L'intrépidité Et Le Courage







Tous ceux qui lisent la Gîtâ savent que l'intrépidité figure en tête de la liste des Attributs divins énumérés au seizième chapitre. 

Je ne suis pas en mesure de dire si cela est dû aux exigences de la versification ou si c'est avec intention que l'auteur attribue à l'intrépidité la place d'honneur. 

À mon avis néanmoins, elle mérite largement la première place qui lui est assignée, car elle est indispensable pour le développement des autres qualités nobles. 

Comment sans intrépidité peut-on chercher la Vérité ou chérir l'Amour ? 

Comme le dit Pritam (1), le sentier qui mène à Hari « le Seigneur » est le sentier du brave, non celui des lâches. 

Ici, Hari désigne la Vérité, et les braves ne sont pas ceux qui sont armés d'épées, de fusils, etc., ce sont les intrépides. 

Seuls ceux que possède la crainte se munissent d'armes. 

L'intrépidité révèle que l'individu est libéré de toute crainte extérieure, que ce soit celle de la maladie, des blessures physiques, de la mort, ou celle de perdre ses biens, de perdre les êtres les plus proches et les plus chers, de perdre sa réputation, d'offenser autrui, etc.. 

Celui qui a vaincu la crainte de la mort n'a pas par la vaincu toutes les autres craintes comme on le suppose communément, mais à tort. 

Certains d'entre nous ne redoutent pas la mort, mais fuient devant les petits maux de la vie. 

Certains sont prêts à mourir, mais ne peuvent supporter que des êtres chers soient enlevés. 

Certains avares supportent tout, et sont prêts à abandonner leur vie, mais pas leurs biens.

D'autres feront n'importe quelles actions sinistres pour maintenir leur soi-disant prestige.

D'autres s'écarteront de la voie droite et étroite qu'ils voient clairement devant eux, simplement parce qu'ils ont peur de se faire blâmer par la société. 

Celui qui cherche la Vérité doit surmonter toutes ces craintes. 

Il doit être prêt à tout sacrifier pour cette recherche, comme le fit Harishchandra. 

L'histoire de Harishchandra peut n'être qu'une parabole, mais tous ceux qui cherchent savent, par leur propre expérience, qu'elle est vraie ; et par conséquent elle a autant de valeur que n'importe quel fait historique. 

L'intrépidité parfaite ne peut être atteinte que par celui qui a réalisé le Suprême, car cela implique qu'il est libéré de l'illusion des mirages. 

On peut toujours se rapprocher de ce but si l'on fait un effort décidé et persévérant, et si l'on entretient la confiance en soi. 

Comme je l'ai dit dès le début, il faut nous débarrasser de toute crainte extérieure. Mais il faut toujours craindre les ennemis Intérieurs. 

Nous avons raison de redouter la passion bestiale, la colère, etc. Les craintes extérieures cessent d'elles-mêmes, une fois que nous avons triomphé de ces traîtres dans notre camp. 

Pour toutes ces craintes, le corps est le centre autour duquel elles évoluent, et par conséquent elles disparaissent dès qu'on s'est libéré de l'attachement pour le corps. 

Nous voyons ainsi que toute crainte extérieure est tissée sans aucune base par notre façon de voir les choses. 

La crainte n'a point de place dans notre cœur, lorsque nous avons rejeté notre attachement pour la richesse, la famille et le corps. 

« Jouis des choses de la terre en y renonçant » est un noble précepte. 

La richesse, la famille, le corps, seront là malgré tout ; il nous suffit de modifier notre attitude envers eux. 

Tout cela appartient à Dieu, et pas à nous. Absolument rien dans ce monde n'est à nous.

Nous même nous Lui appartenons. Alors pourquoi aurions-nous la moindre anxiété ? 

C'est pourquoi l'Upanishad nous donne pour instructions de « renoncer à notre attachement pour les choses dont nous jouissons », Cela signifie que nous devons nous y intéresser non pas comme propriétaires, mais comme gardiens de ce qui nous a été confié. 

Celui au nom de qui nous les détenons nous donnera la force et les armes nécessaires pour les défendre contre tous les usurpateurs. 

