est dire l’équilibre des nombres parfait 6 + 3 = 9, chiffre sacré du Bouddhisme.

Cette figure géométrique, conçue et réalisée de mains d’hommes, s’inscrit dans des proportions gigantesques. Les hommes qui ont construit voici onze siècles ce monument, pour sceller l’alliance de la terre et du ciel savaient ce qu’ils faisaient. Ils construisaient probablement un grand orgue cosmique, un orgue pour que la résonnance des formes fasse vibrer harmonieusement les forces de vie bénéfiques qui se confondent avec la réalité spirituelle.

Le lieu choisi par le destin est une île qui sent bon l’aventure. C’est Java, la plus peuplée des îles de l’Indonésie. Java est comme un grand navire jeté entre l’océan Indien et la mer de Chine. Mille kilomètres de long, cent quatre-vingts de large : des proportions parfaites pour naviguer entre terre et ciel. Une armature de volcans et de sommets volcaniques suffisamment éloignés pour permettre les communications et les échanges.

Une terre riche, un climat tropical, mais pondéré, toutes les conditions sont réunies pour que Java devienne une terre bénie des Dieux où effectivement les Dieux se trouvent bénis.

Si Borobudur est le plus grand mandala de pierres de Java, il n’est pas le seul. Il existe d’autres constructions non moins impressionnantes, tel l’ensemble des temples de Prambanan, érigé par la dynastie çivaïte de Mataram, par le roi Daksha vers 915. Ces temples dédiés à Civa, Brahma et Vishnu, la trinité hindouiste, sont comme Borobudur d’origine bouddhique.

En fait, on pourrait de Ceylan (ou Lanka) à travers l’Inde, la Birmanie et Java, tracer un itinéraire où existent d’autres constructions de même époque et de même type qui sont comme des relais sacrés. 

Une question vient donc naturellement à l’esprit : et si cet itinéraire était bien réel ? Si tous ces temples n’étaient pas isolés entre eux, mais reliés comme le serait une chaîne sacrée et initiatique à la fois ?

Le pouvoir d’un mandala

Borobudur se présente donc comme un mandala exprimant les trois niveaux et les trois états de la réalité :

le premier niveau est le monde du désir (Kamadhatu). C’est par lui que la matière se manifeste, que les joies et les souffrances apparaissent. En fait, ce premier degré de la manifestation est invisible. Cent soixante reliefs représentant l’enfer et les méfaits du désir ont été sculptés à la base, puis, nécessité architecturale ou volonté de cacher les images infernales, ces bas-reliefs furent recouverts d’une paroi de pierre, et ce n’est qu’à la suite de travaux de restauration en 1885 qu’ils furent découverts. Depuis inventoriés et photographiés, ils sont à nouveau recouverts de terre.

Le monde des formes ou second niveau attend en fait le voyageur (c’est Rupadhatu). Mille trois cents panneaux décoratifs décrivent sur une longueur de deux kilomètres et demi la vie de Bouddha et ses existences antérieures. Trois cent soixante niches abritent de plus chacune une statue de Bouddha.



Les mains des Bouddhas établissent une sorte de lecture différente selon les orientations : à l’Est, Bouddha s’unit à la terre. La main droite est sur le genou, paume en bas. Au Sud, la position est identique, mais la paume est en haut : ce qu’il a reçu à l’Est, Bouddha le donne au Sud. À l’Ouest, c’est le lieu de la fin du jour. Ainsi Bouddha est en méditation, contemplant l’étendue devant lui, les deux mains dans son giron, paumes en haut. Il n’est qu’écoute, ouverture et don. Par contre, contre les vents froids du Nord, la main droite est levée, sans doute pour que les forces déchaînées s’arrêtent, et s’apaisent surtout.

Nous voici au troisième niveau, le monde sans forme se nomme ici Arupadhatu. Les deux précédents niveaux aux assises stables et carrées sont tout à coup abolis. Ici, trois cercles de pierre et un point immense, l’ultime stupa, qui ne contient rigoureusement rien. Et il n’y a plus rien, rien à dire également, donc les reliefs descriptifs des niveaux précédents sont abandonnés. Par contre, soixante-douze stupas contiennent autant de Bouddhas, en position de prédication.

