Être Bon Et Juste





Nous voudrions savoir si celui qui a toujours vécu au sein d'une société soumise à l'influence de croyances, de gens de religion imbus d'autorité, peut être un homme juste et bon,

car nous n'engendrerons une société différente que si vous, en tant qu'être humain, êtes d'une intégrité, d'une bonté parfaite, absolue — et pas seulement épisodique.

Est-il donc possible — tout en vivant dans ce monde, en se mariant, en ayant des enfants — d'être bon et juste ?

Ce terme, au sens où nous l'entendons, suppose une responsabilité, une affection, une attention, une ouverture, un amour immenses.

Le mot bien inclut tout cela.

Vous, que ces choses ne laissent pas indifférent, est-il possible que vous entendiez ce message ?

Si ce n'est pas possible, alors vous acceptez la société telle qu'elle est.

Créer une société différente, qui soit fondamentalement bonne — au sens où nous l'entendons —, requiert une immense énergie.

Il faut pour cela mobiliser votre attention, autrement  dit, votre énergie. Les êtres humains ont énormément d'énergie.

Quand ils veulent faire quelque chose, ils le font.

Qu'est-ce qui empêche les êtres humains d'être tous parfaitement bons ?

Où est l'obstacle, où est le blocage ?

Pourquoi les êtres humains — vous, en l'occurrence — ne sont-ils pas totalement bons, sains et justes ?

Celui qui sait observer se rend compte de ce qu'est le monde — et s'aperçoit qu'il est le monde, que le monde et lui ne sont pas distincts, que c'est lui qui a créé ce monde-là, qui a créé la société, les religions avec leurs innombrables dogmes et croyances, leurs innombrables rituels, leurs divisions, leurs dissensions.

Les êtres humains ont engendré tout cela.

Est-ce là ce qui nous empêche d’être bons ?

Est-ce parce que nous croyons, ou parce que nous sommes tellement obnubilés par nos problèmes sexuels, par la peur, l’angoisse et la solitude, par notre soif de réussite, par le désir de nous identifier à ceci ou cela ?

Est-ce là l’obstacle qui empêche l’homme d’être bon ?

Si tel est le cas, alors toutes ces notions n’ont aucune valeur.

Si vous vous apercevez que, pour qu’advienne cette qualité de bonté suprême, toute influence, d’où qu’elle vienne y, compris celle de vos propres croyances, de vos propres principes, de vos propres idéaux — ,

est un obstacle définitif à l’éclosion de cette bonté absolue, alors vous vous délivrerez tout naturellement de ces tendances, sans la moindre équivoque, sans le moindre conflit, car elles sont stupides.


Extraits de « Cette Lumiére en Nous »


Jiddu Krishnamurti (1895-1986)
Billet proposé par Aron O’Raney

L'espace Sacré Du Temple Égyptien






Des Temples Évolutifs

On a longtemps pensé qu'il existait une sorte de plan type applicable à tous les sanctuaires.

Cela n'est vrai qu'à l'époque tardive; car le temple égyptien était en perpétuelle évolution.

Chaque souverain y apportait sa contribution, réaménageant les lieux selon les rites locaux.

La maison d'un Dieu était donc sans cesse rebâtie ou agrandie, les constructions antérieures étant conservées dans les extensions plus récentes; ou déconstruites pour leur réutilisation.

La Demeure Du Dieu




Néanmoins, même lorsque la répartition des espaces n'obéissait pas strictement à un schéma prédéfini, la progression vers le sanctuaire suivait des règles comparables d'un temple à l'autre.

Lors du rituel de l'Ouverture de la Bouche, un officiant animait la statue d'un Dieu en touchant les orifices du visage avec des objets sacrés.

La divinité, à qui l'on octroyait ainsi l'usage de ses sens, pouvait dès lors communiquer avec les humains.

Elle venait habiter sa demeure terrestre, entendait les prières, respirait les fumigations d'encens et se nourrissait symboliquement des offrandes déposées sur ses autels.

Le temple était conçu comme la maison du Dieu, mais c'était aussi le réceptacle d'une part de l'énergie divine qu'il fallait protéger des atteintes du monde profane.


L’Espace Sacré




A l'entrée, un pylône symbolisant l'horizon encadrait la lourde porte dont les vantaux étaient en bois rehaussé d'un décor réalisé en métaux précieux.

Il donnait sur une cour à ciel ouvert entourée d'un péristyle.

Une première salle dont le plafond était soutenu par des colonnes « hypostyle » marquait l'entrée dans la partie la plus intime du temple.

