Réflexion Sur Mystique Et Esoterisme




En quelques mots, nous voudrions proposer une réflexion pour distinguer "mystique" et "ésotérisme".

La "mystique" au sens propre consiste à vivre le plus possible uni à Dieu.

Par exemple, Marie de l’incarnation, une religieuse française du XVIIe qui avait été mariée, mère de famille et veuve, qui avait dirigé une entreprise de transport avant d’entrer chez les sœurs Ursulines, fut envoyée au Canada où elle construisit un collège pour jeunes filles françaises et indiennes.

Elle était tout le temps en union à Dieu que ce soit chez le notaire pour signer les actes ou avec les entrepreneurs pour suivre la construction.

Et même lorsqu’un hiver le bâtiment prit feu, et qu’on ne pouvait éteindre l’incendie parce qu’il faisait moins vingt degrés et que l’eau était gelée, Marie de l’Incarnation tomba à genoux dans la neige et loua Dieu.

Cette façon de tout vivre en union avec Dieu dans la vie quotidienne, que l’on soit religieux ou laïc, c’est la vie mystique.

On vit d’une certaine façon caché en Dieu, on est déjà entré dans le mystère sans fin de la vie éternelle, la vie avec Dieu.

Le Roi des Belges Baudouin s’efforçait de vivre de cette façon sa vie publique comme sa vie privée sans que rien ne parût nuire aux devoirs de sa charge ni à son amour d’époux.
Ainsi comprise, la vie mystique est ouverte à tous, il s’agit de laisser Dieu, par amour, vivre en nous.

Comme dit Saint Paul, ce n’est plus moi qui vis, mais c’est le Christ qui vit en moi.

La mystique n’est pas une disparition de la personne qui garde son caractère, son histoire, son génie même, et tout ce qui fait qu’elle est unique et lui permet d’être aimée.
Toutes les religions proposent elles une mystique ?

A l’évidence seulement celles qui ont rencontré Dieu comme personne et donateur de vie.

Dans ce sens, il n’est pas impossible à des Musulmans de vivre la mystique, Soufi ou non. Il est certain que le Soufisme met l’accent sur cette union à Dieu.

Mais est-ce toujours dans des conditions dignes de Dieu et de l’homme ?

C’est ici qu’il est nécessaire de voir la distinction radicale entre "mystique" et "ésotérisme".

Car l’Esotérisme tourne véritablement le dos à la Mystique.

Alors que la mystique est accueil de Dieu, de sa révélation et de son amour, l’ésotérisme prétend donner le pouvoir d’acquérir Dieu, voire de devenir Dieu en franchissant par ses propres efforts des degrés de "connaissance" réservés à des "initiés" qui se réservent ces pouvoirs.
Il n’est sans doute pas difficile de comprendre que si Dieu existe véritablement il est encore plus "personne" que l’Homme.

Il a donc aussi une liberté. Et s’il est libre de se donner comment pourrait-on mettre la main sur lui par des "connaissances" et des "initiations" ?

Dieu ne s’atteint que s’il se donne lui même, et si on l’accueille.
L’Esotérisme c’est la volonté de puissance spirituelle par l’accession à des "secrets" ou des techniques.

Loin de libérer l’homme ces secrets et ces techniques fabriquent un spiritualisme artificiel dans lequel le "connaissant" s’enferme.

L’illusion de "connaître" empêche d’entendre Dieu qui se révèle en parlant à qui est assez humble pour désirer le connaître tel qu’il se dit.

Ainsi certains s’enferment dans une théorie numérologique, d’autres dans les différents tiroirs d’une caractériologie déterministe, d’autres encore dans des rubriques d’horoscopes, d’autres dans des techniques de méditation.
Le vrai Dieu c’est celui qui rend libre et qui propose son amitié à tout homme, non à quelques initiés :

"Il s’attache à moi et moi je le rends libre, il m’appelle et moi je lui réponds" (Psaume 91,versets 14 et 15).

Ce Dieu-là est entré dans l’histoire des hommes par la porte des humbles, en se faisant petit enfant, à Bethléem il y a deux mille ans.

Hervé Marie Catta
Texte Proposé par Aron O’Raney

Le Pouvoir Et La Volonté

Peter Roche de Coppens

Résumé
Le présent volume, cinquième de la série Les Fleurs de la vie, présente la nature, la dynamique, les conséquences et le développement du pouvoir et de la volonté, ceux-ci possédant des caractéristiques particulières.
L'auteur distingue entre pouvoir et volonté qui sont intimement reliés mais qui diffèrent grandement. L'énergie spirituelle, la grâce ou force vitale provient du cœur même de la divinité et vivifie et dynamise tout ce qu'elle touche. Cette énergie se manifeste comme force vitale/énergie créatrice : la volonté. La volonté est donc l'emploi du " voltage psychique " (qui peut être plus ou moins intense) pour reconnaître, désirer et réaliser ce que nous voulons.
Bref, la volonté nous permet de dire oui (accomplir ce que nous voulons vraiment faire) et de dire non (s'abstenir de faire ce que nous ne voulons pas). Pour comprendre la volonté, la développer et l'exprimer, le premier pas est de savoir ce que nous voulons : quelle partie de notre nature humaine complexe veut cette réalisation, quels bénéfices nous en retirerons à court et à long terme et le but que nous visons (nous faciliter une vie commode ou évoluer et actualiser notre potentiel).

L'auteur en quelques mots...

Natif de Vevey en Suisse, Peter Roche de Coppens demeure aujourd'hui en Pennsylvanie, aux Etats-Unis, où il enseigne la sociologie à l'Université de East Stroudsburg.
Il maîtrise les langues anglaise, française et italienne.
Il est d'ailleurs l'auteur de plus de trente ouvrages en ces trois langues.
Tout au long de ses carrières d'enseignant, de conférencier et d'auteur, il a publié plusieurs articles et s'est mérité de nombreux honneurs.
Il séjourne régulièrement à Montréal, en France, en Suisse et en Italie pour donner des conférences et enseigner.
Il jouit d'une réputation internationale.
Il enseigne à l'Université de Milan sur le thème de l'intégration de la spiritualité dans la médecine moderne.


Peter Roche de Coppens - Le pouvoir et la volonté -
Editeur: Dauphin Blanc - Collection: Les fleurs de la vie



Suggestion De Lecture, Proposée Par Aron O’raney.

Tous Les Chemins Du Monde...