Quand nous cesserons d'être des maîtres, et que nous descendrons au rôle de serviteurs, plus humbles que la poussière que nous foulons, toutes les craintes se dissiperont comme des brumes — 

Nous atteindrons la paix ineffable et nous verrons Satyanârâyana « le Dieu de Vérité » face à face.


(1) Poète et Saint Gujarate du XVIIIe siècle, qui écrivit des Chants sacrés.



— Extrait de « Lettres à l’Âshram » —



Gandhi — 



Billet proposé par Aron O’Raney

L'Ordre de Saint-Blaise et de la Sainte-Vierge





Le premier ordre militaire, pas forcément religieux, et pour cause, aurait été créé par l’empereur Constantin (1) en l'an 312 . On en a retrouvé des pièces de monnaie, servant sans doute à la récompense de ses membres. Ils se développeront au Moyen Âge avec la Chevalerie et les croisades.

Si l'étude de la diffusion du culte de Saint-Blaise soulève de nombreuses questions, une des plus intéressantes, et non des moindres, est bien celle qui concerne l’existence ou non de l’ordre militaire et religieux de Saint-Blaise, ou de Saint-Blaise et de la Sainte-Vierge Marie.

Au XIIe siècle, au moment des croisades, Léon Ier, roi d’Arménie cilicienne, aurait créé un ordre militaire et religieux en Palestine, environ à la même époque que l’Ordre des Templiers, en 1119. Son nom : Ordre de Saint Blaise ou Ordre de Saint Blaise et de la Sainte Vierge (2). Il était composé de militaires-laïcs pour combattre les hérétiques, y compris les « schismatiques » grecs et autres, et de religieux pour leur évangélisation.

Pendant cette période, il y avait tentative de rapprochement avec l’Église de Rome et la cour était très influencée par l’organisation féodale des Francs (3).
Quelles sont nos données ?

Au XIXe siècle, dans « Léon le Magnifique », Venise 1888 (p.213) l’historien arménien, Léon Alishan, nous dit qu’il y avait un Ordre de Saint-Blaise au nord de la Syrie, mais sans indiquer ses sources.

Nous disposons de différents autres textes récents du XIXe siècle (4). Mais aucun n’indique non plus ses sources. Ils s’inspirent eux-mêmes d’auteurs des XVIIe et XVIIIe siècles (5). Ces derniers semblent se copier les uns les autres, sans donner non plus leurs sources. Et nous trouvons presque toujours le même texte (6).



Quels sont les éléments qui nous permettent de dire aujourd’hui, avec des sources plus fiables, c’est-à-dire avec des informations pratiquement contemporaines, que l’ordre a bien existé ?

Premier indice, Caleb Bach, dont le manuscrit (Trailing a Blaise : À saint’s progress….) sur le Saint n’est pas encore édité, attire notre attention sur une des colonnes de l’église de la Nativité à Bethléem. Elle est restaurée en 1130 par les Croisés. Une peinture représentant La Sainte Vierge et Saint-Blaise figurant ensemble, dos à dos sur une des colonnes.

Deuxième indice, quelques décennies plus tard, dans une lettre du 6 juillet 1206, le pape Innocent III (1198-1216), considéré comme le pape le plus important du Moyen Âge, écrit au roi d’Arménie, Léon Ier (ou Lavon) (Doc. Reg. Vat. 7À au XII Fol 105 n 45):

« cum vim vi repellere omnes leges et omnia jura permittant, ab iis maxime qui vim repellendo irregularitatem non contrahunt cum clerici non eitant, videtur plerisque quod contra te offendentem se possint defendere tibique, impugnanti valeant repugnare ».

Ces quelques lignes attirent l’attention du roi sur l’incompatibilité qu’il y avait, dans un Ordre, à ce que le clergé s’impose par la force. On peut donc supposer l’existence d’un ordre sous la responsabilité du roi, et qui ne respectait pas ces consignes.

