IX
Autrefois, ce vase était un pauvre amant qui gémissait de l'indifférence d'une femme.
L'anse, au col du vase... son bras qui entourait le cou de la bien-aimée !
X
Qu'il est vil, ce cœur qui ne sait pas aimer, qui ne peut s'enivrer d'amour !
Si tu n'aimes pas, comment peux-tu apprécier l'aveuglante lumière du soleil et la douce clarté de la lune ?
XI
Toute ma jeunesse refleurit aujourd'hui ! Du vin ! Du vin !
Que ses flammes m'embrasent ! ... Du vin !
N'importe lequel... Je ne suis pas difficile.
Le meilleur, croyez bien, je le trouverai amer, comme la vie !
XII
Tu sais que tu n'as aucun pouvoir sur ta destinée.
Pourquoi l'incertitude du lendemain te cause-t-elle de l'anxiété ?
Si tu es un sage, profite du moment actuel.
L'avenir ? Que t'apportera-t-il ?
XIII
Voici la saison ineffable, la saison de l'espérance, la saison où les âmes impatientes de s'épanouir recherchent les solitudes parfumées.
Chaque fleur, est-ce la main blanche de Moïse ?
Chaque brise, est-ce l'haleine de Jésus ?
XIV
Il ne marche pas fermement sur la Route, l'homme qui n'a pas cueilli le fruit de la Vérité.
S'il a pu le ravir à l'arbre de la Science, il sait que les jours écoulés et les jours à venir ne diffèrent en rien du premier jour décevant de la Création.
XV
Au-delà de la Terre, au-delà de l'Infini, je cherchais à voir le Ciel et l'Enfer.
Une voix solennelle m'a dit : « Le Ciel et l'Enfer sont en toi. »
XVI
Rien ne m'intéresse plus.
Lève-toi, pour me verser du vin !
Ce soir, ta bouche est la plus belle rose de l'univers...
Du vin ! Qu'il soit vermeil comme tes joues, et que mes remords soient aussi légers que tes boucles !
Omar Khayyâm.
Traduit par Franz Toussaint, Paris, L'Édition d'art H. Piazza.
Texte proposé par Aron O’Raney.
