Mon Ami,



 Mon ami, je ne suis pas ce que je parais. L’apparence n’est qu’un vêtement que je porte — un vêtement, tissé avec soin, qui me protège de tes questionnements et te protège de ma négligence.
Le « je » en moi, mon ami, habite la maison du silence, et il y restera à jamais, inaperçu, inabordable.
Je ne veux pas que tu croies en ce que je dis, ni que tu aies confiance en ce que je fais — car mes paroles ne sont autres que tes propres pensées en sons, et mes actes, tes propres espoirs en action.
Quand tu me dis: « Le vent souffle vers l’Est. » Je te dis : « Certes, il souffle bel et bien vers l’Est. » Car je ne veux pas que tu saches que mon esprit ne s’attarde pas sur le vent, mais sur la mer.
Tu ne peux pas comprendre mes pensées navigatrices, et je ne veux pas que tu les comprennes. Je voudrais être seul en mer.
Lorsque c’est le jour pour toi, mon ami, c’est la nuit pour moi ; même si alors je parle de l’heure de midi qui danse sur les collines et de l’ombre purpurine qui se faufile à travers la vallée. Car tu ne peux pas entendre les chants de mon obscurité, ni voir mes ailes battre contre les étoiles — et cela me réjouit que tu ne puisses pas les entendre ni les voir. Je voudrais être seul avec la nuit.
Quand tu montes vers ton Ciel, je descends vers mon Enfer — même si tu m’appelles à travers l’infranchissable gouffre : « Mon compagnon, mon camarade » et que je te renvoie : « Mon camarade, mon compagnon » —, car je ne veux pas que tu voies mon Enfer. Sa flamme te brûlerait la vue et sa fumée: ombrerait tes narines. Et j’aime trop mon Enfer pour te permettre de le visiter. Je voudrais être seul en Enfer.
Tu aimes la Vérité, la Beauté et la Droiture ; et par égard pour toi, je te dis qu’il est convenable d’aimer ces choses. Mais dans mon cœur, je ris de ton amour. Pourtant je ne veux pas que tu voies mon rire. Je voudrais rire tout seul.
Mon ami, tu es bon, prudent et sage. Que dis-je ? Tu es parfait — et moi aussi, je te parle avec sagesse et prudence.
Et pourtant je suis fou. Mais je masque ma folie. Je voudrais être fou tout seul.
Mon ami, tu n’es pas mon ami. Mais comment ; te le faire comprendre ? Mon chemin n’est pas ton Chemin, bien qu’ensemble nous marchions, la main dans la main.
Khalil Gibran.
Le Fou. (The Madman) New  York City, 1918.
Texte proposé par Oraney.

La Non-Violence Du Cœur

II est difficile de parler de la non-violence, encore plus d'en vivre.
Elle ne saurait se définir par le seul refus de la violence.
Elle ne se réduit pas à une stratégie et à des techniques.
La non-violence est un esprit qui puise toute sa sève dans les Béatitudes du Sermon sur la Montagne :
Elle est respiration du cœur, elle témoigne de la foi en la victoire de l'amour.
Selon le mot d'Olivier Lacombe, Gandhi a forcé les chrétiens à se souvenir que l'Évangile est efficace.
Le non-violent se tient éveillé au milieu des hommes résignés à une violence omniprésente.
Face à toutes les provocations brutales ou sournoises de la violence,
Le non-violent mobilise les forces de l'esprit.
Par l'oubli de soi, il rappelle le lien de fraternité que l'adversaire méprise en ne pensant qu'à lui-même.
Il n'y a rien de plus désarmant que de tendre la joue gauche à celui qui vous soufflette la joue droite ;
car, alors, on coupe court aux arguments de l'agresseur,
On rend sa pression plus difficile et plus odieuse,
Sa colère fait place à la stupeur et la stupeur à la réflexion...
Les bras lui en tombent.
La non-violence est surtout dans le cœur, un cœur qui reconnaît son propre péché
Et ne cesse de se purifier par le jeune et la prière,
Les deux seules armes capables de chasser le démon de la violence.
Cardinal Roger Etchegaray
Texte proposé par Oraney.

Le Petit Panier ….


L'autre jour, je me posais une question. que vais-je laisser derrière moi lorsque je partirai ?

Sur le coup, je n'eus pas de réponse.
Mais le lendemain matin, j'ai senti quelque chose, dans ma main gauche.
C'était un petit panier.
Dedans, il y avait des regrets, Des...  J'aurais dû, Des...  Si j'avais su...
Ce panier que je portais, Était complètement inutile.
A quoi servent tous ces regrets ?
Aussitôt, je l'ai laissé tomber, Et il a disparu à tout jamais.
Peu de temps après,
J'ai senti quelque chose dans ma main droite.
C’était un autre petit panier.
En regardant de plus près, j'ai vu des choses, Que j'avais reçu, déposée, tout au long de ma vie…
Des sourires, Des caresses,
Des gestes, Des mots d'amour, De belles réunions,
Des repas, Des appels téléphoniques, Des regards...
Et j'en passe !...
Il y en a pour tout le monde, Du plus petit au plus grand.
Il est tout petit mon panier, Mais il est unique et il est à moi.
Je continue à le remplir, Avec beaucoup de joies.
Je l'appelle mon panier de gestes d'amour.
Bonne journée !
Source : Auteur inconnu.
Texte proposé par oraney.



