Vaincre Ses Passions




Les passions s’identifient sous l’angle philosophique, par des états émotionnels biologiquement perçus comme la colère, la luxure ou autres des sept péchés capitaux.

La Passion du latin passio, « souffrance » et du verbe grec paskho « souffrir » ou « endurer » est un terme lié à une intense ou violente émotion.

Il s’agit en résumé des États affectifs et intellectuels, qui engendrent une souffrance et dominent la raison.


Tous les rituels ou catéchismes d’enseignement de la Franc-Maçonnerie, incluent la question essentielle et incontournable, de la Passion.


Au Rite Français, l’instruction de l’Apprenti commence par l’interrogation du Vénérable Maître :

« Frère 1er Surveillant, qu’est-ce qu’un Maçon ? »

Il est répondu  : C’est un homme libre, également ami du pauvre et du riche, s’ils sont vertueux.

Que venons-nous faire en loge ?

Le surveillant confirme : Vaincre nos passions, soumettre nos volontés et faire de nouveaux progrès dans la Franc-Maçonnerie. »

Au Rite Êcossais Rectifié, le Vénérable Maître énonce ainsi la question :
« Que venez-vous faire en loge comme Apprenti ? ».

Le frère lui répond : « Je viens apprendre à vaincre mes passions, à surmonter mes préjugés et à soumettre ma volonté, pour faire de nouveaux progrès dans la Franc-Maçonnerie. »


Obéir, résister à ses passions, à sa passion. Maîtriser, dompter, et vaincre ses passions est donc un thème essentiel de la démarche maçonnique…
« Cette guerre intérieure de la raison contre les passions » comme l’énonce Pascal, dans l’une de ses Pensées. VIII, 8.

Il est certain que rien ne peut se faire dans le monde spirituel et le système initiatique, si le Cherchant est dans l’incapacité de rompre avec les penchants coutumiers de sa vie de profane.

Ainsi même s’il est accompli, le rituel initiatique ne suffit pas, pour devenir Le parfait Initié, car il est impossible de transformer par ce cérémonial et en si peu de temps, un profane en un Vrai Franc-Maçon.

L’enseignement de la période d’apprentissage, s’emploie à confirmer l’initiation, mais certains frères ne pourront surmonter ce stade.

Vaincre ses passions consiste essentiellement à réfréner ses instincts, réprimer ses états émotionnels violents, et apprivoiser ses pulsions néfastes.

L’on ne peut discipliner un État d’esprit, sans agir sur le plan physique, et de ce fait la maîtrise du comportement devient la condition indispensable à l’accomplissement de l’Être sur la voie.

Soumettre ses passions c’est avant toute chose, retrouver la pureté de sa vraie nature.

Ce processus ne peut aboutir, que si le Cherchant parvient à s’affranchir, des conditionnements auxquels il a été soumis dans sa vie profane.

L’idéal maçonnique repose substantiellement sur le concept de la rectification et reconstruction de l’homme, il s’agit d’un travail à la découverte de soi.

Il s’assimile à la danse initiatique des sept voiles (1), au cours de laquelle chaque dévoilement correspond à une révélation de la nature occultée.

Le cherchant qui progresse dans les niveaux de conscience, pourra espérer au terme d’un travail ardu, parvenir à déchirer les voiles de ses conditionnements, et ainsi accéder à sa vraie nature.

Dans les étapes successives de sa quête, le Cherchant devra s’armer de courage, persévérance, et volonté, pour pacifier son mental agité, et arriver par la raison à vaincre ses émotions.

Il n’est pas facile de trouver la voie de la liberté dans la bataille de l’Ego, et d’un Moi ubiquiste.

Épreuve douloureuse et redoutable, ce travail sur Soi absolument indispensable explique que beaucoup de frères parviennent à la maîtrise, sans l’avoir parfaitement achevée.

Cependant nul ne peut blâmer ni juger, l’homme de coeur sincère et courageux, qui aura utilisé pleinement sa volonté et son énergie à se combattre lui même, pour tenter de parvenir au but recherché.

Dans ce cas, le travail sur Soi devra continuer avec persévérance, jusqu’à son complet parachévement.



(1) Dans la danse des Sept voiles, chaque voile correspond à un niveau de conscience ; celle-ci se pratique de façon lente, et peu à peu l’on retire voile après voile, jusqu’à la nudité.




Aron O’Raney