Tous les chemins du monde mènent au cœur du guerrier ;

il s’immerge sans hésiter dans le fleuve de passions, qui traverse sa vie.

Le guerrier sait qu’il est libre de choisir,
Ce qu’i1 désire ;

ses décisions sont prises avec courage, désintéressement,

Et, parfois avec une certaine dose de folie.


Il accepte ses passions et en jouit intensément.


Il sait qu’il n’est pas nécessaire,
De renoncer à l’enthousiasme des conquêtes ;

Elles font partie de la vie, et réjouissent tous ceux qui y prennent part.

Mais il ne perd jamais de vue les choses durables,
Et les liens solides, qui se sont créés au fil du temps.

Un guerrier sait distinguer ce qui est passager,
De ce qui est définitif.



Extrait 26 du « Manuel du Guerrier de la Lumiére ».
Paulo Coelho.


Texte Proposé par Aron O’Raney

La mer à boire




J'étais l'enfant d'un siècle fou
J'avais la tête pleine d'oiseaux
Je construisais de beaux châteaux
Je vidais la mer dans un trou

La mer était belle à mourir
J'étais une fleur à cueillir
La vie était un jeu d'enfant
Je prenais vraiment tout mon temps

J'avais pour moi l'éternité
Pour vider la mer dans un trou
Je me soûlais de liberté
Et je réinventais la roue

J'étais l'enfant d'un siècle chaud
Dans ma petite tête il faisait beau
Mes châteaux se tenaient debout
Et mon royaume était partout

Et je suis devenu un homme
Les mots sont mes plus beaux châteaux
Mais comme une image vaut mille mots
Mes beaux châteaux vont prendre l'eau

Les mots deviennent des numéros
Un plus un égale zéro
Plus on a de zéros plus on vaut
Quand on signe son nom à l'endos

Je suis l'enfant d'un siècle de fous
Les riches creusent aux pauvres un trou noir
Donnez-moi donc un peu à boire
Et tant qu'à y être : versez-moi la mer

Et je rêve encore de boire l'eau de la rivière
Quand j'étais petit je m'y baignais dans la lumière
Ah mais aujourd'hui les rivières prennent l'eau
Et je rêve encore au jour où dans les dictionnaires
On ne trouvera plus le mot guerre qui crée la misère
Et qu'enfin les mots ne prendront plus l'eau

Il reste encore quelques oiseaux
Qui ne chantent pas encore faux
Je vide la mer dans mon verre


Raôul Duguay
Texte Proposé par Aron O’Raney

L’Appel d’En Haut



Il n’y a qu’un seul et même Appel qui vienne d’en haut.
Pour l’entendre, chaque religion dispose de moyens différents.
Quand un homme a entendu cet Appel, toute sa recherche est terminée, tout bruit cesse, tous ses doutes sont apaisés.
C’est Dieu qui vous appelle.
Est-ce que vraiment vous l’appelez aussi ?
Dans le silence de la nuit, les sons des cloches et des conques, qui viennent de temples lointains, se glissent jusque dans les recoins les plus secrets de l’âme.
C’est de la même façon que Son Appel vient jusqu’à nous et s’imprime profondément dans l’âme, quand celle-ci, par l’effet d’une dévotion profonde, ne répond plus aux appels de nos passions et de nos désirs, mais est parvenue à la sérénité.
C’est alors, et alors seulement que vient, du fond de l’âme, la véritable réponse à l’Appel d’en haut.
Et cela doit forcément arriver pour chacun de nous.
C’est l’Esprit éternel, Shiva, qui est descendu en tous les êtres doués de sensation.
Et ainsi l’âme individuelle se transformera progressivement en l’éternel.
Ce grand jeu de la transformation de Shiva « le Bien éternel » en jîva « l’âme individuelle », et inversement, continuera de toute éternité et continuera toujours, comme la transformation constante de l’eau en glace et de la glace en eau.

Mâ Ananda Moyî.
Aux Sources De La Joie - 17-P.37,38

Texte Proposé par Aron O’Raney

Fête – Saint-Michel Archange Et Tous Les Saints Anges


Archanges Saint-Michel, Saint Gabriel et Saint Raphaël


Avec Saint-Michel, l'Église, en ce jour, honore tous les bons Anges, dont il a été le chef et le modèle au jour de la révolte de Lucifer et des mauvais anges.

D'après nos Saints Livres, ils sont divisés en neuf Choeurs et en trois Hiérarchies : Les Anges, les Archanges et les Vertus ; les Puissances, les Principautés et les Dominations ; enfin, plus haut encore, les Trônes, les Chérubins et les Séraphins.

Leur occupation est de contempler Dieu, de L'aimer, de Le louer et d'exécuter Ses Volontés pour la conduite de l'univers et pour le salut des hommes.

Aussi les voyons-nous chargés de différentes missions sur la terre, auprès des personnes, des familles, des paroisses, des diocèses, des royaumes, de l'Église entière.


Ceux dont l'Écriture fait une mention particulière sont, outre Saint-Michel, l'archange Gabriel, à qui semble avoir été confié le soin de tout ce qui regarde le mystère de l'Incarnation, et l'Archange Raphaël, qui conduisit et ramena si merveilleusement le jeune Tobie.

– Saint Michel a été fait non seulement Prince des anges, mais aussi Prince des âmes qui doivent remplir les places demeurées vides par la chute des démons. Son nom marque sa fidélité, car il signifie : Qui est semblable à Dieu !

Les Saints lui attribuent la plupart des apparitions mentionnées dans l'Ancien Testament.

C'est lui, disent-ils, qui retint la main d'Abraham prêt à immoler son fils Isaac ; c'est lui qui apparut à Josué et le rendit maître de Jéricho par la chute de ses tours et de ses murailles ; c'est lui qui dirigea l'arche de Noé par-dessus les eaux du déluge ; c'est lui qui lutta contre Jacob et le bénit ; c'est lui qui donna la loi à Moïse sur la montagne du Sinaï ; qui rendit David victorieux de Goliath et le préserva de la persécution de Saül, etc.

Il a été le protecteur de la Synagogue ; il est le protecteur de l'Église.

L'Histoire nous rapporte tant de merveilles de cet Ange sublime, qu'on ne peut douter qu'il ne soit, dans les desseins de Dieu, l'un des principaux instruments de Sa puissance et de Sa bonté.

