Tu es le Soleil ou Vénus ou la Lune ?
Je ne sais
Que veux-tu de ce vagabond fou ?
Je ne sais
Dans ce palais du sans-pourquoi,
tout est douceur et harmonie
Quel désert ? Quelle prairie ? Quel palais ?
Je ne sais
Tu es dans une tente
sur la route de la Voie Lactée
Autour de toi, des étoiles de toute beauté.
Quelle Lune es-tu ?
Je ne sais
Ton visage fait de notre âme
un jardin de narcisses,
de lis et de pensées
Notre Lune tire son éclat de ta lune.
Quel compagnon es-tu ?
Je ne sais
Un océan sans rivage, bonheur !
Et un cœur rempli de poissons
Jamais je n'ai vu tel océan !
Et que sont ces poissons ?
Je ne sais
La royauté des créatures : légende,
infime comme du chènevis
Le Roi des Rois,
l'éternel, est le seul Roi
Que je sais
Ô soleil infini,
tes parcelles sont parlantes
Es-tu lumière de l'essence de Dieu,
Ou es-tu Dieu ?
Je ne sais
Des milliers d'âmes, tel Jacob,
brûlent pour cette beauté
Pourquoi, ô beau Joseph,
Restes-tu dans ce puits ?
Je ne sais
Silence, car à force de parler,
tu es noyé dans la multiplicité
Tantôt gémissement, tantôt plainte, tantôt soupir…
Je ne sais
Un sortilège que j'ai bu m'a rendu ivre :
je me tais
Distinguer entre l'ivresse
inconsciente de la conscience
Je ne sais.
LAR, no 1436.
Djalâl ad-Dîn Rûmî
Billet proposé par Aron O’Raney