Plusieurs pièces, de plus en plus obscures, se succédaient ensuite jusqu'au lieu où étaient déposées les offrandes, devant le naos où était gardée l'effigie divine.


Les Espaces Annexes




Le portail principal du temple s'ouvrait en général dans l'axe du sanctuaire.

Il donnait sur une vaste esplanade, le parvis du Dieu.

Cet espace était accessible aux profanes qui venaient y déposer des ex-voto ou soumettre des questions, parfois pratiques, aux prêtres.

Lors des grandes fêtes, lorsque les divinités sortaient en procession, la foule s'amassait sur le parvis pour approcher son Dieu qui rendait des oracles à cette occasion.

Une enceinte de briques crues cernait l'aire sacrée, qu'elle isolait du monde profane.

D'imposantes portes construites en pierre permettaient d'accéder au « temenos ».

Une part importante de l'espace était réservée aux bâtiments fonctionnels.

Bureaux et résidences des prêtres en service côtoyaient les édifices destinés à la préparation des offrandes comme les boucheries, boulangeries...

Maison de vie et bibliothèques étaient consacrées à la préservation et à la transmission du savoir.

Le temple avait besoin de vivres pour alimenter les autels et, surtout, pour le nombreux personnel nécessaire à son fonctionnement.

De riches domaines agricoles étaient alloués au temple par le souverain. Officiellement, la demeure divine ne bénéficiait que de leur usufruit et devait l'impôt au roi.

Dans la pratique, les prêtres conservaient la propriété de ces domaines et de nombreuses exemptions les dispensaient de payer les taxes.


Source : indéfinie
Billet proposé par Aron O’Raney

Le Philtre D'amour






L'amour du Bien-Aimé m'a coupé de mon âme.

L'âme dans l'amour a échappé au soi.

Puisque l'âme est créée
et l'amour incréé,

Jamais celle-ci
n'atteindra l'existence de celui-là.

Il attire notre âme vers sa proximité.

Il égare hors de lui-même le faucon de l'âme.

Quand l'âme fut perdue,
elle découvrit son existence véritable ;

Ensuite,
l'âme revint à elle-même.

Le lacet de l'amour
alors s'enroula autour d'elle ;

L'amour lui fit boire
un philtre fait de sa réalité,

Tous les autres attachements
la quittèrent aussitôt.

Tel est le signe
du commencement de l'amour :

Mais quant à sa fin,

nul encore n'y a jamais atteint.


OM, N° 991.

Djalâl ad-Dîn Rûmî


Le Bien-Aimé est pour Rûmî une manifestation théophanique ; c'est pourquoi, dans son œuvre, l'amant ne se contente pas d'aimer l'Aimé, il se prosterne devant Lui, Le contemple et, à l'instar des phalènes qui se jettent dans le feu de la chandelle, finit par s'anéantir en Lui. Mais l'Aimé ne Se réduit pas à un seul être, Il est présent partout, Il Se manifeste dans toute la nature, Se donne à voir dans toutes les beautés, Se dévoile à tout instant pour l’œil qui sait voir. Dans l'amour mystique, ce qui est en jeu, c'est, le processus de dévoilement, qui est mis en œuvre par la présence théophanique et en mots par l’œuvre poétique. Et ceci même si le poète reconnaît que, paradoxalement, les mots voilent autant qu'ils dévoilent et, qu'ultimement, l'expérience mystique dépasse les possibilités du langage, même le plus radicalement poétique.
Billet proposé par Aron O’Raney

Limpidité








Il est des sources d'eau si bleue et si limpide,
Que rien n'en peut ternir la transparence humide ;

Que sur un noir limon leurs ondes de cristal
Roulent sans altérer l'azur du flot natal ;

Qu'à travers les débris qui sur leurs bords s'amassent,
Elles savent choisir les fleurs lorsqu'elles passent,

Et que, vierges encore de toute impureté,
L'Océan les reçoit dans son immensité.


Près d'elles, l'ombre est douce aux affligés ;
près d'elles, Les oiseaux chantent mieux,

Les plantes sont plus belles ;

Près d'elles, au matin, les femmes vont s'asseoir

Pour nouer leurs cheveux devant un clair miroir.


Il est des âmes qui, dans nos sentiers de fange,
Glissent sans y tacher leur blanche robe d'ange.

Sans laisser, comme nous, se prendre à chaque pas
Une sainte croyance aux ronces d'ici-bas ;


Des coeurs qui restent purs quand l'ennui les traverse,
Qui gardent leur amour dans la fortune adverse.