L'assistance que la France a souvent reçue de lui le fait regarder comme le protecteur spécial de ce royaume.

Prière à Saint-Michel Archange

Saint Michel-Archange, défendez-nous dans les combats
Soyez notre protecteur contre la méchanceté et les embûches du démon.
Que Dieu lui commande, nous L'en supplions,
Et Vous, Prince de la milice céleste, par le pouvoir qui vous a été confié,
Précipitez au fond des enfers Satan et les autres esprits mauvais
Qui parcourent le monde pour la perte des âmes. Ainsi soit-il.



Prière rédigée par le pape Léon XIII, le 13 octobre 1884.
Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950.


Texte Proposé par Aron O’Raney

Les Dernières Heures d’Albert Camus





" A la semaine prochaine, monsieur Camus ! "

Suzanne Ginoux n'a jamais pu oublier la dernière phrase qu'elle a lancée à l’écrivain au moment où il prenait place dans la Facel Vega qui allait être son tombeau.

C'était le 3 janvier 1960 au matin, dans une petite rue de Lourmarin, ce village ocre du Vaucluse où Camus s'était installé deux ans plus tôt.

La fidèle gouvernante du prix Nobel se souvenait aussi parfaitement de la réponse, au moment où l'élégant coupé sport démarrait pour Paris :
"Oui, Suzanne, je fuis l'épidémie de grippe ! A dans huit jours !"
Ni dans huit jours, ni jamais ; à peine vingt-quatre heures plus tard, "monsieur Camus" meurt dans le plus célèbre accident de voiture des lettres françaises.
A treize heures cinquante-cinq, ce 4 janvier 1960, la Facel Vega percute violemment un platane le long de la nationale 5, un peu au sud de Fontainebleau.
Albert Camus, 46 ans, meurt sur le coup.

Retour à Lourmarin -


A quoi sert le prix Nobel de littérature ?

A s'acheter une belle maison dans le Lubéron.
Grâce au Prix de l'académie de Stockholm, reçu en 1957, Camus devient propriétaire d'une ancienne magnanerie, ces fermes où l'on élevait des vers à soie, dans la Grand-Rue, aujourd'hui rebaptisée rue Albert-Camus.
Loin du ballet protocolaire du Nobel, des polémiques avec Sartre et des intrigues de couloirs de la maison Gallimard, l'auteur de L'Etranger revit dans ce pays de soleil et de vignes, qui lui rappelle son Algérie natale.
On le croise régulièrement au bord du terrain de football, encourageant la Jeunesse sportive de Lourmarin, ou à la terrasse du café Ollier, comme en paix avec lui-même.
"J'y ai passé quelques semaines en juillet 1959, se souvient sa fille Catherine, qui avait 14 ans à l’époque. » Il était dans son élément, en adéquation avec ce ciel, et cette terre, il s'y déplaçait avec le naturel d'un chat. »
Qui est le Camus de cette fin 1959 ?
Il travaillait au Premier Homme, ce chef-d'oeuvre sur l'Algérie, qui ne sera publié que bien plus tard, et l’on sait aujourd'hui que Malraux s'apprêtait à lui confier les clefs d'un grand théâtre public, l'Athénée ou le Récamier.
Parmi les documents retrouvés après sa mort, on découvrira un horoscope, que l'écrivain avait découpé et sur lequel on pouvait lire : "L'oeuvre donnant l'immortalité se situe entre 1960 et 1965."
Justement, Noël 1959 approche. Son épouse Francine et leurs deux enfants, les jumeaux Catherine et Jean, le rejoignent à Lourmarin pour les vacances.
On réveillonne joyeusement, treize desserts au menu, et on ouvre les paquets. "Il m'a offert une montre, car avec lui il fallait toujours que les cadeaux soient utiles", en sourit encore Catherine.
Le 2 janvier, femme et enfants prennent le train du retour, à Avignon. On sait aujourd'hui, tragique flash-back du destin, qu'Albert Camus devait lui aussi rentrer par le chemin de fer, deux jours plus tard, avec son ami René Char. Il avait même déjà acheté son billet; il ne s'en servira jamais.
Entre-temps arrivent à Lourmarin, au volant d'une Facel Vega, Michel et Janine Gallimard, accompagnés de leur fille Anne et de leur chien Floc.
Le neveu de Gaston Gallimard et son épouse sont des intimes de Camus. Michel, qui dirige la célèbre collection La Pléiade, est tuberculeux, comme Albert, ce qui crée un lien invisible entre eux.
Janine, elle, était la secrétaire du comité de lecture de la maison Gallimard, le jour de 1941 où L'Etranger fut accepté dans l'enthousiasme général.
En 1953, déjà, l'écrivain était remonté du Midi à Paris dans leur voiture, par ces mêmes routes qui allaient leur être fatales.
Car, c'est entendu, Albert Camus rentrera dans la Facel Vega de ses amis. Le trois janvier au matin, le romancier glisse donc dans sa serviette noire à soufflets son passeport, quelques photographies, le manuscrit du Premier Homme, un exemplaire du Gai Savoir, de Nietzsche, et une édition scolaire d'Othello.
On fait un dernier plein à la station Shell du village et le garagiste en profite pour se faire dédicacer son exemplaire de L'Etranger : « A monsieur Baumas, qui contribue à me faire revenir souvent dans le beau Lourmarin », écrit Camus.
Puis ce sont les adieux à la fidèle Suzanne Ginoux. Tout le monde, Michel, au volant, Janine, Anne, Camus et Floc, grimpe dans la voiture.
Oui, à dans huit jours...
Nationale 7, déjeuner à Orange, puis remontée vers la Bourgogne, discussions animées sur les velléités théâtrales d'Anne Gallimard, encouragées par Camus, Nationale 6 et, enfin, halte pour la nuit au Chapon fin, deux étoiles au Michelin, à Thoissey, un peu avant Mâcon.
Le dîner est joyeux : on célèbre les 18 ans d'Anne Gallimard.
Au matin du 4 janvier, on repart tranquillement vers Paris.
Bien qu'il aimât les puissantes voitures de sport, Michel Gallimard n'était pas, comme on l'a parfois laissé entendre, un "fou du volant". Il goûtait la mécanique et roulait beaucoup.
Tout juste son ami Albert devait-il parfois le tempérer d'un : "Eh, petit, on n'est pas pressés", comme le confiera Janine Gallimard au biographe de Camus, Herbert R. Lottman.
Les amis s'arrêtent à Sens pour un bref déjeuner à l'hôtel de Paris et de la Poste. Puis c'est la Nationale 5 jusqu'à Paris, autre signe du destin, la construction de l'autoroute du Sud, qui aurait peut-être pu éviter le drame, commencera cette même année 1960.
Camus est assis sur le siège passager, sans ceinture de sécurité, car non obligatoire à l'époque, les deux femmes sont à l'arrière.
La voiture vient de passer Champigny-sur-Yonne et aborde une longue ligne droite bordée de platanes.
Que s'est-il exactement produit à cet instant ?
La Facel Vega sort de la route, frappe de plein fouet un premier arbre puis rebondit treize mètres plus loin sur un second platane, autour duquel le châssis s'enroule.
Les débris de la voiture, littéralement coupée en deux, sont éparpillés sur des dizaines de mètres, comme en témoigne une saisissante bande d'actualités, visible sur le site de l'INA.
Les gendarmes, qui penchent pour un pneu éclaté et, sans doute, une vitesse excessive, relèvent une trace de soixante-trois mètres de long. On n'a, semble-t-il, signalé aucun autre véhicule ni obstacle imprévu à proximité du drame.
La tête d'Albert Camus est passée à travers le pare-brise arrière. Il est mort sur le coup, selon le médecin qui l'examina.
L'écrivain Emmanuel Roblès, qui veillera le corps cette nuit-là à la mairie toute proche de Villeblevin, dira :
"Sous la lumière d'une lampe nue, il avait le visage d'un dormeur très las."
Michel Gallimard, qui souffre notamment d'un éclatement de la rate, saigne abondamment, transporté d'urgence dans un hôpital, il mourra six jours plus tard.
Les deux femmes sont miraculeusement indemnes. Floc le chien a disparu.
Des décombres, maculée de boue, on extrait la serviette d'Albert Camus. A l'intérieur, les 144 feuillets du Premier Homme. Ce chef-d'oeuvre, sur sa mère, et son Algérie natale, ne paraîtra que bien plus tard, en 1994.
Pour tous les amoureux de Camus, le choc provoqué par ce dernier livre sera immense. Avec lui, l'écrivain accède encore un peu plus à l'immortalité.
Son horoscope ne s'était pas trompé.
Entre mai 1955 et juin 1956, Albert Camus a publié trente-cinq articles, souvent consacrés à l'Algérie, dans les colonnes de « l’Express ».