Ici, c’est le niveau où le Verbe et le Son se manifestent. Par contre, la dernière terrasse supporte en son centre un grand stupa fermé qui est sans doute le cœur et le symbole actif de tout ce gigantesque mandala de pierres. Et cet ultime stupa est Vide.

En fait, ce stupa symbolise le corps même de Bouddha en ses trois aspects : le corps matériel est le Nirmanakaya. L’aspect, nous dirions aujourd’hui quantique ou vibratoire, est nommé corps de félicité. C’est le soi réalisé, le Sambhogakaya. Enfin le corps essentiel et informel, le « corps du Vide », ou l’être infiniment présent comme l’Éternité elle-même sont le Trikaya.

Étage après étage, Borobudur est une cosmogonie de la sagesse. Une énorme et fantastique masse de pierres, une architecture quelque part écrasante d’une présence impressionnante, cent treize mètres de côté et trente-sept de haut. Les superlatifs ont beau jeu ici, l’un et le multiple dialoguent avec une force surhumaine.

Nous sommes de l’autre côté du temps, nous sommes au-dedans de nous-mêmes, ou d’un corps en creux et en plein, ou dans la cinquième dimension. Le sol des pierres n’est là que pour, étage après étage, dérouler récit, sensation, plénitude et beauté. 

Au-dessous ondoie la plaine de Magelang, toute parée de rizières et verdoyante de palmiers. « Comme les fleuves se libèrent de leur nom et de leur forme en se perdant dans l’océan, ainsi sans forme et sans nom, le sage se fond avec l’esprit divin… » (Moudaka-Upanishad 3, 2, 8).

C’est cela la montagne cosmique. Je songe à cette autre montagne que René Daumal évoque dans le « Mont Analogue ». Elle est vraiment contenue ici, et les touristes qui se pressent par milliers n’imaginent sans doute pas qu’on ne puisse jamais la trouver.

Le nom des souverains Sailendra signifie « roi de la montagne ». Borobudur est indubitablement une montagne cosmique. Les guerriers qui ont su bâtir un tel monument de pierres n’ont pas laissé de restes visibles d’autres constructions ou de capitale aux ruines significatives. 

Rien. L’éternel et le transitoire. L’alliance de l’homme avec les entités cosmiques et le sourire tranquille de Bouddha. 

Une architecture pour l’éternité ? Une parenthèse de 10 siècles, une inauguration en 1983, pourquoi et comment les signes et le hasard des nombres et du temps viennent-ils s’orchestrer ? L’inauguration de Borobudur pose apparemment des questions simples, mais l’unité qui sous-tend l’apparent est sans doute plus mystérieuse et plus compliquée.


Revue 3e Millénaire No 7 Mars-Avril 1983.
Extraits d'un article de Random Michel.



Random Michel



Billet proposé par Aron O’Raney

Le Rubayat, Quatrains LXXI À LXXX






LXXI

Tu peux m'obséder, visage d'un autre bonheur !

Vous pouvez moduler vos incantations, voix amoureuses !

Je regarde ce que j'ai choisi et j'écoute ce qui m'a déjà bercé. 

On me dit : « Allah te pardonnera ». 

Je refuse ce pardon que je ne demande pas.

LXXII

Un peu de pain, un peu d'eau fraîche, l'ombre d'un arbre, et tes yeux ! 

Aucun sultan n'est plus heureux que moi.

Aucun mendiant n'est plus triste.

LXXIII

Pourquoi tant de douceur, de tendresse, au début de notre amour ? 

Pourquoi tant de caresses, tant de délices, après ? 

Maintenant, ton seul plaisir est de déchirer mon cœur... 

Pourquoi ?

LXXIV

Quand mon âme pure et la tienne auront quitté notre corps, on placera une brique sous notre tête. 

