Mon idole à la main me donna un balai
Et dit :
« De la surface de la mer soulève de la poussière. »
Puis il brûla ce balai par le feu
Et dit :
« De ce feu, fais apparaître un balai. »
De stupeur, je me suis prosterné
Il dit :
« Fais une belle prosternation sans te prosterner. »
« Oh ! comment se prosterner sans se prosterner ? »
Il dit :
« Sois sans comment et sans épines, malheureux ! »
J'ai tendu mon petit cou
Et dis :
« Avec Zolfaghâr(1), tranche ma tête prosternée »
Plus il donnait de coups d'épée, plus il y avait de têtes
Du coup de mon cou cent mille têtes ont poussé
Moi telle une lampe et chaque tête telle une mèche
De toutes parts les flammes étincelaient
Les bougies successives par mes têtes enivrées
Partout De l’Orient à l'Occident s'étaient allumées
Dans le non-espace l'Orient et l'Occident
Que sont-ils ?
Une chaufferie sombre, un bain en activité
Ton humeur est trop froide, n'as-tu point de nausée ?
Dis Dans ce bain chaud public vas-tu longtemps rester ?
Quitte le bain, mais non pour la chaufferie
Va Dans le vestiaire admirer les peintures,
Images de l'Aimé
Tu verras alors des visages adorables
Oui Tu verras des tulipes les couleurs chamarrées
Puis, après cela, regarde vers la lucarne
Et vois
Car du reflet de la lucarne ces peintures sont l'effet
Les six directions sont le bain et la lucarne
le non-espace
Regarde
Au-dessus de la lucarne, du Roi, la face de beauté
La terre et l'eau tiennent leurs couleurs de son reflet
Eau-lumière
Sur le blanc et le noir, l'âme vive en pluie est tombée
Le jour s'est écoulé et mon histoire n'est pas écourtée
Ô Lui
Que le jour et la nuit auraient honte d'évoquer
Shams de Tabriz, soleil de la foi
Le Roi
Il me maintient ivre, assoiffé de vin, assoiffé.
(1) Épée à double lame de Alî.
LAR, No 1095.
Djalâl ad-Dîn Rûmî
Billet proposé par Aron O’Raney