Jérôme Dupuis. Extrait « L’Express » du 4 janvier 2010.
Texte Proposé par Aron O’Raney

C’est Curieux, Se Dit Le Guerrier...



« C’est curieux, se dit le guerrier de la lumière.

J’ai rencontré tant de gens, qui à la première occasion,

Tentent de montrer le pire d’eux-mêmes.


Ils cachent leur force intérieure derrière l’agressivité ;

Ils masquent leur peur de la solitude,

Sous un air d’indépendance.


Ils ne croient pas en leurs propres capacités,

Mais passent leur temps à proclamer,

Aux quatre vents leurs qualités. »



Le guerrier lit ces signes,

Chez nombre d’hommes et de femmes, de sa connaissance.


Il ne se laisse jamais abuser par les apparences,

Et s’efforce de rester silencieux,

Quand on cherche à l’impressionner.


Mais il saisit la moindre occasion,

De corriger ses défauts,

Puisque les autres sont toujours,

Un bon miroir de nous-mêmes.


Un guerrier profite de toutes les opportunités,

Pour devenir son propre maître.




Paulo Coelho. Extrait 30 du « Manuel du Guerrier de la Lumiére ».


Texte Proposé par Aron O’Raney

Partir



il n’y a de repos, que pour celui qui part,
partir partir partir,
pour arriver au même point,
partir partir partir,
pour arriver enfin à soi,

écouter battre la vie encore,
cent trois mille six cent quatre-vingts fois par jour,
écouter le battement du cœur du monde, recommencer de battre,
deux cent quatre-vingts mille fois par nuit,
partir partir partir


on fait tellement de détours
pour aboutir au même point


le chemin jamais ne bouge
mais le voyageur avance
vers son destin


tandis que les autres s’en vont
par monts et par vaux
au-delà des montagnes et des océans
par terre par eau et par vents


partout au bout du monde
n’importe où comme ailleurs
est-ce celui qui s’en va
est-ce lui qui s’en vient
qui est sur le droit chemin


Il n’y a de repos que pour celui qui marche
en ce monde ou hors de ce monde



Raôul Duguay
Texte Proposé par Aron O’Raney

Naissance De La Religion Taoïste


Le Taoïsme, (II-IV)
De ces courants de pensée spiritualistes ou matérialistes naquit, au IIe siècle apr. J.-C., la véritable religion taoïste.
La Voie de la Paix, secte fondée par Gan Zhongke

Déjà, un siècle auparavant, était apparue une secte fondée par Gan Zhongke, la Voie de la Paix, dont le substrat théorique était un ouvrage dénommé le Classique de la Paix.
Accusé de fomenter des troubles, son initiateur fut mis à mort par les autorités.
Mais le martyr avait eu le temps de faire des adeptes, et un second souffle enflamma bientôt les sectateurs, lesquels en vinrent à soutenir la grave rébellion des Turbans jaunes qui fit vaciller le pouvoir (184).

La secte des Cinq Boisseaux de Riz

Vers la même époque, une nouvelle secte, celle des Cinq Boisseaux de Riz, qui avait pour initiateur le « maître céleste » Zhang Daoling, connut un grand essor.
Une lourde hiérarchie ordonnait les fidèles, et les sectateurs taoïstes en vinrent à défier le trône en créant un État religieux indépendant (190).
C'est dans le sillage de cet essor spirituel que fut fondé à Longhushan, dans la province du Jiangxi, un des plus célèbres hauts lieux du taoïsme.