Mais l’information la plus intéressante, le troisième indice, nous est donnée par Saint Nercès de Lampron(7), archevêque arménien de Tarse en Cilicie (1153/58-1198), c’est-à-dire un contemporain. Il nous dit dans « Considérations sur les institutions de l’Église — chapitre de la comparaison des institutions de l’Église chrétienne », reproduit dans le « Recueil des Historiens des Croisades — Documents Arméniens — Tome I- Académie Royale des Inscriptions et Belles Lettres, Paris, 1869, pp.570, 571 » :

« qu’il existait de son temps, fin XIIe siècle, en Arménie des corporations religieuses régies par des lois différentes, lesquelles associaient les institutions monastiques dans le monde, avec l’habit militaire et qui avaient pour but de faire une guerre implacable aux ennemis de la foi chrétienne »

Nous disposons d’un autre témoignage contemporain. C’est le résumé par E.M Baghdassarian d’un compte-rendu d’adoubement de chevalerie, auquel assistait Hovhannès Yerzynkatsi, évêque et théologien de la Grande Arménie, cérémonie pendant laquelle, le 6 février 1283, le roi Léon II d’Arménie arma ses deux fils, Hétoum et Thoros, chevaliers.

L’auteur qui ne croyait pas jusque-là à l’existence d’ordres militaires termine en écrivant :

« Quant aux données que contient le discours de Hovhannès Yerznkatsi, elles ne font que témoigner une fois de plus que lors de conditions politiques exceptionnellement difficiles, l’État et l’Église unissaient leurs efforts afin de prévenir une catastrophe nationale. Ceci caractérise Lévon II comme un remarquable homme d’État, aspirant à réunir autour de la Cilicie les autres forces politiques et militaires de l’Arménie. Banber Matenadarani (Le Messager du Maténadaran, Bibliothèque des manuscrits anciens d’Arménie), N°16, 1994. pp. 46/47.

Les costumes de ces chevaliers équestres ou non sont décrits très précisément par certains auteurs, mais mis en doute par d'autres ! Plusieurs versions existent, toutes semble-t-il plus fantaisistes les unes que les autres. Nous en présentons deux mais sans garantie !

La date de disparition de cet ordre est elle aussi mystérieuse.

Rappelons-nous la situation vers 1274. Des tentatives de regroupement des différents Ordres ont lieu à l'arrivée des Mamelouks. Les croisades n'ont pas donné les résultats souhaités. Les souverains occidentaux rechignent à repartir, la papauté n'a plus d'argent.

Au Concile de Lyon en 1274, des voix s'élèvent malgré tout pour relancer la reconquête de la Terre sainte. Mais le pape Grégoire X soucieux des moyens, pousse d’abord au regroupement des nombreux Ordres en place. Un peu plus tard, en 1291, un de ses successeurs, Nicolas IV apprenant la chute de Saint-Jean-d’Acre, aujourd’hui Akko en Israël, invite les patriarches et les archevêques de la région à un synode provincial, pour discuter de la réunion des Ordres.

Certains le voient donc disparaître à l'arrivée des Mameluks au XIIIe siècle. Ou encore, s’intégrer dans un Ordre comme les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem au moment de la disparition des Templiers. En fait des Arméniens servaient chez les Templiers (il y avait un responsable du Temple pour l’Arménie Cilicienne), et auront de bonnes relations avec les autres Ordres. Les notables arméniens leur confiaient des châteaux forts à garder.
Ou bien encore, comme le feront ces mêmes Templiers plus tard, peut-être s’intégreront-ils aussi dans des Ordres plus « sécurisés » par la distance, tels celui de Calatrava en Espagne, qui avait également des représentants en Terre sainte.

Pendant ce temps, un accord de principe était retenu pour une nouvelle croisade, mais le « cœur » n’y était plus, les croisés restèrent sur un échec. On en parlera durant les siècles à venir (8) !

Avis aux chercheurs pour la suite de l’Ordre !


Notes :