La Vie Et La Mort Selon La Pensée Chinoise


Faut-il craindre la mort ?
Comment vivre sa vie au mieux ?
Voilà deux questions essentielles sur lesquelles se sont penchés les philosophes chinois. Leurs conclusions donnent lieu à la réflexion…
« Être, ou ne pas être, voilà la question… » pour Hamlet et la majorité des gens qui, règle générale, tiennent à la vie et craignent la mort. Dans beaucoup de cultures, aborder le sujet de la mort reste un sujet tabou dans les conversations de tous les jours. Mais ce n'est pas le cas pour les Chinois. Pour eux, la vie et la mort est un sujet de conversation courant.
L'approche pragmatique des Chinois est illustrée dans les dictons : La vie humaine n'est rien d'autre qu'une étape au cours de laquelle le soleil et la lune fonctionnent comme deux projecteurs ; nous vivons nos vies de la même manière que l'herbe traverse les saisons du printemps à l'automne; rien ne distingue le vieux et le jeune dans sa route vers la tombe; On n'a pas à se réjouir de la vie, comme on n'a pas à se sentir contrarié par la mort.
Ces adages illustrent la croyance voulant que l'homme naisse pour mourir et que la vie soit simplement un voyage du sein au tombeau, un processus naturel régi par une loi objective. Et de cette dernière, personne ne peut faire fi ou s'échapper.
Quels que soient les efforts que quelqu'un puisse déployer, chacun meurt à un moment donné. Rien d'autre ne peut être fait : il faut suivre le processus naturel de la naissance à la mort. L'herbe pousse au printemps comme la prime jeunesse et se flétrit à l'automne comme le début du vieil âge.
Tout cela peut sembler sinistrement réaliste, voire pessimiste, mais c'est néanmoins une attitude admise et largement partagée par les Chinois. La conscience de la nature inéluctable de la mort leur permet d'y faire face avec philosophie. Voir la vie humaine comme une facette de la nature et le cycle de vie de l'herbe comme reflétant le leur est en réalité une attitude optimiste, car celle-ci dissipe la crainte de la mort elle-même.
Les origines de cette attitude
Cette philosophie naturaliste sur la vie et la mort s'enracine dans le taoïsme. Son fondateur Lao Zi (Lao-tseu) perçoit la vie et la mort comme un phénomène naturel, la vie ne devant pas être surévaluée, et la mort, redoutée. Il dit, d'une façon ne laissant prise à aucun doute :
L'homme arrive vivant dans le monde et mort dans la terre.
Trois sur dix vivront longtemps.
Trois sur dix vivront peu.
Et trois sur dix essaieront de vivre longtemps, mais mourront prématurément.


Et pour quelle raison ?
Parce qu'ils vont trop chercher à préserver la vie. Seuls ceux qui dévaluent leur vie sont plus sages que ceux qui la surévaluent.
J'ai entendu dire que ceux qui sont bons à préserver la vie, sont hors de portée de la mort.
Voilà le concept taoïste central de la réalité de la vie et de la mort dans lequel on critique les riches matérialistes de perdre leur temps à « préserver excessivement la vie », ce qui se termine habituellement dans la frustration et la déception.
Observateur et critique, Lao Zi n'a pas pu faire grand-chose d'autre que de respecter son tao de sobriété et de simplicité et de conseiller aux autres de préserver la vie en ayant une vie d'une durée normale, libre des soucis et des inquiétudes, et de ce fait, allant au-delà de « la portée de la mort ».
La sage observation L'homme arrive vivant dans le monde et mort dans la terre mène à la conclusion que les gens devraient vivre leur vie naturellement afin de l'apprécier pleinement. Ils ne devraient ni être intimidés par la crainte de la mort, alors qu'elle est inévitable, quoiqu'il arrive, ni surévaluer la vie, puisque d'essayer de la conserver est futile.
Zhuang Zi (Chuang-tzu), successeur reconnu de Lao Zi, a continué à ressasser les concepts sur l'essence de l'existence humaine. Il a conclu que tous les êtres vivants sont issus du qi –l'énergie vitale ou la source de l'être. La vie humaine est créée d'un faisceau de qi et prend fin quand ce faisceau se disperse. Zhuang Zi est allé aussi loin que de déclarer que la vie n'est qu'une tumeur que la mort extirpe, considérant la vie comme un processus incluant devenir, peiner, souffrir, se retirer et passer à la tombe qui est le lieu du repos final.
Comment interpréter ces conclusions ?
Cette attitude peut être interprétée comme négative, sous le prétexte qu'elle encouragerait la passivité sans espoir par rapport à la perspective et au caractère inévitable de la mort, en considérant la vie comme quelque chose avec laquelle on doit se tirer d'affaire grâce à une connaissance réconfortante, telle que le décrit le proverbe chinois suivant :
La misère que quelqu'un endure durant la vie n'est pas pire ou plus grande que la mort de son cœur. Attendre que l'épée de Damoclès de la mort s'abatte et en faire un objectif signifie qu'être ou ne pas être n'est alors plus une question, puisque vivre la vie de cette manière est en soi une sorte de mort.