L'air vicié du monde en passant autour d'eux
Se charge de parfums ; et, comme des flots bleus,

Sans entraîner un grain de nos terres infâmes,
Ils coulent en chantant vers l'océan des âmes.


Victor De Laprade (1812-1883)



Billet proposé par Aron O’Raney

Voici Le temps De Construire







Voici le temps

De construire,
De créer de l’unité et de l’harmonie,
De la paix et de l’amour,
De la globalité et de l’Unification.

Maintiens tout le temps dans ta conscience
ces pensées positives, constructives,
créatives et ne les laisse jamais s’en aller.

Vois-les vivre et vibrer,
et avoir leur essence en toi,

et contemple la vision du nouveau ciel
et de la nouvelle Terre

qui prennent forme et substance.
Laisse-la se déployer au-dedans de toi.

Si tu t’harmonises
avec l’idée du Nouvel Âge

et avec sa véritable signification,
il commencera à se déployer

Graduellement en toi ;
tu découvriras que tu en fais partie

et qu’il fait partie de toi.

C’est une chose magnifique,
comme un géant endormi
attendant de se réveiller ;

lorsqu’il commencera à s’animer,
rien ne pourra arrêter son expression.

Il n’y a rien contre quoi se battre ;
il n’y a pas de raison de lutter encore.

Apprends simplement à Me servir,

et laisse Mon plan parfait se déployer !



Extraits de « La Petite Voix » — Méditations —


Eileen Caddy



Billet proposé par Aron O’Raney

Bien Des Gens Disent...



— XXXXI —


Bien des gens disent : « Nous n'aimons pas tout le bruit et l'agitation du samkîrtana (1), nous désirons contempler

Dieu silencieusement, en restant assis dans un endroit solitaire. »

Pour parler franchement, c'est tant mieux pour vous si vous pouvez trouver Dieu par la contemplation.

Mais étudiez bien comment fonctionne votre esprit et voyez si,

quand vous êtes seul, vous pouvez vraiment penser à Lui.

Quand vous êtes seul, les pensées de toutes les affaires matérielles arrivent en foule.

Pendant le samkîrtana, ne faites pas attention à la danse et à l'accompagnement musical,

mais concentrez votre esprit sur Son nom et laissez-le planer très haut avec la dernière note de musique.

Il se créera peu à peu en vous une attitude de dévotion.

Pour la grande masse des gens, ces réunions de kîrtana avec des parents et des amis ont une grande utilité.

Elles conduisent à des modes de penser plus nobles et plus affinés.

Quand vous prononcez le nom de Dieu, votre esprit se met à apprécier le samkîrtana,

et la musique de celui-ci prédispose l'esprit à la contemplation des choses divines.

Tout comme vous devez célébrer les pûjâs (2) et prier,
il faut aussi prendre part à des samkîrtanas.

La musique doit être très harmonieuse.

Pensez toujours à Celui qui est le thème des chants dans le samkîrtana ;

sinon toute la musique ne sera qu'un assemblage de sons et de bruits et n'aura pas de sens.



1. Le kîrtana ou samkîrtana est une réunion d’hommes ou de femmes qui se groupent pour chanter les louanges du seigneur, généralement avec accompagnement de musique instrumentale, parfois aussi avec accompagnement de danses. On y répète inlassablement les « Noms » de Dieu.

2. La pûjâ est un culte rituel célébré devant une image de la Divinité.


Extraits : Aux Sources De La Joie — P 71,72 —


Mâ Ananda Moyî.


Billet proposé par Aron O’Raney

Évocation, Mahmoud Darwich Le Poète Troyen







« Ni sur le plan existentiel, ni sur le plan politique je n'ai choisi d'être une victime.

Les conditions historiques ont fait que les Palestiniens ­ et moi inclus ­sommes des victimes.

Ainsi, je m'efforce d'exprimer la conscience du perdant et de la victime.

C'est cela être un poète troyen : dire qu'il n'y a pas que le récit du vainqueur.

Nous n'avons jamais entendu la voix des Troyens, Homère c'est le chant glorieux des Grecs.

Sans doute les Troyens se sont-ils exprimés d'une manière ou d'une autre, mais leur voix s'est à jamais évanouie.

En tant que poète je cherche cette voix.

Les faibles se doivent d'apporter la version de l'histoire, il ne faut jamais se contenter de la version des plus forts.