Prolifération des sectes

La religion taoïste se répandit en Chine du Nord sous la protection d'aristocrates, puis ses sectes proliférèrent dans le Sud.
Du IIIe au VIe siècle, les troubles politiques qui secouaient le pays favorisèrent cette religion :
La morale confucianiste paraissait tout à fait inopérante pour restaurer l'ordre parmi les hommes et les provinces déchirées.
Par ailleurs, en période de crise, le mysticisme taoïste convenait à beaucoup, d'autant que des textes nouveaux consacrés à la spiritualité ou à l'alchimie enrichirent encore cette doctrine, qui en arriva à se confronter au bouddhisme.
Sous l'influence de Tao Hongjing (456-536), on assista même à une tentative de syncrétisme mêlant taoïsme, bouddhisme et confucianisme.
Source : Chine-Informations
Texte Proposé par Aron O’Raney

Franc-Maçonnerie Et Confréries Soufies




Au tout début du XVe siècle, une forme de sociabilité prémaçonnique originaire du midi de la France – l'Ordre de la Grappe – est apparue à Istanbul dans le milieu des marchands français et s'est trouvée très rapidement apparentée par les Turcs à leurs confréries soufies.

La même attitude a été adoptée face à la franc-maçonnerie à Istanbul, en Anatolie et même dans les provinces arabes de l'Empire, en particulier en Égypte. Réci­proquement, les confréries soufies ne laissaient pas les francs-maçons indiffé­rents.

Un intellectuel juif égyptien, James Sanua, soulignait, au début du xxe siècle, que les confréries de derviches méri­taient d'être étudiées de plus près parce qu'elles présentaient plusieurs parentés avec la franc-maçonnerie.

De même, J. P. Brown, Grand Maître de la Grande Loge Provinciale de Turquie « Grande Loge d’Angleterre » basée à Istanbul, et orientaliste spécialisé dans l'étude du soufisme, a écrit que les derviches de la confrérie mélami « se considéraient qua­siment comme des francs-maçons et qu'ils étaient tout disposés à fraterniser avec ces derniers ».

En 1867, cette confré­rie avait la réputation, d'après Brown, d'être une association de « francs-maçons musulmans ».

Dès le milieu du XIX ° siècle, plusieurs membres de confréries religieuses (appe­lées tariqa, « voie », en islam) avaient épousé les idées du siècle sous la férule de quelques cheikhs éclairés.

Leur projet était social, politique et religieux, et puis­que sa réalisation passait par une colla­boration avec des Intellectuels ou des politiques occidentaux, quoi de plus naturel que de s'intéresser à la « confrérie » des penseurs occidentaux, à ce qui s'appa­rentait le plus à leur tariqa, avec ses rites et ses secrets, c'est-à-dire à la franc-ma­çonnerie.

Il fallait pour ces soufis être ins­truit sur les usages et les secrets de cette tariqa occidentale, à la seule différence que ces secrets étaient de l'ordre du phi­losophique et du social plutôt que reli­gieux et mystiques (secrets de la réussite politique et technologique de l'Occi­dent...).

La spiritualité n'en était pas ab­sente mais elle n'était pas prioritaire pour la plupart d'entre eux. Le rapprochement entre les deux ordres est net ; les francs­-maçons sont, pour les Ottomans et les Arabes, les soufis de l'Occident ; d'ail­leurs, dans les rituels maçonniques tra­duits en turc, on relève, entre autres, que le mot « rite » dans l'expression « Rite Écossais Ancien et Accepté » a été tra­duit par le mot tariqat, ce qui donne « Ta­riqa Écossaise ancienne et acceptée » (Is­koçya fariqat-i qadime ue makbule).

D'un autre côté, les traducteurs des rituels s'étaient inspirés des manuels du compa­gnonnage musulman (futuwwah chez les Arabes ; ahilik chez les Turcs), forte­ment marqués par la mystique soufie, pour rendre de la manière qui leur sem­blait la plus fidèle certains termes maçon­niques français.

À noter qu'en Iran aussi la terminologie du soufisme a facilité la traduction en persan des rituels maçonni­ques.

Les raisons pour lesquelles la franc­-maçonnerie et les confréries soufies ont été apparentées s'expliquent également par l'existence de plusieurs points com­muns et d'analogies, sur le plan symboli­que comme philosophique.


Le fait que ce sont surtout les membres de la confrérie soufie des Bektachis qui sont allés vers la franc-maçonnerie repose sur quelques particularités propres à cette confrérie qui la distinguent des autres Ordres soufis comme la Naqchbandiyya, la Qadirirya ou la Chaxlliyya.

La cérémonie d'initia­tion chez les Bektachis est ce que l'on peut appeler une véritable cérémonie d'initiation avec mort simulée et résurrec­tion, à l'image des mystères* de l'Anti­quité et de la cérémonie du degré de maître dans la franc-maçonnerie.

Cela distingue la confrérie des Bektachis des autres confréries où l'initiation consiste généralement dans la transmission de la technique de prononciation des prières répétitives (dihkr).

D'autres ressemblan­ces, sur le plan des symboles, entre ces deux confréries ont parfois amené leurs membres à s'entraider.

Autre point com­mun entre ces deux ordres, la confrérie des Bektachis est une société secrète qui n'admet dans ses assemblées que des membres de l'Ordre, à la différence en­core des autres confréries dont les réu­nions sont ouvertes à tous les musulmans et même aux non-musulmans.

Enfin, la nécessité de conserver le secret de ce qui aura été vu et entendu en assemblée est un des grands principes de cet Ordre soufi, comme en franc-maçonnerie.

Une tolérance, inhabituelle en islam et dans les Ordres mystiques en général à l'égard des autres religions, caractérise aussi la confrérie des Bektachis.

Cela n'a pas été sans provoquer la fureur de nombreux hommes de religion « mollah », prompts à dénoncer l'hérésie d'une telle organisa­tion.

Ainsi, comme les francs-maçons, les Bektachis ont été accusés d'être des athées. Un auteur français, de passage dans l'Empire, en 1899, disait des mem­bres de cette confrérie qu'ils étaient « sceptiques, épicuriens, très jaloux du pouvoir, un peu socialistes, mais par ail­leurs désintéressés et philanthropes ».

Quant à Riza Tevfik, Grand Maître du Grand Orient Ottoman et poète bektachi, il écrivait que « cet Ordre de derviches est le plus libéral parmi tous les autres Ordres ésotériques ».

On signalera en outre le séjour en Tur­quie, entre 1908 et 1913, d'un certain Ru­dolf Freiherr Sebottentorf, occultiste alle­mand membre de la Société de Thulé, qui fréquenta, à cette occasion, les loges maçonniques turques et les assemblées de Bektachis.

Mais ce dernier ne nous donne pas, dans son étrange ouvrage – La Pratique opérative de l'ancienne franc-maçonnerie turque (1924) –, un pa­norama fidèle de ce qu'était cette confré­rie soufie.