Cependant, d'un autre point de vue, l'attitude taoïste envers la mort peut engendrer une attitude positive face à la vie. L'acceptation du caractère inéluctable de la mort donne une signification et un but au passage naturel de la naissance à la mort, ce qui motive une personne à profiter au maximum de la vie et à accorder une grande valeur à chaque minute.
Savoir que le temps s'envole et ne peut jamais être rattrapé crée un sens de mission et d'engagement social. Le redoublement des efforts et du travail acharné qui résulte de ce savoir, afin de vivre pleinement sa vie, enrichit la perception de la portée historique de l'existence dans la société.
Transcender les limitations mortelles qui surgissent de la mystique de la mort rend possible la gestion des épreuves, des difficultés, de la misère et des souffrances. Et en retour, cela crée une façon de penser particulière, encore plus évidente chez les martyrs révolutionnaires et religieux qui consacrent volontairement leurs heures à une cause noble et se sacrifient pour leurs idéaux.
Dans le confucianisme, il y a également le caractère idéalisé junzi (homme supérieur). On s'attend que cet homme se consacre sans compter dans l'intérêt de la conservation et de l'avancement de l'humanité. Un tel esprit de dévouement ne peut provenir que d'une conception positive de la mort.
Bref, selon la croyance taoïste, la véritable liberté spirituelle consiste à comprendre la nature de la mort et à pouvoir vivre sans la craindre, selon le tao de l'être, plutôt que d'être tyrannisé par le spectre de la mort.
Cette attitude encourage au contraire les gens à être les maîtres de leur propre destin, ce qui leur permet d'améliorer leur qualité de vie et de réaliser la liberté spirituelle.
En conclusion, pour la réflexion personnelle, voici un autre passage de Lao Zi :
Quand des lettrés de niveau supérieur entendent parler du tao, Ils le pratiquent avec diligence.
Quand des lettrés de niveau moyen entendent parler du tao, ils le croient à moitié.
Quand des lettrés de niveau inférieur entendent parler du tao, ils en rient de bon coeur.
S'ils n'en riaient pas, ce ne serait pas le tao.
Wang Keping directeur adjoint de l'Institut pour les études transculturelles,
sous l'Université des études internationales de Beijing.
Source : Chine-Informations
Texte proposé par oraney.

Souhaits d’un Père




Mon enfant, la journée où tu trouveras que je suis devenu très vieux, essaie d'avoir de la patience envers moi et essaie de me comprendre…
Si je me salis en mangeant… si j'ai de la difficulté à m'habiller… sois patient ! Souviens-toi des heures que j'ai passé à t'apprendre toutes sortes de choses quand tu étais petit…
Si je répète la même chose des dizaines de fois, ne m'interromps pas ! Écoute-moi ! Quand tu étais petit, tu voulais que je te lise la même histoire, soir après soir, jusqu'à ce que tu t'endormes. Et je l'ai fait !
Si je ne me lave plus aussi souvent sous la douche, ne me réprimande pas et ne me dis pas que c'est une honte. Souviens-toi combien d'excuses, je devais inventer pour te faire prendre un bain quand tu étais petit…
En voyant mon ignorance vis-à-vis des nouvelles technologies, ne te moque pas de moi, mais laisse-moi plutôt le temps de comprendre… Je t'ai appris tant de choses… bien manger… bien t'habiller… bien te présenter… comment confronter les problèmes de la vie…
S'il m'arrive à l'occasion de manquer de mémoire ou de ne pas pouvoir suivre une conversation… laisse-moi le temps nécessaire de me souvenir… et si je n'y parviens pas, ne deviens pas nerveux et arrogant… car le plus important pour moi, c'est d'être avec toi et de pouvoir te parler !
Si je refuse de manger, ne me force pas ! Je sais très bien quand j'ai faim et quand je n'ai pas faim. Quand mes pauvres jambes ne me permettront plus de me déplacer comme avant… Aide-moi de la même manière que je tenais tes mains pour t'apprendre à faire tes premiers pas. Et quand un jour, je te dirai que je ne veux plus vivre… que je veux mourir… ne te fâche pas… car un jour tu comprendras aussi à ton tour !
Essaie de comprendre qu'à un certain âge, on ne vit plus vraiment ! On survit simplement !
Un jour, tu comprendras que malgré toutes mes erreurs, j'ai toujours voulu ce qui était le mieux pour toi et que je préparais le terrain pour quand tu serais grand…
Tu ne dois pas te sentir triste, malheureux ou incompétent face à ma vieillesse et à mon état. Tu dois rester près de moi, essayer de comprendre ce que je vis, faire de ton mieux comme je l'ai fait à ta naissance…
Aide-moi à marcher… Aide-moi à terminer ma vie avec amour et dignité…
La seule façon qui me reste pour t'en remercier, c'est un sourire et beaucoup d'amour pour toi…
Je t'aime…
Ton père.




Auteur inconnu
Texte proposé par oraney.

Le Saule du Samouraï

Le samouraï Matsudeira possède, dans son jardin, un saule pleureur magnifique aux feuilles argentées.
Voici qu'un jour, sans aucune raison apparente, sa femme tombe gravement malade et meurt.
Peu de temps après, son fils se casse la jambe.
Matsudeira se demande si le saule n'est pas à l'origine de ces accidents.
Plutôt que de l'abattre, il le propose à son voisin, Inabata, qui accepte immédiatement.
Un matin, ce dernier a la surprise de voir une femme d'une merveilleuse beauté appuyée contre le tronc du saule.
Inabata est veuf et sans enfant. Il propose à la ravissante créature de le suivre en sa modeste demeure.
Quelque temps après, conquis, il lui demande sa main.
L'année suivante naît un délicieux petit garçon qu'on nomme Yanagi, le saule.