(1) Eusèbe de Césarée le signale sous le nom de : L’Ordre Sacré et militaire Constantinien de Saint-Georges.
(2) Indépendamment de leur saint de patronage, les ordres se mettaient aussi souvent sous la protection de la Sainte Vierge.
(3) Après le couronnement du roi Léon (1198), après celles de Jérusalem, les Assises d’Antioche, au milieu du XIIIe siècle, restructurent la cour du roi sur celle des Francs.
(4) De Perrot et Fayolle, Collection historique des ordres de chevalerie civils et militaires…, Paris, 1820.
Abbé Glaire, L’Encyclopédie Catholique, Paris, l812.
  Louis Broc de Segange, Les Saints patrons des corporations, Protecteurs des maladies, Paris, 1887.
Lablé Jacques, Tableau chronologique historique des ordres de chevalerie, Paris, 1807.
Père Hélyot, Dictionnaire des ordres religieux et ordres monastiques, Atelier Catholique du Petit Montrouge- 1847. La série encyclopédique du célèbre éditeur Migne. Encyclopedia Populare, Turin, 1857.
(5) Favyn- Théâtre d’honneur et de la chevalerie ou l’histoire des ordres militaires… Paris, 1620.
Fr. Mennenius, Delicae equestrum sive militarium ordinum e origins, Cologne (Coloniae Aggripinae) 1623.
Cardinal Buoncompagno, Archevêque de Naples- Narratione della Vita e martirio di San Biagio, Napoli 1635. Don Camillo Tutini, (voir fig. ), Narratione della vita di San Biagio, Napoli, 1635.
Don Joseph Micheli Marquez,Tesoro militar de cavalleria, antiquo y moderno, Madrid,1642.
Andréas Mendeo, Ordini militaribus, Lyon, 1668.
Bernardo Giustiniani, Historiche degli ordini, Venetia, 1672. 
J.Hermant et A.Schoonebeck, Histoire des religions et des ordres militaires, Antwerp, 1725.
(6) J. Hermant et A.Schoonebeck, Histoire des religions et des ordres militaires, Antwerp, 1725.
(7) Par ailleurs traducteur de la Règle de saint Benoît en arménien.
(8) Un avocat ecclésiastique comme Pierre Dubois de Coutances, des légistes comme Ramon Lull ou Philippe de Mézières (Auguste Molinier, « Description de deux manuscrits de Militia Passionis Jhesus Christi », Ms. Bibliothèque Mazarine N° 1056, Archives de l’Orient Latin, T.I, Paris 1881, P. 335) prônent un regroupement des Ordres et de leurs moyens, avec des plans très détaillés, pour en créer un nouveau, les comprenant tous. Au Concile de Vienne, en 1306, et plus tard, à la chute des Templiers, les notables cités demandent encore une fois le rassemblement des forces et la nomination d'un roi de Jérusalem. On parle de Philippe le Bel lui-même ou de son fils, puis de son frère Charles de Valois, pour occuper le trône. Manœuvre de diversion ou concurrence entre les souverains, qui sait ? Mais le projet utopiste ne verra jamais le jour.


Source : Armand Thouhadjian — www.templiers.org


Bibliographie : Saint Blaise, Évêque de Sébaste, Arménie Mineure — Paris 2004, Édition de l’Harmattan


Billet proposé par Aron O’Raney

Les Ascètes








La plus ancienne communauté ascétique du Proche-Orient est celle des Juifs Esséniens qui se retirèrent dans les falaises de la mer Morte au IIe siècle avant Jésus-Christ à Qumran.

Pline l'Ancien les décrit dans son Histoire naturelle : 

« À l'ouest de la mer Morte sont établis les Esséniens, à distance suffisante du rivage pour n'en être pas incommodés. 

Ce sont des gens solitaires et singuliers, comparés à tous les autres. Ils n'ont pas de femmes. Ils ont renoncé à l'amour et vivent dans la compagnie des palmiers. 

Leur groupe se recrute grâce à l'arrivée de nouveaux adhérents. La foule est grande de ceux qui sont attirés chez eux par le dégoût de la vie ou les aléas de la fortune. 

Ainsi chose incroyable, depuis des milliers de siècles dure une nation éternelle dans laquelle ne se produit aucune naissance, mais dont l'accroissement est dû à la pénitence (1). »

Plus tard, ce sont les chrétiens qui partent vers le désert. 

Encore peu nombreux au début du IVe siècle, ils attirent très vite des disciples et, pendant plus de deux siècles, « le désert fleurira » selon la prophétie d'Isaïe, transformé en « pré spirituel » par des milliers d'anachorètes qui s'installent dans des grottes, des trous creusés dans le sol ou des cellules sommaires.

Cachés dans les endroits les plus inaccessibles ou groupés en véritables colonies monastiques dans des déserts demeurés célèbres, ils cherchent la Présence de Dieu par les voies externes de l'ascèse et de la solitude. 