Et de toute façon, la bonne littérature est celle des faibles, des vaincus, de ceux qui souffrent, et c'est une des vertus de la littérature que de nous permettre de faire ressentir la douleur et les blessures et partant, de nous faire accéder à notre humanité. »

Mieux vaut être prisonnier que geôlier


« On oublie que le geôlier est, d'une certaine manière, lui-même captif : c'est un prisonnier sans horizon, il ne porte aucune mission,

Ce qu'il cherche n'est pas de réaliser sa liberté, mais d'empêcher l'autre d'être libre, il est victime de lui-même.

Le geôlier ne peut pas chanter, car il ignore tout de la mélancolie, il n'a ni regret du ciel ni nostalgie de la mer.

En revanche, le prisonnier chante, parce que c'est sa seule façon d'éprouver et de prouver sa propre existence.

Et au fond de lui, il se sent plus libre que son geôlier qui n'a pas conscience de sa propre liberté et de sa propre solitude.

La poésie consiste à nous faire don de cette force-là, dût-elle être fictive. »


Journal Libération — 10 mai 2003 —
Extraits d’un Interview de Rose Sean James



Mahmoud Darwich —



Billet proposé par Aron O’Raney

Le Nain







Sur les marches d'un trône serti d'or et d'argent
Un bouffon est couché, plein de mélancolie,

Que ne peuvent aviver les beautés de l'Orient
Ni les mets délicats des festins de la nuit.


Dans le corps évidé d'un calice éclatant
Se mirent les reflets de sa difformité ;

Et ses plus chers secrets, au foyer rougeoyant,
Étalent pleins de langueur leurs effroyables attraits.


Musiques consacrées, agapes tumultuaires,
Des bacchantes poudrées se sont tues désormais ;

Quant aux râles expirés et aux soupirs clairs
Ils ne résonnent plus que dans des salles usées.


Hier il fut un dieu qui pour plaire aux hommes,
De sa voix éraillée défia le firmament ;

Aujourd'hui il n'est plus, exilé loin de Rome,
Qu'une silhouette torse s'oubliant dans l'encens.


Ajoutant à sa peine un juste châtiment
Ce fantôme a saisi de ses doigts courts et grêles,

Rire muet, une tenaille des braises arrachant
L'orbe fier et brillant du creux de ses prunelles.


- Algernon Charles Swinburne -
Billet proposé par Aron O’Raney

Adhuc Stat, La Colonne Brisée






Dans le Rite Écossais Rectifié, Adhuc Stat est la devise figurant au tableau du premier grade de l’Apprenti.


Ce terme latin surmonte une colonne solidement érigée sur sa base, mais brisée dans sa partie haute.

Adhuc Stat se traduit littéralement par « elle est encore debout » ou aussi par « sa base est encore solide » en allusion voilée à la survivance Templiére, et à l’image de l’homme Primordial.

Ainsi dès ce premier grade, le rituel détermine le but initiatique — L’entrée symbolique dans le Temple et la fusion du Maçon avec celui-ci.

La clé du Rite Écossais Rectifié réside, dans l’assimilation analogique « Homme-Temple » figurée par l’entrée dans ce Temple du Maçon, à la fois « Constructeur et Matiére ».

Le tableau symbolique de ce grade est d’une importance capitale, car il représente à lui seul, la trame de la doctrine du Régime Écossais Rectifié.

Que représente la colonne et que peut-elle évoquer ?

Élément essentiel de l’architecture, la colonne est le Support et l’Axe d’un édifice, dont elle relie les différents étages. Avec la Base et son Chapiteau elle symbolise aussi l’arbre de vie,ou la colonne vertébrale qui érige le corps humain verticalement, dans l’affirmation de soi. C’est elle aussi qui donne fondamentalement la vie et toute sa signification à l’édifice qu’elle supporte.

La colonne relie la Terre au Ciel, Le Haut au Bas, la Créature au Créé et à son Créateur ; elle est à la fois un pivot et l’axe de rattachement aux niveaux de l'univers, et à la conscience humaine.

La colonne prend parfois aussi un sens théophanique, à propos du thème de la lumière, la liturgie pascale « évoque le symbole de la colonne de feu, conduisant les Israélites dans le désert. La colonne de lumière désigne les âmes aimant Dieu, qui laissent par transparence la lumière divine filtrer à travers elles. »
Pourquoi est elle brisée dans sa partie haute et non à sa base la partie « terrestre » ?

Adhuc Stat est l'emblème de l'homme déchu, fautif, qui ignorant de l'état de sa perfection initiale, s’est engagé dans un processus de retour au « chaos primordial ».