La famille vit dans le bonheur pendant cinq ans.
Voici qu'un des piliers soutenant le temple de Sanjusangendo s'effondre. Le daimyo consulte les prêtres. Ces derniers lui expliquent qu'il faudrait faire la réparation à l'aide du tronc provenant d'un saule.
Il faut un grand et large saule pour tenir le temple. On lui signale que dans le jardin de son vassal Inabata, pousse un tel arbre.
Il décide d'abattre le végétal et de le faire transporter au temple.
En apprenant cela, Inabata va trouver sa femme pour lui raconter son souci. Alors celle-ci lui dit: "J'ai un aveu à vous faire, mon cher ami.
Vous ne m'avez jamais demandé comment je suis venue à vous... Je suis l'âme du saule.
Quand vous m'avez accueillie chez vous, j'ai ressenti une immense gratitude envers vous. Nous nous sommes mariés. Nous avons eu un enfant.
Maintenant, je sais qu'il me faut mourir car vous ne pouvez pas désobéir à votre Seigneur... Adieu".
La femme avance vers l'arbre et disparait dans le feuillage.
Les bûcherons arrivent; abattent l'arbre sans prêter attention aux supplications du malheureux Inabata.
Maintenant, le saule gît sur le sol. Il ne reste plus qu'à le transporter. On tente de le soulever sans succès.
L'arbre résiste comme soudé au sol. Les bûcherons vont chercher du renfort; rien à faire. L'arbre ne bouge pas.
Trois cents hommes sont appelés à la rescousse. Le saule ne bouge toujours pas d'un centimètre.
Alors le petit Yanagi s'approche à son tour du saule, en caresse les feuilles argentées et lui murmure simplement:
"Viens". Il saisit une branche. Tiré par la main minuscule, l'arbre cède à la douce prière et suit l'enfant jusqu'à la cour du temple.
Les bouddhistes japonais placent une âme dans certains arbres; notamment dans les saules pleureurs. Cette âme a de mystérieux pouvoirs pour le mal comme pour le bien.
Une légende du Japon médiéval.
Texte proposé par oraney.

Sur ces plages d'Oranie,


Sur ces plages d'Oranie, tous les matins d'été ont l'air d'être les premiers du monde.
Tous les crépuscules semblent être les derniers,
Agonies solennelles annoncées au coucher du soleil par une dernière lumière qui fonce toutes les teintes.
La mer est outremer, la route couleur de sang caillé, la plage jaune.
Tout disparaît avec le soleil vert ; une heure plus tard, les dunes ruissellent de lune.
Ce sont alors les nuits sans mesure sous une pluie d'étoiles.
Des orages les traversent parfois, et les éclairs coulent le long des dunes
Pâlissent le ciel, mettent sur le sable et dans les yeux des lueurs orangées.
Mais ceci ne peut se partager.
Il faut l'avoir vécu.
Albert Camus - 1939 - Extrait de « le Minotaure »
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Un pauvre... était couché devant le portail



Le Christ a dit : « J'étais affamé et vous m'avez nourri » (Mt 25,35).
Il a été affamé non seulement de pain, mais aussi de l'affection bienveillante qui fait que l'on se sent aimé, reconnu, que l'on se sent être quelqu'un aux yeux de quelqu'un d'autre.
Il a été dénudé non seulement de tout vêtement, mais aussi de toute dignité et considération puisque la plus grande injustice à commettre envers le pauvre est de le mépriser parce qu'il est pauvre.
Il a été privé non seulement d'un toit... mais aussi a subi toutes les privations qu'endurent ceux que l'on enferme, qui sont rejetés ou exclus, errant de par le monde sans qu'il n'y ait personne pour se soucier d'eux.
Descends dans la rue, sans plus de propos que cela.
Vois cet homme, là, au coin, et va vers lui.
Peut-être qu'il s'en irritera, mais tu seras là, en face de lui, en présence.
Tu dois manifester la présence qui est en toi par l'amour, et l'attention avec lesquels tu t'adresses à cet homme.
Pourquoi ?
Parce que, pour toi, c'est de Jésus qu'il s'agit.
Jésus, oui, mais qui ne peut pas te recevoir chez lui.
Voilà la raison pour laquelle tu dois savoir aller vers lui.
Jésus, oui, mais caché en la personne qui est là.
Jésus, dans le plus petit de nos frères (Mt 25,40),
N'est pas seulement affamé d'un morceau de pain,
Mais aussi d'amour, de reconnaissance, d'être pris en compte.
Bienheureuse Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
No Greater Love (trad. Il n'y a pas de plus grand amour, Lattès 1997, p. 91)