Certains Sont très connus : Paul, le plus légendaire; Saint Antoine, le plus tourmenté; Macaire, l'intrépide; Pacôme, qui, après avoir mené une vie d'ermite, crée, en Thébaïde, les premiers monastères chrétiens; Siméon le stylite, qui inaugure en Syrie un moyen métaphorique de gagner le Ciel. 

Ce sont essentiellement les fondateurs. 

Des récits hagiographiques, comme la vie de Paul et d'Hilarion par Saint Jérome, d'Antoine par Saint Athanase, de Siméon par Théodoret, ou de Pacôme en langue copte, ont perpétué leur mémoire. 

On a conservé les noms de beaucoup d'autres et leurs « apophtegmes », paroles charismatiques transmises oralement à leurs disciples et mises plus tard par écrit.

De la multitude restée anonyme, il y a les descriptions données par les voyageurs de l'époque : Pallade, Rufin d'Aquilée pour l'Égypte, Théodoret et Jean Moschos pour la Syrie et la Palestine. 

Pline l'Ancien le précisait bien, 

« c'est par le dégout du monde » que ces hommes et ces femmes Vont vers le désert. La médiocrité de leur environnement les rend malades : tant de soucis pour des choses si vaines

Le bruit des mots, des paroles sans consistance, avive en eux une soif innée de silence, le quotidien érigé en absolu, l'histoire d'une famille, d'un village ou d'un pays qui se prend pour l'Histoire et le centre du monde leur apparaît comme une forme repoussante d'idolâtrie.

Les yeux douceâtres de la convoitise, les cris répétés de la colère, les affirmations péremptoires d'êtres sans fondement, tout cela fait monter en eux l'haleine fétide des lassitudes et du dégoût.

Le désert leur apparaît comme une issue à ce monde sans issue. 

Là-bas peut-être trouveront-ils quelque apaisement et un peu de silence pour leur âme

Il faut fuir la ville, ses étalages de fiente et ces montagnes d'ordures qui se cachent parfois sous la peau trop douce des femmes et des enfants. Et tous ces velours cramoisis que sont les richesses, la puissance et l'arrogance de ceux qui bientôt étoufferont dans leurs grands airs et pourriront comme tout ce qui est matière... 



(1) Pour ceux qui préfèrent les précisions historiques aux affirmations enthousiastes de l'historien, il faut savoir que, construit entre 135 et 104 av. J.-C le monastère de Qumran fut détruit par les légionnaires romains en 68 apr. J.-C. 



Jean-Yves Leloup
Extrait de « Déserts, Déserts »




Billet proposé par Aron O’Raney

Aimer Sans Posséder








Sans amour dans le cœur, 
tu ne peux parcourir ce chemin spirituel,

Car l'amour est la clé.


L'amour montre le chemin.


L'amour est le chemin !


C'est une perte de temps de parler de l'amour.


Vis-le et fais-en la démonstration dans ta vie.


Oublie-toi complètement 
En déversant l'amour sur tes compagnons humains.


Plus tu les aimes, plus tu M'aimes.


La tolérance n'est pas suffisante ; 
c'est l'amour authentique qui est nécessaire.


L'amour n'est jamais possessif.


L'amour rend libres ceux qu'on aime.


Tu ne peux espérer aider une âme 
lorsque tu es possessif, 

car il faut que toutes les âmes
soient complètement libres 

pour se trouver elles-mêmes 
et vivre leurs propres vies, 

Dirigées par Moi.


Lorsque tu es possessif vis-à-vis d'une âme, 
tu arrêtes son progrès spirituel, 

et c'est une chose que tu ne dois jamais faire,

Car tu prends là une très lourde responsabilité.


La liberté de l'Esprit 
Est essentielle pour tous et chacun.



Extraits de « La Petite Voix » — Méditations — 



Eileen Caddy



Billet proposé par Aron O’Raney

Jeanne D'Arc, Vierge Libératrice De La France




Sainte Jeanne d'Arc, Vierge, Libératrice de la France (1412-1431)



Sainte Jeanne d'Arc montre une fois de plus, et d'une manière particulièrement éclatante, deux choses : combien Dieu aime la France et comme il est vrai qu'Il Se plaît à choisir les plus faibles instruments pour l'accomplissement des plus grandes choses.

Jeanne d'Arc naquit à Domrémy, dans la Lorraine actuelle, le 6 janvier 1412; ses parents, Jacques d'Arc et Isabelle Romée, étaient des cultivateurs faisant valoir leur petit bien. 