Il semble que Sebottentorf se soit employé à construire un système nouveau à l'intention des seuls Occiden­taux ; on lui attribue aussi la constitution d'une « loge mystique » à Istanbul où il dénonçait l'état de décadence de la franc-maçonnerie moderne.

Plusieurs tentatives de fusion entre la franc-maçonnerie et les confréries soufies sont apparues dans l'Empire ottoman et en Iran au tournant du siècle : la première a donné, en Iran, en 1899, l'organisation Andjouman-i Oukhoumwat dissoute en 1979 par la République islamique d'Iran ; la seconde tentative, qui fut de courte durée (1920-1925), a vu la naissance, en Turquie, de la Tariqat-i salahiyye*.

Enfin, il importe de noter que la vision de la franc-maçonnerie comme tariqa occi­dentale n'a pas totalement disparu avec l'effondrement de l'Empire et la nais­sance de la Turquie moderne (1923).

On sait que parmi les premières mesures an­ti-religieuses prises en 1925 par Atatürk se trouvait la suppression des confréries soufies.

Cette mesure est encore en vi­gueur aujourd'hui en dépit des protesta­tions des musulmans. Or, en 1977, dans un quotidien turc, des religieux ont exigé pour leurs tariqat le même droit, c'est-à­-dire la liberté, que celui qui avait été oc­troyé, en 1948, par la République d'Ata­türk à la société qu'ils considéraient comme leur équivalent, la franc-maçon­nerie : « Les loges (dergah) de l'islam sont encore fermées, mais celles des francs­-maçons sont ouvertes, laissez donc le soufisme s'épanouir en toute liberté. »


Source Documentaire : Encyclopédie de la franc-maçonnerie – Auteur  Thierry Zarcone –
Source Documentaire : http://averroes-roubaix.org


Texte Proposé par Aron O’Raney

Au Coeur Du Soufisme



Dans le Soufisme comme dans la Maçonnerie, il y a une multitude de courants d'importance diverse, échelonnés entre les débuts de l'lslam c’est à dire le 7e siècle et l'époque actuelle.

Certains courants n'ont eu qu'une existence éphémère,et d'autres vivent encore.

Le Soufisme est né en Irak au 10e siècle.

Les soufis, auparavant dispersés dans l'ensemble du Proche-Orient, commencent à former des écoles autour de quelques maîtres de Bagdad et de Bassora.

Les thèmes qui relèvent de l'expérience mystique sont alors développés publiquement, puis consignés en des traités.

Les premières confréries Soufies proprement dites apparaissent au 12e siècle. Elles deviendront la forme dominante du Soufisme jusqu'à l'époque moderne.

Il existe deux sortes de confréries : confréries de cour et d'aristocrates, telles que les MEVLEVIS d'Anatolie fondée par AL ROUMI et des confréries plus populaires telles que le RIFA'IYYA de BABYLONIE fondée par AHMAD AL-RIFA'I.

Certaines, nées à cette époque, subsistent encore aujourd'hui à travers des ramifications multiples telles que la QADIRIYYA de Bagdad fondée par ABD AL-QADIR AL-DJILANl mort en 1166 et dont le tombeau à Bagdad est un lieu de pèlerinage des Soufis aujourd'hui encore.

Le Soufisme est d'abord l'expérience du vécu individuel des questions qui nous brûlent l’esprit, pour tout ce qui est de l'énigme de la vie et de ses racines, si lointainement implantées dans les ténèbres de notre origine.

Et ceci présuppose au moins un pressentiment de la possibilité d'une perception intérieure directe, pressentiment qui pourrait devenir germe d'inspiration.

Voici près de mille ans, un grand Soufi disait du Soufisme qu'il était une « saveur », parce que son but et sa fin pourraient se définir comme la connaissance directe des vérités transcendantes, sa nature est en effet plus comparable aux expériences des sens qu'une connaissance procédant du mental.

Le Soufisme, se réclame des temps les plus anciens puisqu’il concédait que Adam était un initié, par ailleurs selon les Soufis l'usage du sceau de Salomon est une des clefs pour l'interprétation de nombreux textes dont le sens a échappé à la compréhension de ceux qui ignorent les lois du symbolisme.

Le Soufisme lui-même de par sa nature est un peu comme une énigme.

La racine arabe « çouf » qui comprend les trois lettres « çâd-fâ-wâw-fâ » a comme sens de base « pureté ».

Elle possède selon la science des lettres une identité secrète avec la racine « çfou » qui s'écrit « çâd-fâ-wâw », qui a pour sens de base « pureté » et désignant ce qui a été passé au tamis, pour séparer les graines de la balle.

En outre, il découle de cette racine une forme verbale qui, si on l’écrit sans voyelle comme cela se fait couramment en arabe, est en apparence identique à « çûfi » et signifie « il a été choisi comme un ami intime ».

Cependant les Soufis parlent le plus souvent d'eux-mêmes en disant les Pauvres « al-fuqarâ ». La pauvreté, dans le sens de savoir, a pour eux un pouvoir alchimique en tant que vide demandant à être comblé.

Les premiers Soufis portaient des vêtements en laine. Or, la science des symboles nous indique que le mouton a toujours été spécialement consacré au soleil ; ainsi, en portant un vêtement de laine on revêt la robe de cet « éveil du cœur » symbolisé par la lumière du soleil et constituant l'aspect central de tout ce que le Soufi entreprend de reconquérir.

Les soufis justifient le port de la robe de laine, en affirmant qu'elle a été l'habit des prophètes « nabi » d'avant Mahomet, et notamment celui de Moîse « Moussa », et de Jésus « Isa ».

Le Soufisme s'appuie également sur des valeurs Gamtatriques « numériques ».


Dieu possède dans la langue arabe « 99 » noms allant de l'éternel en passant par le grand, le fort, le puissant, le miséricordieux, etc....

Les Soufis disent que la totalisation de « 99 », « 9 » plus « 9 », donne « 18 », « 1 » plus « 8 » donne « 9 », et la multiplication de « 9 » par « 9 » donne « 81 ».

« 8 » plus « 1 » donnant « 9 », la soustraction du premier et du deuxième donne « 0 » qui se dit « sifr », en arabe, ce qui signifie littéralement « néant », d'où la recherche soufique permanente auprès de la divinité, car les lois de la nature et de la physique ne reconnaissent pas le néant.

