Avant qu’il existât en ce monde le jardin,
la vigne, le raisin,
Notre âme était enivrée du vin éternel.
Nous avons proclamé « Ana’I Haqq (1) »
dans le Bagdad du monde spirituel,
Avant la parole de Mansûr, le jugement et le gibet.
Avant que l’Âme universelle devînt
l’architecte du limon terrestre,
Dans la taverne des Réalités divines,
notre vie était heureuse.
Notre âme était comme l’univers,
la coupe de l’âme pareille au Soleil.
Par le vin de l’âme,
l’univers était noyé dans la lumière.
o échanson, enivre ces êtres charnels, emplis d’orgueil,
Afin qu’ils sachent tous de quelle joie ils ont été éloignés !
Que la vie soit consacrée à un échanson
qui arrive par la voie de l’âme,
Afin qu’il retire le voile à tout ce qui était voilé.
Nous sommes restés éblouis devant cet échanson:
Son vin ne donnait pas de langueur,
son miel ne venait pas des abeilles.
Ferme nos lèvres, ô échanson !
sinon sera divulgué le secret
Enfoui comme un trésor dans la septième
profondeur de la terre.
Ô Tabriz !
Dis-nous si tu te souviens de cette époque
Où le soleil de la foi n’était pas manifesté
en Shams-od-Dîn.
(1) « Je suis le Vrai » : locution extatique prononcée par le mystique Hallâj et qui lui valut d'être condamné à mort et supplicié à Bagdad en l’an 922.
OM, no 731.
Djalâl ad-Dîn Rûmî
Billet proposé par Aron O’Raney