La première parole que lui apprit sa mère fut le nom de Jésus; toute sa science se résuma dans le Pater, l'Ave, le Credo et les éléments essentiels de la religion. 

Elle se confessait et communiait très régulièrement; tous les témoignages contemporains s'accordent à dire qu'elle était « une bonne fille, aimant et craignant Dieu », priant beaucoup Jésus et Marie. Son curé put dire d'elle : « Je n'ai jamais vu de meilleure chrétienne, et il n'y a pas sa pareille dans toute la paroisse. »


La France était alors à la merci des Anglais et des Bourguignons, leurs alliés; la situation du roi Charles VII était désespérée. Mais Dieu Se souvint de Son peuple, et afin que l'on vît d'une manière évidente que le salut venait de Lui seul, Il Se servit d'une humble fille des champs. 

Jeanne avait treize ans quand l'Archange Saint-Michel lui apparut une première fois, vers midi, dans le jardin de son père, lui donna des conseils pour sa conduite et lui déclara que Dieu voulait sauver la France par elle.

Les visions se multiplièrent; l'Archange protecteur de la France était accompagné de Sainte Catherine et de Sainte Marguerite, que Dieu donnait à Jeanne comme conseillères et comme soutien.

Jusqu'ici, la vie de Jeanne est l'idylle d'une pieuse bergère; elle va devenir l'épopée d'une guerrière vaillante et inspirée; elle avait seize ans quand le roi Charles VII, convaincu de sa mission par des signes miraculeux, lui remit la conduite de ses armées. 

Bientôt, Orléans est délivrée, les Anglais tremblent et fuient devant une jeune fille. Quelques mois plus tard, le roi était sacré à Reims.

Dans les vues divines, la vie de Jeanne devait être couronnée par l'apothéose du martyre : elle fut trahie à Compiègne, vendue aux Anglais, et après un long emprisonnement, où elle subit tous les outrages, condamnée et brûlée à Rouen (30 mai 1431). 

Son âme s'échappa de son corps sous la forme d'une colombe, et son coeur ne fut pas touché par les flammes.


L'Église a réhabilité sa mémoire et l'a élevée au rang des Saintes. Jeanne d'Arc demeure la gloire de la France, sa Protectrice puissante et bien-aimée. 

Elle a été déclarée sa Patronne secondaire par un Bref du Pape Pie XI, le 2 mars 1922.



Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950.




Billet proposé par Aron O’Raney

Bonheur Contre Plaisir








De nos jours, les gens confondent parfois bonheur et plaisir. 



Il y a peu, je m'adressais à un public indien, à Raipur.

Je souligne que le bonheur est le but de la vie. Un membre de l'auditoire prend la parole pour remarquer que, selon l'enseignement de Rajneesch, le plus grand moment de bonheur intervient dans l'activité sexuelle. 

Donc, grâce au sexe, en conclut cet homme, on peut devenir heureux. 

— L'homme voulait savoir ce que je pensais de cette idée. 

Je lui ai répondu que de mon point de vue le bonheur le plus élevé est celui que l'on atteint au stade de la libération, quand la souffrance s'annule. 

C'est cela, le bonheur authentique et durable. 

Le vrai bonheur est plus en rapport avec le cœur et l'esprit, car celui qui dépend surtout du plaisir physique est instable. 

Un jour, il est là, le lendemain il a disparu. 

Et pourtant, les êtres humains ; s'y entendent souvent pour confondre les deux. 

Tous les jours, malgré tous nos efforts, nous avons du mal à prendre la bonne décision, à effectuer le meilleur choix — notamment parce que ce sont aussi les plus difficiles, ceux qui impliquent un sacrifice. 

De tout temps, une légion de philosophes, de théologiens et de psychologues s'est lancée dans l'exploration de notre rapport au plaisir, afin de lui assigner sa juste place dans la vie. 

Au IIIe siècle avant Jésus-Christ, Épicure a fondé son système philosophique sur cette affirmation : « Le plaisir est le début et la fin d'une vie de félicité. »

Mais Épicure lui-même a reconnu l'importance du bon sens et de la modération, en admettant que la soumission débridée aux plaisirs des sens pouvait au contraire parfois conduire à la souffrance. 