Et, un jour, un briquetier pétrira tes cendres et les miennes.

LXXV

Du vin ! Mon cœur malade veut ce remède ! 

Du vin, au parfum musqué ! 

Du vin, couleur de rose !

Du vin pour éteindre l'incendie de ma tristesse ! 

Du vin, et ton luth aux cordes de soie, ma bien-aimée !

LXXVI

On parle du Createur...

Il n'aurait donc formé les êtres que pour les détruire ! 

Parce qu'ils sont laids ? 

Qui en est responsable ? 

Parce qu'ils sont beaux ? 

Je ne comprends plus...

LXXVII

Tous les hommes voudraient cheminer sur la route de la Connaissance. 

Cette route, les uns la cherchent, d'autres affirment qu'ils l'ont trouvée.

Mais, un jour, une voix criera : 

« Il n'y a ni route ni sentier ! »

LXXVIII

Dédié aux flammes de l'aurore le vin de ta coupe pareille à la tulipe printanière ! 

Dédie au sourire d'un adolescent le vin de ta coupe pareille à sa bouche ! 

Bois, et oublie que le poing de la Douleur te renversera bientôt.

LXXIX

Du vin ! Du vin, en torrent ! 

Qu'il bondisse dans mes veines ! 

Qu'il bouillonne dans ma tête ! 

Des coupes... Ne parle plus ! 

Tout n'est que mensonge. 

Des coupes... 

Vite ! J'ai déjà vieilli...

LXXX

Une telle odeur de vin émanera de ma tombe, que les passants en seront enivrés. 

Une telle sérénité entourera ma tombe, que les amants ne pourront s'en éloigner.



Omar Khayyâm.
Traduit par Franz Toussaint, Paris, L'Édition d'art H. Piazza.




Texte Proposé par Aron O’Raney

Le Symbole Du Temple





Par définition, l'Ordre du Temple fait référence à un type de construction précis, le temple, en l'occurrence le Temple de Salomon de Jérusalem, terme et « puissance » des lieux qui ne manquèrent pas d'influer sur le psychisme collectif, la nature et la mission de l'Ordre.

Julius Evola a noté que le terme « Templiers » et « Temple » (N.D.A.) fait penser à un dépassement (Révolte contre le monde moderne).

Et c'est bien de cela qu'il s'agit, à travers l'image du temple, édifice qui bénéficie d'une appellation à la fois plus prestigieuse et plus vaste que celle d'église, mais qui, sur le plan formel et symbolique spirituel, est un endroit plus « restreint », plus confidentiel, se prêtant mieux à une réelle « conservation » du divin.

En répudiant ou en minorant l'aspect exotérique du christianisme dévotionnel et passionnel au bénéfice de son aspect ésotérique de nature johannique, le Temple s'identifiait plus, symboliquement et par la nature même du temple, à ce type d'édifice qu'à une église ; temple dont l'archétype fut celui édifié par le roi Salomon (970-931 av. J.-C.) à Jérusalem, la « Ville de la Paix », et dont les restes abritèrent l'Ordre.


Église de Torres del Rio : Dite du Saint-Sépulcre,
sur plan octogonal. Fin XIIe - Image de Achim Bednorz. 1997

Image de l'univers divin et reflet terrestre des modèles célestes, le temple représente le cosmos et les mystiques ne manquèrent pas de faire de l'âme immortelle des hommes le temple sacré du Saint-Esprit dont le rôle fut central dans la pensée des Templiers, ce qui ne peut être l'effet du hasard. 

Le temple est le lieu central et intemporel où se manifeste dans sa plénitude la Présence réelle du divin. 

Aussi, tout temple constitue un centre du monde, un "omphalos", en même temps qu'une « Terre Sainte » qui échappe à la contingence du monde profane, à ses forces perturbatrices et à son involution. 

Le temple se suffit à lui-même, créant son propre espace sacralisé et s'y résumant. 