Le Fou de Dieu




Il était une fois un homme du désert qui vint à la grande cité de Sharia. C’était un rêveur qui ne possédait rien d’autre que son habit et un bâton.
Comme il traversait la cité, il regardait avec crainte et émerveillement les temples, les tours et les palais. Car la cité de Sharia était d’une beauté incomparable. Il parlait souvent aux passants en les interrogeant sur leur cité; mais ils ne comprenaient pas sa langue, ni lui la leur.
À midi, il s’arrêta devant une immense auberge de marbre jaune, et les gens y rentraient et en sortaient librement.
Cela doit être un lieu de pèlerinage », se dit-il ; alors il y entra, lui aussi. Mais il fut tout surpris lorsqu’il se vit dans un hall d’une grande splendeur avec un grand nombre d’hommes et de femmes, assis autour de plusieurs tables. Ils mangeaient et buvaient, écoutant les musiciens.
« Non, dit le rêveur. Ce n’est pas un lieu de culte. Cela doit être une fête donnée par le prince au peuple, en célébration d’un grand événement. »
À ce moment-là, un homme celui qu’il prit pour l’esclave du prince, s’approcha de lui et le fit asseoir. Et il fut servi de la viande, du vin et d’excellentes pâtisseries.
Lorsqu’il se sentit comblé, le rêveur se leva pour partir. À la porte, il fut arrêté par un homme fort, portant un magnifique habit d’apparat.
« Sûrement, c’est le prince lui-même », dit le rêveur dans son cœur. Alors il s’inclina devant lui en le remerciant.
Puis l’homme fort dit dans la langue de la cité: Monsieur, vous n’avez pas payé votre dîner. Mais le rêveur ne comprit pas, et de nouveau il le remercia de tout son cœur. Puis l’homme fort, s’étant approché du rêveur, l’observa, attentivement il vit, qu’il était un étranger, misérablement vêtu et qu’en réalité, il n’avait pas les moyens de payer son repas. L’homme fort , applaudit alors en signe d’appel, et voilà que quatre gardiens de la cité étaient là pour l’écouter. Puis ils prirent le rêveur deux par deux, de chaque côté. Celui-ci nota alors le cérémonial de leurs habits et de leur allure, en les regardant avec enchantement.
« Ceux-ci, dit-il, sont des hommes de distinction. »
Et ils marchèrent tous ensemble jusqu’au Palais de Justice et ils y entrèrent.
Le rêveur vit devant lui, assis sur un trône, un homme vénérable avec une longue barbe et une robe majestueuse. Et il crut que c’était le roi. Et il se réjouit d’avoir été conduit jusqu’à lui.
Puis les gardiens relatèrent au juge, qui était l’homme honorable, l’accusation contre le rêveur; et le juge désigna deux avocats, l’un pour présenter l’accusation et l’autre pour défendre le rêveur. Les avocats se levèrent, l’un après l’autre, et chacun d’eux livra ses arguments. Le rêveur croyait écouter des discours de bienvenue, et son cœur regorgeait de gratitude envers le roi et le prince pour tout ce qu’on lui faisait.
Puis la sentence contre le rêveur fut prononcée: que l’on accroche à son cou une tablette sur laquelle sera inscrit son délit, et qu’il traverse toute la cité sur un cheval sans selle, avec un clairon et un tambour devant lui. Et la sentence fut appliquée sur le champ.
Alors que le rêveur traversait la cité sur un cheval sans selle, avec un clairon et un tambour devant lui, les habitants de la cité y accoururent. Quand ils le virent, ils se mirent tous à rire et les enfants coururent derrière lui, d’une rue à une autre. Le cœur du rêveur fut pétri d’extase, et ses yeux brillaient. Car pour lui, la tablette était une marque de la bénédiction du roi et la procession était faite en son honneur.
Alors qu’il était à cheval, il vit parmi la foule un homme qui était du même désert que lui; son cœur s’enfla de joie, et il se mit à l’appeler en criant:
Ami ! Ami ! où sommes-nous ? ; quelle est cette cité aux désirs du cœur ? Quelle est cette race d’hôtes si généreux qui accueillent le visiteur inattendu par un festin dans leurs palais, dont les princes sont là pour l’accompagner, dont le roi accroche une décoration sur sa poitrine et lui offre l’hospitalité d’une cité descendue du ciel ? »
Celui qui était originaire du même désert ne répondit pas. Il souriait simplement en hochant légèrement la tête. Et la procession continua son chemin.
Le visage du rêveur était en état d’élévation et ses yeux ruisselaient de lumière.
Extrait de « Le Précurseur » Oeuvre de Khalil Gibran.
Texte proposé par oraney.
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J’avais Faim ….



J’avais faim et vous faisiez le tour de la Lune.
J’avais faim et vous m’avez dit d’attendre.
J’avais faim et vous avez créé une commission.
J’avais faim et vous parliez d’autre chose.
J’avais faim et vous m’avez dit : « Il n’y a pas de raison ».
J'avais faim et vous aviez des factures de napalm à payer.
J'avais faim et vous m'avez dit : ''Maintenant des machines font ce genre de travail "
J'avais faim et vous avez dit : "La loi et l'ordre avant tout. "
J'avais faim et vous avez dit : "Il y a toujours des pauvres. "
J'avais faim et vous avez dit : "C'est la faute des communistes. "
J'avais faim et vous avez dit : "Mes ancêtres avaient faim aussi. "
J'avais faim et vous avez dit : "Après trente-cinq ans, on n'embauche plus. "
J'avais faim et vous avez dit : "Dieu leur vienne en aide. "
J'avais faim et vous avez dit : "Désolé repassez demain." »




Texte extrait d’un bulletin protestant américain publié en 1976.

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La Connaissance du Soi



1. Ce traité intitulé "Connaissance du Soi", est destiné à ceux dont les péchés ont été abolis par les austérités et qui, avec un mental tranquille et libre de tout attachement, aspirent à la libération.
2. Comparée à tous les autres moyens, la connaissance est le seul moyen direct pour la libération. De même qu'il est impossible de cuire sans feu, de même la libération est impossible sans connaissance.
3. Le rituel ne peut pas dissiper l'ignorance, parce qu'entre eux il n'y a pas de contradiction mutuelle. Mais la connaissance, sûrement, détruit l'ignorance, de même que la lumière détruit la plus dense obscurité.
4. Le soi apparaît comme conditionné par l'effet de l'ignorance. Quand celle-ci est détruite, le soi non-conditionnel brille de sa propre lumière, tel le soleil quand les nuages sont dissipés.
5. Ayant purifié, en suivant avec persévérance les instructions, l'âme qui est rendue trouble par l'ignorance, la connaissance elle-même doit s'effacer, comme la pâte du gravier nettoyant le fait avec l'eau 1.
6. Le monde phénoménal, qui abonde en désir, haine, etc., est, en vérité, comme un rêve. Tant qu'il dure, il semble réel. Mais lorsqu'on s'éveille, il devient irréel.
7. Telle l'illusion d'argent dans l'opale, le monde parait réel jusqu'au moment ou le soi suprême, l'immuable réalité derrière toutes choses, est réalisé.
8. Telles les bulles dans l'eau, les mondes naissent, se maintiennent et se dissolvent dans le Seigneur Suprême qui est la cause matérielle et le fondement de toutes choses.
9. Sur l'Eternel Vishnou (qui est la pure existence et la pure conscience) servant de base, les diverses apparences sont incrustées, tels les bracelets et autres formes faits d'or.