« Fais-moi entrer, ô Seigneur, dans les profondeurs de l'océan de ton unité infinie ». L'océan est souvent utilisé comme référence symbolique du terme vers lequel conduit le chemin Soufi.

De temps à autre, une révélation entre guillemets « flue » comme un grand flot de marée venant de l'Océan d’infinitude, vers les rives de notre monde fini ; le Soufisme est la vocation, la discipline et la science, permettant de se plonger dans le reflux de l'une de ses vagues, et d'être ramené avec elle à sa source éternelle et infinie.

Il n'y a qu'une seule eau, mais deux Révélations selon les nécessités particulières de temps et de lieu. Elles peuvent être reçues de manière différente :

•les croyants dogmatiques sont dans leur grande majorité concernés exclusivement par l’eau, qui constitue l'aspect formel de la religion.

•Les Soufis se préoccupent de l’eau, laissée à découvert par la vague lors du reflux.

Pour les Soufis le corps ne saurait refluer, c'est-à-dire revenir vers sa source primordiale, avant la résurrection.

Quant à l'âme, elle doit attendre la mort du corps ; jusque-là, elle est, bien qu'immortelle, emprisonnée dans le monde mortel.

A la mort du grand Maître Soufi Ghazâlî, au 11e siècle, on trouva sous sa tête un poème qu'il avait écrit durant sa dernière maladie :

« Je suis un oiseau :
ce corps était ma cage,
mais je me suis envolé,
Le laissant comme un signe. »

Chez les grands Soufis, quelque chose de plus essentiel que l'âme, qui doit attendre la mort pour parvenir à la liberté, avait déjà reflué, et ceci malgré leur corps « cage », je veux dire AL-BARAKA.

Le centre de connaissance, l’Océan, est aussi bien au dedans qu’au-dehors, et le Târîka Soufi (la méthode Soufie)est un éveil progressif, comme si l'on « reculait » en direction de la racine de son Etre ; c'est un "ressouvenir" du Soi Suprême qui transcende infiniment l'Ego humain, et qui n'est autre que les profondeurs vers lesquelles la vague reflue.

Les âmes sont comme des arbres.

Celui qui se distingue des autres est celui qui, comme disent les Hindous est « libéré vivant » ; il a réalisé ce que les Soufis appellent la « Station Suprême » ; et le Soufisme est une voie et un moyen de prendre racine, à travers la « porte étroite » qui est dans la profondeur de l'âme, dans l'Esprit pur qui débouche lui-même dans la divinité.

Le Soufisme exige que l'âme se dépouille des limitations de l'homme, de ses habitudes et de ses préjugés qui étaient devenus une « seconde nature », et se couvre des caractéristiques de la nature primordiale de l'homme, c'est-à-dire la pureté, la sincérité, la générosité, etc....

Le Soufisme comme la Maçonnerie comporte des grades et des degrés d'initiation débutant par l'apprenti « Talib » qui en suivant un long et difficile parcours initiatique deviendra un aspirant « Murîd ».


Celui-ci passera par des « Maqâmat », étapes d'initiations successives, accédera à la dignité de « Murshid », directeur spirituel, guide des disciples, collaborateur du maître, gardien des règles et rites.

Le moment venu, toutes les épreuves surmontées, le maître confère l'investiture au « Murshid » pour devenir un « Cheikh », maître possédant la « baraka » et le secret de la science divine « al-ma'rifa ».

A ce stade-là, il est dit que le maître sait distinguer l’homme « son maître passé » de son enseignement, s'attacher à la valeur propre de cet enseignement, et non pas du comportement du maître.

Il lui appartient alors de vérifier sur lui-même l'enseignement qu'il reçoit, sans s'attarder à en juger l'auteur.

Le rite d'initiation Soufi, prend la forme d'une investiture : un manteau « Khirqah » est placé par le maître sur les épaules de l'initié il lui confère un pouvoir temporel rappelant la cape.

Un autre symbole Soufi est celui du « Silsila », la chaîne : au moment du serment, le « cheikh » maître tend son rosaire au récipiendaire ; celui-ci en saisit l'autre extrémité qu'il tient pendant la prononciation de la formule d'initiation.

Le lien de la chaîne spirituelle permet à l'initié de progresser le long du chemin, la traction de la chaîne, transcende les efforts du voyageur, lesquels sont pourtant nécessaires pour la rendre opérante.

L'humain entre dans ce monde par une porte cosmique.

Pour éviter de refluer par la même issue, sa petite vague individuelle doit atteindre, le point culminant de la grande vague et pour cela, il a le pouvoir de jeter une chaîne traçant une lignée spirituelle, remontant jusqu'à la verticalité divine de son initiateur.

Après l'initiation, le novice prend le genre de Vie de l'Adepte, qui consiste à anticiper sur la fin, c'est-à-dire la mort physique ; ce qui l'amène par la puissance de la « Tariquah » à devenir un membre central « Salik », ce qui signifie voyageur.

Le Soufi prend alors un sac, avec un morceau de pain, un papier et une plume. Il voyagera à travers les pays afin de rencontrer les Savoirs, mais les Soufis entendent aussi par voyage, l'approfondissement intérieur ou le reflux du soi fini, en direction de son principe divin.

Le Soufisme considère que l'homme étant un exilé, c'est seulement à partir du centre de l'état terrestre, c'est-à-dire au degré de la perfection humaine, qu'il est possible d'avoir accès aux états de l'Etre supérieur.

Le Soufisme enseigne que l'on ne peut exister à l'encontre de l'Etre, ni penser à l'encontre de l'Intelligence ; il nous faut accorder nos rythmes à ceux de l'Infini.

Quand nous respirons, une partie de l'air est assimilée, I'autre est rejetée, il en est de même pour la résorption de la manifestation universelle, et le but suprême du Soufisme est d'être « Inspiré » par la divinité et réabsorbé, donc de ne plus être expiré par la suite.

L'approche Soufi du Coran est très Symbolique et intérieure, contrairement aux musulmans, car si l'on se pose la question : Quelle est la forme prise par le flot de la marée, la réponse est un Livre « le Coran ».

Les Soufis parlent de chercher à se noyer « istighrâq », mais en réalité ce qu'ils cherchent c'est l'extinction « fanâ » du créé dans I'Incréé, du temporel dans l'Eternel, du fini dans l’infini.