Il est à la fois le macrocosme et le microcosme du monde et de l'homme, « le temple est le corps de la Personne divine corps du Christ étendu sur le plan cruciforme de l'Église dont l'autel figure le coeur », et Saint-Jean de préciser : 

« Il parlait du temple de son corps ».


Église de Torres del Rio : le dôme intérieur
Image de Achim Bednorz. 1997

Bien que tous deux espaces sacrés, le temple et l'Église possèdent deux natures différentes et incompatibles. 

L'Église se présente comme un espace ouvert à tous, dès l'instant, en principe, que les personnes sont baptisées, à l'exception toutefois du choeur qui demeure réservé à la classe sacerdotale. 

En revanche, le temple, dans la tradition antique et non chrétienne, est un espace secret et clos, voué au culte et, ou à la perpétuation d'un mythe primordial.

Seuls les desservants ayant subi des rites spécifiques peuvent y pénétrer afin d'y accomplir le rituel et « s'occuper » du Dieu. 

Déjà secret et clos par lui-même, le temple possède une partie encore plus secrète, close et sainte, le Saint des Saints, où résident véritablement la substance vivante et le mystère de la réalité divine. 

Contrairement à l'Église où sont abolies, en fait, les lois cosmiques et l'intégrité de la divinité, puisque tout un chacun peut y entrer et sortir à sa guise, ce qui désacralise en quelque sorte son espace ou affaiblit sa force, le temple, lieu hors du temps profane et partie intime du temps sacré, n'est pas destiné à accueillir la foule des fidèles dont les dévotions, rites et sacrifices s'effectuent sur le parvis s'étendant devant l'édifice.

De ce fait, le temple garde intacte la nature sacrée de son espace où peut alors agir et se développer, librement et non corrompue, la puissance divine qui y a élu domicile.


Le Saint-Sépulcre de Jérusalem

Cela rappelle le Graal, coupe de la connaissance de la révélation des mystères de la Création divine, qui se trouve déposé, non dans une église, mais dans un temple, le Temple du Graal, dont personne ne peut franchir la porte à l'exception de l'Élu, sorte d'Agneau chevaleresque, que fut Galaad, le plus parfait des chevaliers. 

En d'autres termes, on peut dire que l'Église est la matérialisation de l'exotérisme d'une religion dévotionnelle et douloureuse, alors que le temple est la matérialisation ésotérique d'une religion « rationnelle », intériorisée et virile.

Il est certain que le nom de l'Ordre fondé par Hugues de Payns n'est pas seulement lié à un lieu géographique – l'emplacement du Temple de Salomon –, 

mais découlait, analogiquement et symboliquement, de l'image universelle du temple comme récepteur et condensateur de la force divine émanée, et conservateur des secrets du Principe originel. 


Extrait du livre de Bernard Marillier : Essai sur la Symbolique Templière. Editions Prades.


http://www.templiers.net/symbolique



Billet proposé par Aron O’Raney

Voie Et Principe







Le principe du monde
Est devenu la mère du monde.

Dès qu'on possède la mère, 
On connaît ses enfants.

Dès que l'homme connaît les enfants 
Et qu'il conserve leur mère, 

Jusqu'à la fin de sa vie
Il n'est exposé à aucun danger.

S'il clôt sa bouche,
S'il ferme ses oreilles et ses yeux,

Jusqu'au terme de ses jours,
Il n'éprouvera aucune fatigue.

Mais s'il ouvre sa bouche 
Et augmente ses désirs, 

Jusqu'à la fin de sa vie, 
Il ne pourra être sauvé.

Celui qui voit les choses les plus subtiles
S’appelle éclairé ; 

Celui qui conserve la faiblesse 
S’appelle fort.

S'il fait usage de l'éclat du Tao
Et revient à sa lumière, 

Son corps n'aura plus à craindre
Aucune calamité.

C'est là ce qu'on appelle
Être doublement éclairé.


La Voie Du Tao, Livre II — LII —



Billet proposé par Aron O’Raney

Vendredi 13, Et La Malédiction Des Templiers, Deux Légendes ?...