1 Le gravier nettoyant, fait de périls cailloux, enrobés dune pâte nettoyante, lorsqu'il est jeté dans une eau trouble, la clarifie en se déposant lui-même au fond avec la saleté qui se sédimente.

10. Tel l'espace, le Seigneur Vishnou, en venant en contact avec les différentes conditions, apparaît comme différent en raison de leurs différences, mais est perçu comme non-différencié quand ces conditions sont détruites.
11. C'est seulement à cause des diverses conditions que caste, nom, périodes de vie religieuses, etc., sont imposées sur le soi, de même que le goût, la couleur et d'autres attributs sont imposés à l'eau.
12. Le lieu pour faire l'expérience du bonheur et de la tristesse, qui est fait des quintuples composés des grands éléments et dont la formation résulte d'actions passées, est appelé le corps (dense).
13. L'instrument de jouissance, qui est fait d'éléments non-composés et consiste en les cinq forces vitales, le mental, la conscience et les dix sens 2, est le corps subtil.
14. L'illusion sans commencement, qui est indéfinissable, et appelée le corps causal. L'on doit comprendre que le soi est autre que ces trois corps (ou conditions).
15. Le pur soi, à cause de ses relations avec les cinq enveloppes, etc., se pare de leurs natures respectives, tel un cristal reflétant un tissu de couleur.
16. L'on doit séparer le grain du pur soi intérieur de la balle constituée par le corps et les autres enveloppes, grâce au battage fait par la raison.
17. Bien que le soi soit en tout temps et dans toutes choses, il ne peut briller nulle part, sauf dans la conscience, tout comme une réflexion ne peut apparaître que sur une surface polie.
18. L'on doit comprendre que le soi doit toujours être comme un roi, différent du corps, des sens, du mental, de la conscience, ainsi que des yeux, les témoins de leurs activités.

2 Les cinq sens de perception et les cinq membres moteurs du corps.

19. A l'homme dénué de discernement, le soi apparaît comme actif, tandis qu'en réalité ce sont les sens (seuls) qui le sont, de la même façon que la lune est vue comme si elle court, alors que ce sont les nuages qui se déplacent.
20. Le corps, les sens, le mental et la conscience vaquent à leurs propres activités tout en dépendant de la conscience du soi, de même que les hommes dépendent de la lumière du soleil.
21. Par manque de discernement, les hommes attribuent les qualités et les activités du corps et des sens au soi, qui est pure existence et pure conscience 3, de la même façon que la couleur bleue est attribuée au ciel.
22. De plus, la nature agissante4, qui appartient au mental conditionneur, est attribuée au soi, tout comme le mouvement de l'eau est attribué au reflet de la lune sur celle-ci.
23. Les passions, les désirs, le bonheur, la tristesse, etc. exercent leur fonction quand la conscience est présente, et n'existent pas dans le sommeil profond alors que la conscience est absente. Ils appartiennent, par conséquent, à la conscience, non au soi.
24. De même que la lumière est la nature même de soleil, que la froideur est celle de l'eau, que la chaleur est celle du feu, de même l'être-té, la conscience, la félicité, l'éternité et le caractère absolu sont la nature même du soi.
25. Par le fait, dû au manque de discernement, de confondre l'aspect "être et conscience" du soi avec la fonction de la conscience individuelle, naît l'idée : "Je sais".
26. Le soi ne subit pas de modification, ni la connaissance ne peut émerger d'aucune façon de la conscience individuelle (seule). Et pourtant, l'on s'imagine, par ignorance, que l'âme individuelle sait, fait et voit bien toutes choses.

3 Le soi est la conscience absolue, et se distingue de bouddhi, la conscience individuelle. 4 Textuellement : "nature de faiseur", autrement dit l'activité dans le monde phénoménal.

27. En prenant, par erreur, le soi pour l'âme individuelle, comme on prend une corde pour un serpent 5, l'on est sujet à la peur. Mais si l'on se rend compte que "Je ne suis pas l'âme individuelle, mais le Soi Supérieur", alors on est libéré de la peur.
28. Le soi seul illumine la conscience, les sens, etc., de même que la lumière fait apparaître le pot et d'autres objets ; (mais) notre propre soi n'est pas illuminé par ces objets illuminables 6.
29. La nature du soi étant la connaissance, elle ne dépend, par la connaissance d'elle-même, d'aucune autre connaissance, de la même façon qu'une lumière n'a pas besoin d'une autre lumière pour se révéler.
30. En éliminant routes les limitations avec l'aide de la formule "pas ceci, pas ceci" 7, l'on prendra conscience de l'identité de l'âme individuelle et du soi suprême au moyen des enseignements des écritures.
31. Le corps et les autres objets de perception sont les produits de l'ignorance et sont aussi évanescents que des bulles. Le soi, qui est non- conditionné, est distinct de ces objets et doit être compris comme "Je suis Brahman".
32. La naissance, la vieillesse, la décrépitude, la mort, etc., ne sont pas moi, parce que je suis distinct du corps. Le son et les autres objets des sens n'ont pas de liens avec moi, car je ne suis pas les sens.
33. Je ne suis pas le mental ; par conséquent, la tristesse, le désir, la haine, la peur, etc., ne m'affectent pas. Comme cela est affirmé par les écritures, le soi n'est ni les sens ni le mental, mais est inconditionné.

