Dans la tradition chrétienne, il existe au moins trois formes d'expérience du désert :
— Le désert comme fuite du monde, comme lieu de combat et d'affrontement avec les démons : le désert des ascètes.
— Le désert comme fuite vers quelqu'un, lieu de la rencontre et des noces avec l'Absolu : le désert des mystiques.
— Le désert comme expérience du rien et de la vanité de toute chose, lieu de lucidité où tous les êtres sensibles et intelligibles se révèlent dans leur permanence : le désert des métaphysiciens.
Ces trois déserts ne sont pas à opposer les uns aux autres, ils peuvent se Vivre simultanément et de façon complémentaire.
Ils se différencient dans la mesure où un individu ou une collectivité le vivent de façon exclusive dans un élément privilégié du composé humain : le corps, la psyché ou l'esprit.
Dans certains cas d'intégration anthropologique réussie, l'homme du désert se révèle être à la fois ascète, mystique et métaphysicien.
La maîtrise des sens et de l'émotion, la tranquillité aimante du cœur, et l'acuité de l'intellect font de lui l'archétype de l'homme véritable.
Passé par le creuset du désert, délivré de sa gangue d'ignorance, il laisse transparaître les clartés de son origine : Fils d'un Dieu qui ne cesse de l'engendrer.
Jean-Yves Leloup
Extrait de « Déserts, Déserts »
Billet proposé par Aron O’Raney