La dégradation de l’homme déchu, n’est cependant pas irréversible, car il peut encore trouver au plus profond de lui les ressources enfouies, pouvant lui permettre de se réhabiliter, en travaillant sur lui-même, pour passer du cycle involutif, au stade de la maturité spirituelle.

Le péché originel étant déjà expié par le sacrifice universel, il incombe à l’homme déchu de « chercher, persévérer et souffrir ».

Seules les âmes contemplatives de l'Eternel seront à même de rebâtir la colonne de lumière dans sa splendeur originelle.

Adhuc Stat est une figure symbolique extraordinaire, sa puissance considérable inspire la plus profonde humilité aux plus hauts dignitaires du Rite Écossais Rectifié.

L’Apprenti consciencieux et respectueux de ses obligations morales, devra sérieusement méditer sur les particularités du nombre dont il est attributaire.

La compréhension préalable s'avère essentielle, car c'est par ce nombre « matière » que commence la quête initiatique et la voie de la gnose.

Adhuc Stat est le flambeau guidant l’homme de progrès, des ténèbres vers la pure lumière, si celui-ci parvient réellement, à « chercher », « persévérer », et « souffrir ».




Aron O’Raney

En Parlant De La Prière







Vous priez lorsque vous êtes dans la détresse et le besoin.

Puissiez-vous aussi prier dans la plénitude
de votre joie et dans les jours d’abondance.

Qu’est la prière, sinon l’expansion de votre être
dans l’éther vivant ?

Si c’est pour vous réconforter que vous déversez vos ténèbres dans l’espace,

vous aurez aussi plaisir à Y répandre
l’aube de votre coeur

Si vous ne pouvez que pleurer lorsque votre âme
vous appelle à la prière,

Elle devra vous éperonner toujours et encore,
malgré vos pleurs, jusqu’à ce que vous y alliez en riant.

Lorsque vous priez, vous vous élevez
pour rencontrer dans les airs tous ceux qui prient à la même heure que vous.

Que votre visite à ce temple invisible ne soit donc
que pour l’extase et la douce communion.

Car si vous devez y entrer sans autre but
que de quémander, vous ne recevrez rien.

Et si c’est pour vous humilier,
vous ne serez pas relevés.

Ou même si c’est pour implorer le bien pour autrui,
vous ne serez pas entendus.

Qu’il vous suffise d’entrer dans le temple invisible.

Je ne puis vous enseigner à prier avec des mots.

Dieu n’écoute pas vos propos
sauf lorsqu’Il les exprime à travers vos lèvres.

Et je ne peux pas vous enseigner la prière des  mers,
des forêts et des montagnes,

Mais vous qui êtes nés des montagnes,
des forêts et des mers,
vous trouverez leurs prières dans votre cœur.

Et seulement si vous tendez l'oreille
dans la quiétude de la nuit,
vous les entendrez dire en silence :

« Notre Dieu, qui est notre moi ailé,

C’est ta volonté en nous qui veut.

C'est ton désir en nous qui désire.

Et c'est ton élan en nous
qui voudrait changer nos nuits, qui sont à toi,
en jours qui sont à toi aussi.

Nous ne pouvons rien te réclamer,
car tu connais nos besoins
avant même qu'ils ne naissent en nous.

Tu es notre besoin ;
et en nous donnant davantage de toi-même,
tu nous donnes tout. »


Le Prophéte, Extraits 86,88 —


Khalil Gibran
Billet proposé par Aron O’Raney

Connaître Un Peu Le Samouraï



 Scène de bataille entre les deux clans ennemis
 (Peinture du XIVe siècle, Gêne, musée d'Art oriental).


Le XIIe siècle est pour le Japon une époque de guerres civiles chroniques. À la faveur de ces troubles, une caste de guerriers voit le jour : le samouraï ou Samurai ou Bushi.

L’image enjolivée du samouraï est loin de la réalité. Le samouraï est en fait un guerrier sans pitié qui se bat pour l’une des deux grandes familles nobles de l’époque : les Taira et les Minamoto.

Les massacres de Kyoto

Depuis le dernier quart du XIe siècle environ, désordres, brigandages et guerres privées, sévissent au Japon. L’autorité du pouvoir central s’amenuise.

Puis, au milieu du XIIe siècle, la lutte pour le pouvoir entre les deux familles Taira et Minamoto s’exacerbe.

La guerre prend alors une envergure terrible.
En 1156, elle atteint la capitale Kyoto.