5 Ceci est une métaphore très répandue en Inde : Lorsque, par hasard, on marche (pieds nus) sur une corde mouillée, la première réaction est une grande peur, car on croit marcher sur un serpent. Mais lorsqu'on s'aperçoit que ce n'est qu'un morceau de corde, inoffensif, la peur s'en va.

6 Ce barbarisme tente de traduire la qualité passive de ces objets. Comme le trio connaisseur – connaissance – connu, il est question ici du trio illuminateur – illumination – illuminable. Ce dernier mot veut dire : susceptible d'être illuminé, mais incapable, per se, d'émettre de la lumière.

7 "Neti, neti" = "je ne suis pas ceci, je ne suis pas ceci". Formule prononcée dans une forme de méditation dans laquelle on examine les choses du monde extérieur (y compris son corps) et les rejette successivement comme ne faisant pas partie du Soi.
34. Je suis sans attribut, sans fonction, éternel, sans doute, sans tache, sans changement, sans forme, éternellement libre et non conditionné.
35. Tel l'éther, j'imprègne toute chose, intérieurement et extérieurement. Je suis impérissable, à jamais la (vérité) établie, semblable à tous, sans attache, non-conditionné, imperturbable.
36. Je suis le suprême Brahman même, qui est la réalité, la connaissance et l'infirmité, qui est à jamais non-conditionné et libre, l'unique et indivisible félicité qui est sans seconde.
37. Le fait d'imprimer constamment au mental la phrase "je suis seulement Brahman" fait disparaître la turbulence de l'ignorance, comme l'élixir de vie guérit tous les maux.
38. Assis dans un endroit retiré, libre de toutes passions, avec les sens subjugués, l'on doit contempler ce soi unique et infini, sans penser à rien d'autre.
39. Un homme sage doit, par son intelligence, immerger dans le soi tout ce qui est objectif et contempler l'unique soi qui est comme l'espace illimité.
40. Celui qui a réalisé la vérité suprême abandonne tout, forme, caste, etc. et s'établit, par nature, dans (le soi, qui est) la conscience et la félicité infinies.
41. La distinction entre le connaisseur, la connaissance et le connu n'existe pas pour le soi-suprême. Etant l'unique conscience et félicité, il brille par lui seul.
42. La flamme de la connaissance qui est attisée par le constant remou 8 (par la méditation) exerce sur le bois 9 (du soi), consumés entièrement l'huile de l'ignorance.
43. Lorsque la connaissance a détruit l'ignorance, le soi se manifestera, de la même façon que le soleil se lève aussitôt que l'aurore 10 du jour a dissipé l'obscurité.

8 Afin d'attiser le feu, il faut remuer constamment le bois. 9 Le bois Arani, utilisé pour allumer le feu sacrificiel.

44. Le soi qui est à jamais en nous, apparaît, par ignorance, comme s'il ne pouvait être trouvé, et lorsque cette(ignorance) est détruite, il est trouvé, tel son propre collier 11.
45. La condition de l'âme individuelle a été imprimée sur Brahman par l'illusion, comme une forme humaine sur un poteau 12, mais elle disparaît dès qu'on a pris conscience de la vraie nature de l'âme individuelle.
46. La connaissance, qui naît de la prise de conscience de sa propre nature, détruit d'elle-même l'illusion du "je" et du "mien", qui ressemble à la confusion entre les directions 13.
47. Le yogui qui a obtenu la réalisation juste voit toutes choses, par l'œil de la connaissance, comme existant en son propre soi, et l'unique soi comme toutes choses.
48. Il voit toutes choses comme son propre soi, de la même façon que l'on voit des pots comme simplement de l'argile ; (car) tout cet univers est seulement le soi, et il n'y a rien d'autre que le soi.
49. L'état de libéré-vivant 14 signifie que la personne sage, ayant abandonné ses limitations et qualités passées, et acquérant les propriétés de l'être, de la conscience et de la félicité, atteint Brahman, de la même façon que la chenille devient papillon.
50. Ayant traversé l'océan de l'ignorance et tué les démons des attractions et répulsions, le voyeur, uni à la tranquillité, est suprêmement heureux dans la jouissance de la félicité de son propre soi 15.
51. Laissant de coté tout attachement aux plaisirs extérieurs et transitoires, et heureux dans la félicité du soi, une telle personne, pour toujours, brille intérieurement, telle une lumière dans un globe.

10 Aruna, le conducteur du char du soleil, le dieu de l'aurore. 11 Se réfère au fait, souvent constaté, qu'on cherche son collier et ne le trouve pas alors qu'on l'a
toujours eu au cou.

12 Se réfère au fait qu'on peut parfois prendre un poteau planté en terre pour un être humain ; cette forme humaine n'a aucune réalité, de même que l'Âme individuelle par rapport au Soi suprême.