Philippe le Bel



— Le Vendredi 13 — 



Ce jour a pour particularité d'être associé à une superstition, présente dans certaines cultures, qui en fait soit un jour de malheur, soit un jour de chance.

Le vendredi 13 octobre 1307, le roi de France Philippe IV, dit le Bel ordonna d'arrêter tous les membres de l'ordre du Temple présents sur son territoire et de les faire torturer.

Il leur fit avouer des crimes qu'ils n'avaient pas commis afin de ternir la réputation des Templiers. 

Ceux qui revinrent sur leurs affirmations furent condamnés au bûcher. 

Philippe le Bel neutralisa ainsi les Templiers qu'il considérait comme une menace pour son trône après leur retour de Terre Sainte. 

Ils étaient alors à la tête d'une grande organisation, supportée par des membres fidèles, disciplinés et disposant surtout d'une imposante richesse. 

Le roi de France s’était alors senti menacé par la présence grandissante de l'ordre dans son pays.

Il craignait ce royaume au sein de son royaume. [1]



— La Malédiction Des Templiers — 






Lorsque Jacques de Molay mourut brûlé sur le bûcher en 1314, il aurait maudit ses accusateurs.

D'après le chroniqueur Geoffroi de Paris, sa déclaration aurait été « Dieu sait qui a tort et a péché, et le malheur s'abattra bientôt sur ceux qui nous condamnent à tort. 

Dieu vengera notre mort. 

Seigneur sachez que, en vérité, tous ceux qui nous sont contraires par nous auront à souffrir ».

Les évènements qui suivirent de près la mort de Molay laissèrent libre cours aux spéculations les plus diverses.

En effet, le 20 avril 1314, mourut le pape Clément V, probablement d'un cancer des intestins. [2]

Le même mois, le roi demande l'arrestation de ses trois brus pour adultère. 

Il s'agit de Marguerite, Jeanne et Blanche, toutes trois « de Bourgogne », épouses respectives des futurs Louis X, Philippe V, et Charles IV. 

La première est reconnue coupable et enfermée à Château-Gaillard, où elle meurt en 1315. Jeanne n'est accusée que de complicité, elle retrouve sa place de reine jusqu'à la mort de son mari en 1322. La troisième termine ses jours en 1326 dans un couvent.

À la suite à cette sombre affaire qui compromet le prestige de la famille royale, le roi décède le 29 novembre 1314 d'un accident de cheval au cours d'une chasse.

Ses trois fils n'offrent pas un meilleur tableau.

Louis X meurt en 1316 et le règne de son fils Jean Ier est aussi court que sa vie, du 15 au 19 novembre de la même année. 

Philippe V monte sur le trône, mais décède en 1322, n'ayant eu que des filles (qui sont écartées de la ligne de succession par les légistes royaux, qui invoquent à ce moment une règle de l'ancien droit privé Franc, dite « Loi salique », donnant la préférence aux hommes).

Le dernier fils de Philippe le Bel, Charles IV se remarie deux fois après la disgrâce de Blanche, et s'éteint en 1328, ses deux fils étant morts avant lui.

Cette légende populaire devint une véritable tradition et elle fut remise à l'honneur par l'écrivain Maurice Druon dans son roman à succès Les Rois maudits (1955-1977), où la malédiction devient : 

« Pape Clément !… Chevalier Guillaume !… Roi Philippe !…

Avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste jugement !

Maudits ! Maudits ! Maudits ! tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races. »



[1] ↑ Hudon, Patrice. – Vie et mort de l'ordre du Temple, L'encyclopédie hebdomadaire illustrée : tout connaître, vol. 2, N° 17, 2005, p. 2 et 3

[2] ↑ Alain Demurger, Jacques de Molay, Le crépuscule des templiers, Payot & Rivages, Paris, 2002. Sur le thème de la malédiction, consulter le chapitre 11 « 1314, le bûcher », p. 263-277


http://templier.weebly.com/leacutegendes.html



Billet proposé par Aron O’Raney