À la fin, du XIXe siècle, Sigmund Freud formulait à son tour sa propre théorie du plaisir. 

Selon lui, le désir de se libérer de pulsions instinctives inassouvies est la force qui motive tout notre appareil psychique. Autrement dit, la recherche du plaisir est notre désir fondamental.

Au XXe siècle, une armée de neurobiologistes a choisi d'écarter ces spéculations philosophiques pour sonder ; l'hypothalamus et les régions limbiques du cerveau au moyen d'électrodes, à la recherche du point qui, stimulé électriquement, engendrerait le plaisir. 

En réalité, personne n'a réellement besoin des philosophes de l'antiquité, des psychanalystes du XIXe siècle ou des scientifiques du XXe pour l'aider à comprendre le plaisir. 

D'emblée, nous savons le reconnaître : un geste, un sourire de l'être aimé, un bain chaud par un après-midi pluvieux et froid, la beauté d'un coucher de soleil y suffisent. 

Mais un flash de cocaïne, l'extase d'un shoot d'héroïne, les débordements de l'alcool, une sexualité débridée, la griserie d'un jour de chance au casino, ce sont aussi là de réels plaisirs, dont bien des gens, dans notre société, ont besoin. 

Certes, aucune solution toute faite ne permet d'éviter les plaisirs destructeurs.

Et pourtant, il existe un moyen de mieux s'y prendre.

Il suffit pour cela de reformuler toute décision en ces termes : « Cela va-t-il me procurer du bonheur ? » 

Cette simple question permet de se conduire plus intelligemment, et pas seulement pour décider si l'on doit céder à tel ou tel menu plaisir. 

Elle confère aux choix de tous les jours une tournure nouvelle. 

L'accent n'est plus mis sur ce que l'on se refuse, mais sur ce que l'on recherche : le bonheur ultime, stable et permanent, tel que le définit le Dalaï-Lama. 

Un bonheur qui, en dépit des hauts et des bas de l'existence, reste la pièce maîtresse.

Dans cette perspective, il est plus facile de prendre la bonne décision, car on agit pour se donner quelque chose à soi-même, et non pour s'en priver ou se le refuser. 

À partir de là, plutôt que de se mettre à l'écart, on va de l'avant.

Plutôt que de rejeter l'existence, on y adhère pleinement. 

L'intime conviction de s'acheminer vers le bonheur exerce ses effets en profondeur, elle rend plus réceptif, elle ouvre à la joie de vivre. 



L’Art Du Bonheur — Extrait des entretiens (1982) entre le Dalaï-Lama et Howard Cutler — Psychiatre et neurologue



Billet proposé par Aron O’Raney

Présent À Ta Présence








Ô Toi qui es avec moi et caché comme le cœur  
Je te salue du fond du cœur

Ô Toi qui est mon pôle, où que j'aille  
C'est vers Toi que je me tourne  

Où que tu sois, tu es présent  
Et de loin en nous, tu regardes  

Et le soir quand je dis ton nom  
Toute la maison s'illumine  

Tantôt, comme un faucon familier  
Sur ton bras royal, je me pose  

Tantôt comme une tourterelle  
Vers ton toit, à plumes déployées, je vole  

Si tu es absent  
Pourquoi me blesses-tu à chaque instant ?  

Et si tu es présent  
Pourquoi mon cœur est-il ton piège battant ?  

Tu es loin du corps et pourtant  
Il Y a une lucarne qui va de ton cœur à mon cœur  

Comme la lune, de cette lucarne dérobée  
Je te fais signe  

Tu nous envoies, ô Soleil, de loin  
Ta lumière  

Ô Toi, l'âme des exilés  
À Toi, je soumets ma vie, mon âme  

Le miroir de mon cœur  
Pour Toi, je le polirai  

Et pour recueillir les douces paroles  
Mes oreilles se feront cahier  


Lai. no 1377



Djalâl ad-Dîn Rûmî




Billet proposé par Aron O’Raney

Adieu Peuple D'Orphalése







Adieu Peuple d'Orphalése III/III



Si ces paroles sont vagues, alors ne cherchez pas à les éclaircir.

Vague et nébuleux est le commencement de toute chose, mais non pas sa fin. 

Et je voudrais que vous vous souveniez de moi comme d'un commencement.