Pour certains Soufis, la récitation du Coran a constitué le principal moyen de Concentration, notamment en Inde et en Afrique occidentale. Même s'ils savent très peu d’arabe, et si l'on objecte à cela qu'une telle récitation, ne saurait avoir sur l'Ame qu'un effet fragmentaire, étant donné que l'intelligence des récitants ne peut y participer; on répondra que leur Intelligence est pénétrée par la Conscience de participer à la Parole Divine.

Par ailleurs, beaucoup d'écoles Soufis libèrent leurs adeptes des pratiques de la doctrine musulmane, ce qui leur a valu persécutions voire même exécutions sommaires, sous prétexte d'hérésie et d'infidélité, car les Soufis croient pouvoir approfondir le sens des paroles divines, par une herméneutique de l’intériorité, grâce à une expérience spirituelle toute intuitive et illuminative, qu'ils vivent parfois jusqu'à l'extase.


Al-HALLAJ disait :

« Je ne préfère aucune doctrine déterminée »...

L'intrusion du Soufisme dans la pensée religieuse d’alors va susciter des réactions. D’où des procès à la fin du 9e siècle.

Le Grand Maître Al-Halladj va accentuer ces réactions, lorsqu'il rendra public certains propos ; telle la fameuse locution :

« Je suis vérité, c'est-à-dire Dieu ».

Al-Halladj décrit ce processus de Bassora du mot Dieu qui s'accomplit dans l'intimité d'une union d'amour en disant :

« J'ai en moi un ami, je le visite dans les solitudes, présent même quand il échappe aux regards... C’est comme si j'étais devenu l'interlocuteur de moi même... Présent, absent, proche, éloigné, insaisissable aux descriptions par qualités, Il est plus proche que la conscience pour l’imagination, et plus intime que Bassora des inspirations » AL-Halladj fut emprisonné une dizaine d'années avant d'être jugé puis crucifié en 909.

La fin tragique de Al – Halladj mettait un point final à la mystique de la rupture, c'est-à-dire de l'abandon du matériel.

Les survivants du mouvement se rendirent soit en Irak soit en Iran.

Depuis ils se cantonnent dans une discrétion, qui consiste à ne tenir de propos d'une haute spiritualité, qu'à ceux qui sont préparés à les entendre, donc des Initiés.

« O toi, âme apaisée, retourne vers ton Seigneur, satisfaite et agréée ; entre parmi Mes serviteurs ; entre dans Mon Paradis ».

A ces propos coraniques un grand Soufi dit :

« Je suis entré en me laissant au-dehors. »

En effet, puisque rien ne saurait être ajouté au Paradis de l'infini, ne peut y entrer que rien.

Le Cœur ou plutôt la Vision du cœur est l'un des plus importants symboles Soufi « Ceux qui ont des cœurs ».

Cette formule un peu énigmatique montre que la perspective est en accord avec celle de tout le monde antique, aussi bien de l'Orient que de l'Occident, lorsqu'elle attribue la faculté de vision au cœur, et qu'elle mentionne celui-ci pour désigner, non seulement l'organe corporel de ce nom, mais aussi le centre de l'âme auquel il donne accès, alors que ce centre sert lui-même de passage vers un « Cœur » plus élevé, l’Esprit.

Ainsi le « Cœur » est-il souvent synonyme d'« intellect » dans le plein sens du latin « intellectus », nom de la faculté permettant de percevoir le transcendant.

Martin Lings explique très bien ce point en soulignant que :
Si le corps dans son ensemble est « horizontal » en ce qu'il est limité à son propre plan d'existence, le cœur possède, en plus de cela, une certaine verticalité du fait qu'il est l'extrémité inférieure de l'axe vertical, venant de la Divinité elle-même, et passant par les centres de tous les degrés de l'univers.

Selon la doctrine soufi, toute vie est divine.

Le cœur physique reçoit la vie de la Divinité et l'épanche dans le corps, dans la direction opposée.

Le cœur physique peut servir de foyer de concentration à toutes les forces de l'âme qui aspirent à l'infini.

Le Grand Maître Soufi Al-Hallâj dit :

« J'ai vu mon Seigneur par l'oeil du Cœur. Je dis : Qui es-tu ? Il répondit : TOI ».

Le Cœur est l'isthme « barzakh » qui sépare les deux mers, qui représentent le Ciel et la terre, l’agréable mer d'eau douce étant le domaine de l'Esprit, et la mer salée et amère celui de l'Ame et du corps :

La lune transmet indirectement la lumière du soleil à l'obscurité de la nuit ; et, semblablement, le Cœur transmet la lumière de l'Esprit à l'obscurité de l'âme.

En un mot la vision du Cœur c'est « Avoir un pressentiment de ses états supérieurs ».

René Guénon devenu également Soufi, considère ce pressentiment comme un motif valable, pour chercher à s'engager dans une voie spirituelle, et comme critère de qualification pour une telle voie. La manifestation de ce pressentiment est le sens si reculé soit-il, est ce que Guénon appelle « I'identité Suprême », une sorte d'avant-goût de la vérité, qui rend au mot Saveur toute sa dimension de la connaissance directe du Cœur, par opposition à celle du mental.

L'harmonie de l'Univers dépend parallèlement des similitudes et des différences, non seulement entre les individus, mais aussi entre les mondes.

Il est ainsi possible de parler de mariage « du ciel et de la terre » ; la réflection d'un objet est l'image fidèle, mais inversée de I'objet lui-même, ce qui est le prototype naturel du sceau de Salomon, de la perfection Zenitho-Nadiral active et passive.

« Détends ton esprit, et apprends à nager. »

Voici le terme le plus approprié, à mon sens, qu'un maître Soufi doit dire à son élève ; en d'autres termes, libère ton mental de telle sorte que ton âme, ayant perdu pieds, puisse expérimenter les mouvements spontanés de l'intuition.

Si tu es dans un état de perplexité, prends soin de ne pas te cramponner à quoi que ce soit, de peur que tu ne fermes de ta propre main, la porte de la nécessité, car cet état prend pour toi, la place du Nom Suprême.

Le message du soufisme, est celui du miracle de l’union, entre l'âme individuelle et l'Absolu de la nature divine.

L'homme reçoit la révélation et peut déployer son âme.

Ce déploiement se fait dans l'extase, la dissolution de l'ego et du soi.

Touchant alors directement tout être et toute chose, l'âme de l'individu devient conscience divine.


Source: www.ledifice.net
Texte Proposé par Aron O’Raney