Les guerriers à la solde des Taira massacrent tous les habitants et décapitent la plupart des prisonniers.

En 1192, le chef du clan Minamoto est nommé shogun, c’est-à-dire, dictateur militaire. Il exerce, sans être empereur, le pouvoir absolu.

Cette situation dure jusqu’en 1333. Elle correspond à ce qu’on appelle dans l’histoire du Japon, la « période de Kamakura ».

Au milieu du XIIe siècle, la plupart des guerriers se trouvent ainsi liés aux deux grandes familles.

Ce système féodal est fondé sur la loyauté personnelle.
C’est alors qu’apparaît le guerrier gentilhomme : le samouraï.

Le Samouraï

Le mot signifie « celui qui sert ».

Le samouraï est au service d’un seigneur. Il est uni à ce seigneur par un code qui exige une loyauté absolue.

Le Bushi combat à cheval, revêtu d’un heaume et d’une armure souple faite d’étroites bandes d’acier liées entre elles par des cordes ou des pinces.

Photographie de Samouraïs prise en 1875. Licence

Seul le samouraï est autorisé à utiliser les armes suprêmes de la guerre.

Sur le champ de bataille, il portait le sabre de cavalerie, le Tachi (parfois son katana) et un Tanto. Le Katana était un long sabre à deux mains.

Le wakizashi, un sabre court, était appelé « le gardien de l'honneur du samouraï », et était utilisé lors du seppuku. C'est une arme riche de sens et de symboles.

Le wakisashi était utilisé pendant la « vie civile » lorsque le Bushi ne se battait pas et était la seule arme qu’il gardait à l’intérieur d’une habitation.

À l'époque Edo, les Samouraïs, reprenant les traditions des Bushis conservèrent l'utilisation des deux sabres (Katana et wakisashi) en les associant définitivement sous le nom de Daisho.

Le samouraï est un guerrier qui combat pour son seigneur, sans qu’aucune morale dictée par une foi puisse mettre une limite aux actes qu’il commet.

Cette fidélité fanatique se marie avec le goût de la guerre.

On lui enseigne de ne pas avoir peur de la mort, afin de se battre de façon optimale, sans que sa survie ne vienne perturber le combat.

Le bushido ou la voie des guerriers

Le samouraï est soumis au bushido qui exige une dévotion entière à la vie militaire.

Ce code fait de la souffrance physique une règle et de la mort au combat en héros le but le plus noble.

Il a l’obligation absolue de fidélité à ses supérieurs, à l’empereur et surtout au shogun. S’il est fait prisonnier, le samouraï choisit le suicide plutôt que le déshonneur.

Le rituel du seppuku est connu : le samouraï s’ouvre le ventre puis une personne de confiance, souvent son meilleur ami, lui tranche la tête.

Cette personne devait être un sabreur émérite, car il ne devait absolument pas rater sa frappe.

Un samouraï n’a pas le droit de travailler.

Il doit se consacrer uniquement à des tâches nobles, c’est-à-dire faire la guerre.


Combat de samouraïs (estampe japonaise du XIXe siècle.
Paris, Bibliothèque des Arts décoratifs). Licence

Les jeunes samouraïs sont soumis à des épreuves physiques, comme jeûner ou marcher pendant des heures pieds nus dans la neige.

Au combat, le samouraï emporte souvent la tête de son ennemi. Le Katana est également destiné à ce sinistre usage.

Le Samouraï travaillait, et était payé par son seigneur. Mieux il travaillait, mieux il était payé.

Le fait de trancher la tête d’un ennemi vaincu permettait d'apporter une preuve de victoire à son seigneur, pour justement être payé plus.

Le masque qu’il porte est censé intimider l’adversaire par des expressions menaçantes.

Il vit pour la guerre et comme le prescrit le bushido : « un samouraï doit vivre et mourir l’épée à la main ».

Le pouvoir des samouraïs est resté entier jusqu’en 1600.

Puis, les shoguns de la famille des Tokugawa instaurent la paix.
Les samouraïs perdent alors progressivement leur raison d’être.

Suite aux nombreuses batailles, les samouraïs sans seigneurs (ou rônins = homme vague) arpentaient les chemins et louaient leurs services au plus offrant.

D'autres furent obligés de travailler aux champs ou en tant qu'artisans, dans une extrême pauvreté, tout en gardant tout de même leur statut de samouraï, qui les place dans le japon féodal au-dessus des paysans et des marchands.


V.Battaglia - http://www.dinosoria.com/samourai.htm



Billet proposé par Aron O’Raney