13 Celui qui est confus quant aux directions se réoriente dès qu'il a localisé l'endroit où il se trouve. 14 Jivanmukta. 15 Ceci est une explication allégorique, tirée de la légende du Ramayana.
52. Le voyeur, bien que demeurant au milieu des limitations, n'est cependant, comme l'espace, plus affecté par leurs qualités. Connaissant tout, il doit être comme quelqu'un qui ne sait rien et doit errer, sans attache, comme le vent.
53. Quand les limitations disparaissent, le voyeur se fond sans réserve dans le Suprême (Vishnou), comme l'eau dans l'eau, l'espace dans l'espace, la lumière dans la lumière.
54. Acquisition qu'aucune acquisition ne dépasse, félicité à laquelle aucune félicité n'est supérieure, connaissance insurpassée par aucune connaissance-cela, comprends-le, est Brahman.
55. Voyant ce que rien d'autre ne reste à voir, devenant ce que rien ne redevient 16, sachant ce que rien d'autre ne reste à savoir-cela, comprends- le, est Brahman.
56. Ce qui pénètre tout, autour, au-dessus, en-dessous, qui est être, conscience et félicité, qui est sans second, sans fin, éternel, unique-cela, comprends-le, est Brahman.
57. L'immuable, l'unique félicité ininterrompue, qui est désignée par le Védanta par l'exclusion ce qui n'est pas elle-même 17 – cela, comprends-le, est Brahman.
58. Le Brahma (à quatre faces) et les autres, qui ne sont que des parties de ce soi qui est la félicité non-interrompue, deviennent heureux, chacun à son niveau, par la possession d'une petite portion de cette félicité.
59. Chaque objet (est tel parce qu'il) possède cela. Toute activité a en elle un courant de la conscience qui le traverse 18. Le Soi Suprême, ainsi, imprègne l'univers entier, comme le beurre est présent dans toutes les parties du lait.

16 Naissance. 17 Technique "Neti, neti" (voir page 4).

18 Ces deux aspects du soi sont sat (l'être) et chit (la conscience) L'aspect ananda (félicité) a été évoqué dans le verset précédent.

60. Ce qui n'est ni subtil ni dense, ni court ni long, qui est non-né, immuable, dépourvu de forme, de qualité, de caste ou de nom, – cela, comprends-le, est Brahman.
61. Ce dont la lumière est irradiée par le soleil, mais qui n'est pas illuminé par ces choses qui sont illuminables, et par la vertu duquel tout cet univers (brille) 19 – cela, comprends-le, est Brahman.
62. Pénétrant l'univers entier, intérieurement et extérieurement, et l'illuminant, le Brahman brille par lui-même; tel une boule de fer incandescente.
63. Le Brahman est distinct de l'univers. Il n'y a rien d'autre que Brahman. Si quelque chose d'autre que Brahman est perçue, elle est aussi irréelle que le mirage dans le désert.
64. Tout ce qui est vu ou entendu, autre que Brahman, ne peut être (réel). Même cela est Brahman, l'être sans second, la conscience et la félicité, quand la réalité est connue.
65. Celui qui a l'œil de la connaissance voit Brahman qui est l'être, la conscience et la félicité, dans toutes choses ; mais celui qui n'a pas l'œil de la connaissance ne peut voir ainsi, de même que l'aveugle ne peut voir le soleil brillant.
66. L'âme individuelle, fondue dans le feu de la connaissance allumé par l'instruction, est libérée de toute teinte, tel l'or, et brille par elle-même.
67. Le soi est le soleil de connaissance qui, s'élevant au firmament du cœur, dissipe les ténèbres de l'ignorance et, pénétrant tout, soutenant tout, brille et fait tout briller.
68. Celui qui, non-affecté par (les limitations de) la direction, de l'espace, du temps, etc., et parfaitement tranquille, atteint le saint des saints du soi, qui pénètre tout, est sans tache, l'éternelle félicité qui dissipe (toutes les qualités) telles que la chaleur et le froid – il devient tout connaissant, tout-pénétrant et immortel.

19 Se manifeste, est perçu.

Ainsi finit LA CONNAISSANCE DU SOI
SHRI SHANKARACHARYA

Fut le plus célèbre des commentateurs du Védanta. Sa philosophie non-dualiste met l'accent sur l'essentielle identité entre Brahma (Dieu) et Atma (l'esprit humain). L'œuvre la plus connue de ce grand philosopha et maître spirituel est "Le Suprême joyau de Sagesse" que tout étudiant sérieux devrait prendre comme livre de chevet. Quelques œuvres moins connues ont été traduites en anglais. Parmi celles-ci "Connaissance du Soi" s'adresse a "ceux dont les péchés ont été abolis par les austérités et qui, avec un mental tranquille et libre de tout attachement, aspirent a la libération".

La Connaissance du Soi par Shri Shankaracharya.
Texte proposé par oraney.
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Soyez Miséricordieux Comme Votre Père Est Miséricordieux



Frère, je te recommande ceci :
Que la compassion,
L’emporte toujours dans ta balance,
Jusqu’à ce que tu ressentes en toi,
La compassion que Dieu éprouve pour le monde.
Que cet état, devienne le miroir,
Dans lequel, nous voyons en nous-mêmes,
La vraie « image et ressemblance » de la nature,
Et, de l'être de Dieu. (Gn 1,26).
C'est par ces choses,
Et par d'autres, semblables,
Que nous recevons la lumière,
Et, qu'une claire résolution,
Nous porte à imiter Dieu.
Un cœur dur et sans pitié ne sera jamais pur. (Mt 5,8).
Mais l'homme compatissant,
Est le médecin de son âme ;
Comme par un vent violent,
Il chasse hors de lui,
Les ténèbres du trouble.
Isaac le Syrien (7ème siècle), moine près de Mossoul, saint des Églises orthodoxes
Discours, 1ère série, n°34 (trad. cf Touraille, DDB 1981, p. 215).
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