La vie, comme tout ce qui vit, est conçue dans la brume et non dans le cristal.

Et qui sait si le cristal n'est pas une brume à son déclin ? 

Lorsque vous penserez à moi, j'aimerais que vous vous rappeliez ceci : Ce qui paraît le plus faible et le plus égaré en vous est le plus puissant et le plus décidé. 

N'est-ce pas votre souffle qui a érigé et consolidé votre ossature ? 

Et n'est-ce pas un rêve qu'aucun parmi vous ne se souvient avoir rêvé, qui a bâti votre cité et façonné tout ce qu'elle contient ? 

Si seulement vous pouviez voir les marées de ce souffle, vous ne verriez plus que lui. 

Et si vous pouviez entendre le murmure de ce rêve, vous n'entendriez aucun autre bruit. 

Mais vous ne voyez ni n'entendez, et c'est bien qu'il en soit ainsi. 

Le voile qui assombrit vos yeux sera levé par les mains qui l'ont tissé. 

Et l'argile qui étouffe vos oreilles sera percée par les doigts qui l'ont pétrie. 

Alors vous verrez.

Alors vous verrez.

Et vous entendrez.

Pourtant vous ne vous lamenterez pas d'avoir été aveugles et sourds. 

Car en ce jour, vous connaîtrez les desseins cachés de toute chose, Et vous bénirez les ténèbres comme vous béniriez la lumière. »

Ayant dit cela, il regarda autour de lui et vit, debout à la barre, le capitaine de son vaisseau qui tantôt portait son regard sur les voiles gonflées, tantôt sur le large.

Et il dit : « Patient, trop patient, est le capitaine de mon bateau. 

Le vent souffle et les voiles s'agitent ;  même le gouvernail implore une direction. 

Et pourtant le capitaine attend calmement mon silence. 

Et mes marins, qui avaient entendu le chœur de la plus grande mer, eux aussi patiemment m'ont écouté. 

Ils n'auront plus à attendre, maintenant. 

Je suis prêt. 

La rivière a atteint la mer, et une fois de plus la sublime mère serre son fils contre son sein. 

Adieu, peuple d'Orphalèse. 

Ce jour s'achève. Il se referme sur nous, comme le nénuphar sur son lendemain. 

Ce qui nous a été donné ici nous le conserverons.

Et si cela ne suffit pas, nous devrons nous réunir à nouveau et tendre ensemble les mains vers celui qui donne. 

N'oubliez pas que je reviendrai.

Un instant, et mon ardent désir recueillera écume et poussière pour un autre corps.

Un petit instant, un moment de repos sur le vent, et une autre femme m'enfantera. 

Adieu à vous et à ma jeunesse passée avec vous. 

C'est hier seulement que nous nous sommes rencontrés en rêve. 

Vous avez chanté pour moi dans ma solitude, et à partir de vos ardents désirs j'ai dressé une tour dans le ciel. 

Mais à présent, notre sommeil s'est enfui, notre rêve a pris fin et ce n'est plus l'aube.

Midi est au-dessus de nous, et notre demi-éveil Et devenu plein jour. 

Nous devons nous séparer. 

Si au crépuscule de la mémoire nous devions nous rencontrer encore une fois, alors nous parlerons ensemble à nouveau et vous me chanterez un chant plus profond. 

Et si nos mains devaient se rencontrer dans un autre rêve, nous dresserons alors une nouvelle tour tour dans le ciel. »  

Ayant dit cela, il fit signe aux marins et aussitôt ils levèrent l'ancre et larguèrent les amarres pour s'en aller vers l'Est. 

Et un cri jaillit du peuple, comme d'un seul coeur, et s'éleva dans la semi-obscurité, puis se laissa emporter par-dessus la mer, tel un immense son de trompette.

Seule Al-Mitra resta muette, suivant le vaisseau du regard qui s'étiolait dans la brume.

Et lorsque tout le peuple s'était dispersé, elle était toujours là seule sur la jetée, répétant en son cœur ce qu'il avait dit :

« Un petit instant, un moment de repos Sur le vent, et une autre femme m'enfantera. » 




Le Prophéte,Extrait, Adieu Peuple d'Orphalése III/III, 104,122 — Troisième partie. 




Khalil Gibran 



Billet proposé par Aron O’Raney